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Valsero: «Quand un système agonise, il devient plus violent»!

Pourquoi faire un album entier sur la France ? Nous avons posé la question au rappeur, artiste et activiste camerounais Valsero. Pas besoin d'être Français pour parler de la France, de son rapport à l'Afrique et au Cameroun, de ses médias, de sa culture politique.

Pourquoi avez-vous fait un album intitulé « Mon idée de la France » ?

La France, c’est un pays que j’ai beaucoup étudié. En tant que Camerounais, on a une relation très profonde avec la France. J’ai fait une chanson « c’est qui la France » dans le cadre des élections présidentielles françaises. Je me sens très proche de LFI et je suis très intéressé par la montée de l’extrême droite en Europe et en France particulièrement. Cette doctrine, cette manière de se considérer « race supérieure », toutes ces idées qui ont donné lieu à la Première Guerre mondiale, nous leur avions tourné le dos : c’est pour cela que l’extrême droite apparaît comme un cheveu dans la soupe.

Depuis plus de 20 ans, la France joue à l’équilibre avec l’extrême droite car elle en a besoin. Je me demande comment c’est possible pour un pays qui a des rapports aussi larges avec le monde. Les Français eux-mêmes n’arrivent pas à se désolidariser de cette idée de la France contradictoire, qui embrasse et rejette, et ce, même s’ils la subissent. Il y a un rapport fondamental entre l’extrême droite et le fascisme en France. Les Français sont très loin de cette France des médias qui a peur, mais votent pourtant extrême droite. C’est le pouvoir de la France politique. Nous sommes victimes de ce que la France fait dans nos pays, mais aussi les Français sont victimes de ce que la France leur fait dans leur propre pays.

C’est peut-être la fin d’un monde pour laisser place au début d’un nouveau monde, qu’il est encore difficile d’entrevoir.

Je pense qu’effectivement c’est la fin d’un monde mais pour un retour à l’Ancien Monde; ça ne sera pas une marche de progression.

C’est au moment où la classe capitaliste se sent le plus attaquée qu’elle devient plus dangereuse. Quand un système agonise il devient plus violent. C’est une peur de disparaitre. C’est pour cela que Zemmour parle de grand remplacement. Certains se battent pour des valeurs d’extrême droite, des valeurs anciennes qu’ils n’ont pas connues.

On voit des jeunes qui tractent pour Jordan Bardella, le président du RN. Le vote à l’extrême droite s’explique principalement par la peur selon vous ?

Certains ne sont pas prêts à voir le monde tel qu’il est et préfèrent se murer dans l’imaginaire d’un monde tel qu’il aurait pu être ou tel qu’il a été. Plus les changements sont rapides et plus les gens ont peur. On note chez une partie des jeunes un retour au nationalisme. Le chômage, le coût de la vie qui augmente, tous ces problèmes concrets, ce sont des choses qui ont toujours poussé les gens à prendre ce genre de tournant. Pour eux, la multiculturalité expliquerait ces problèmes auxquels ils font face. Le rêve de beaucoup de jeunes c’est d’avoir un CDI, une maison, un chien. Si le taux de chômage augmente, les jeunes deviennent vulnérables et donc facilement manipulables.

On a expliqué aux jeunes que le chômage c’est parce qu’il y a trop d’étrangers, que les femmes sont violées dans la rue parce qu’il y a trop d’étrangers, que si ton enfant fait des bêtises à l’école c’est parce qu’il a un copain étranger. Des talk-shows en France banalisent l’extrême droite, on voit que ça fonctionne. Touche pas à mon poste est la vitrine de l’extrême droite en France.

La promotion des Le Pen, Bardella, Zemmour se fait non seulement au niveau idéologique mais également au niveau visuel : Bardella est l’image du jeune français, beau gosse, jeune. Comme je dis dans une de mes chansons « Marion est belle, elle a un prénom magnifique, mais sa bouche crache du venin ».

Pourquoi Cyril Hanouna se fait cette vitrine de l’extrême droite de manière de plus en plus affirmée ?

La France, d’une manière générale, est très vulnérable à l’extrême droite, car c’est un pays qui a des difficultés à s’émanciper du passé. Il y a toujours cette idée de « la France des colonies, la France de l’hégémonie ». Elle a basé son économie sur la France de la domination, et s’est imposé au peuple français l’habitude de voir l’autre ou bien comme un outil d’enrichissement ou bien comme un problème.

Certains médias sont vus comme étant de gauche alors qu’ils portent une responsabilité dans ce qu’il se passe en ce moment, comme Edwige Diaz, numéro 2 du RN, qui parlait, sur France culture, des migrants qui se disséminent en France, sans réaction de la part du journaliste.

La gauche subit un chantage au nationalisme. C’est aussi pour cela qu’il est difficile pour LFI d’aller toujours plus loin. Le pouvoir du repli identitaire est toujours plus puissant. Quand un pays tourne sans cesse autour des sujets de l’insécurité et de l’immigration, ce sont la plupart du temps des pays d’extrême droite.

La campagne laisse peu de place à l’écologie, à la géopolitique et aux relations internationale…

À l’échelle européenne, ils se servent de l’écologie, mais à l’échelle nationale, l’écologie ne vaut rien. Lors des élections de 2022, j’ai voulu soutenir Jean Luc Mélenchon que j’aime beaucoup. Je lui ai fait une chanson pour sa campagne et j’ai reçu un tollé d’insultes sur les réseaux sociaux.

Les Français ont pour habitude de dire qu’ils ne savent pas ce qu’il se passe en Afrique, mais si vous posez la question à n’importe quel enfant camerounais il vous donnera le nom de la capitale française, du président français… vous allez me dire que cet enfant qui n’a pas internet en connait plus que vous ? C’est très français d’avoir du dédain et du mépris pour des personnes avec qui vous partagez pourtant une langue. La démocratie est morte dans les pays francophones, comparés aux pays anglophones en Afrique. Quand je passe dans un aéroport, je fais bien attention à parler anglais et pas français, pour ne pas m’afficher en tant que « colonisé ». La France est un pays qui a une doctrine totalement impériale au vu et au su du monde entier, mais qui s’affiche pourtant comme le phare du siècle et l’héritier des Lumières.

En effet, la guerre d’indépendance menée par la France au Cameroun est très peu connue.

Aujourd’hui, le Cameroun est toujours une sous-colonie de la France. Notre patrimoine culturel est toujours au musée Branly. Si le Cameroun avait des objets d’art français sur son territoire, la France aurait envoyé un bataillon de nuit pour les récupérer. La France a du mal à sortir de son passé colonial.

Sans ce pillage, la France aurait une partie de son économie en moins.

Si l’extrême droite arrive au pouvoir en France les Français auront ainsi la France qu’ils veulent, la France d’avant qu’ils n’ont pas connue et pour laquelle ils se battent, et ce sera un électrochoc pour eux, ils se positionneront ainsi réellement à droite ou à gauche.

C’est une tendance européenne ; en Italie, en Finlande… L’Europe de gauche subit le chantage de l’Europe de droite et n’a pas le courage des réponses.

Des réponses qui font fi des questions économiques et sociales où gauche et droite de gouvernement reproduisent les mêmes politiques néolibérales

La notion économique est compliquée, car elle est liée au marché international. Elle est liée à l’autre. Sinon, les Américains n’iraient pas se battre en Ukraine. Mais on ne peut pas se justifier en disant que la gauche n’a pas de réponse économique, pas de réponse sécuritaire. Le problème de la gauche c’est justement de ne pas montrer sa force, d’être pleurnicharde, de ne pas se sentir propriétaire de l’Europe.

L’équilibre de l’Europe politique c’est de prendre en otage les Européens entre extrême droite et extrême gauche, entre des personnes qui vont vous dire attention vous êtes remplacés et d’autres qui vous diront qu’il faut s’entendre avec tout le monde.

La gauche en France ne sera jamais assez forte tant qu’elle continuera d’être sensible au chantage de droite. L’extrême droite monte, car la gauche manque de courage sur les angles qui les opposent à l’extrême droite, comme la Palestine ou l’Ukraine. La réponse de la gauche face à la violence des discours sur l’immigration et l’islamophobie, c’est de mettre deux Noirs dans leur parti. L’extrême droite c’est le fascisme. Ils ont derrière eux une société qui souffre. Faire passer à la radio une maman qui pleure parce qu’elle ne s’en sort pas avec 700 euros mensuels, ça émeut forcément. Mais un Noir qui se fait écraser la tête par un flic, ça n’émeut personne. Quand une Anaïs va disparaitre dans un coin de France, tous les médias de droite vont le reprendre pour le 20h00, et la gauche sera derrière. Mais quand il s’agit de défendre les valeurs de gauche, la multi-culturalité et le respect de tous, là le courage se fait attendre.

En Italie c’est encore pire, les groupuscules sont légalisés et rendent l’air totalement irrespirable. L’extrême droite en Italie est un mode de vie, pas un choc. Beaucoup d’Italiens nous disent qu’on leur laisse tous les immigrés. C’est faux ! Tous ces endroits où l’on cultive de la tomate, ce sont des immigrés qui ne sont jamais arrivés à Milan. C’est comme s’il y avait des camps de concentration dans ce pays-là, où les immigrés dorment et d’où ils sont emmenés en laisse, cultiver les tomates et sur le marché de Turin.

Les médias en Italie n’en parlent pas ?

Non, car Meloni est toujours en train de dire qu’il faut plus d’emploi pour les jeunes Italiens. La génération Nuit debout c’est finie, nous avons une génération Bardella.

Revenons à votre album, il y a un titre « C’est qui la France » ?.

Je suis arrivé en Italie en 2019-2020 et j’ai eu un an pour préparer cet album. Cet intérêt pour la France c’est parce que je suis un sous-Français et que le Cameroun est une zone d’exploitation appartenant à la France à 95%. Pas un président ne peut être nommé au Cameroun sans d’abord être nommé par la France. Pas un homme ne peut faire de grandes affaires sans avoir l’accord de la France. J’ai participé à une émission d’un certain homme qui a un petit théâtre à Paris et qui veut ressembler à Hanouna, j’ai oublié son nom, mais quand j’ai dit que ce n’était pas Paul Biya qui m’avait emprisonné, mais Macron, j’ai été censuré. C’est aussi Macron qui a décidé quand je pouvais sortir de prison.

À ce point-là ?

Oui, nous étions en pleine crise post-électorale au Cameroun. Macron avait maintenu le statu quo et nous manifestions contre cela, contre la reconduction de ce président frauduleux. Plus de mille personnes, dont moi-même et l’opposant politique que je soutiens, Maurice Kamto, avons été arrêtés. Quand Paul Biya devait venir à un sommet, Macron a exigé la libération de Kamto pour recevoir Biya. Il a même déclaré publiquement avoir posé cette condition.

Cela montre à quel point notre pays n’est pas vraiment souverain, mais une zone d’exploitation contrôlée par la France, avec des parts pour les Américains et les Chinois. Je dis toujours que nous sommes des « sous-français ». Par exemple, notre passeport camerounais, bien que francophone, ne nous ouvre aucune porte, contrairement au passeport français.

Je m’intéresse beaucoup à la politique française, car elle influence directement celle de l’Afrique. Macron installe des dirigeants dans nos pays, comme au Tchad après le coup d’État du père. Ni les Camerounais ni les Tchadiens n’ont choisi le nom de leur pays. Nous ne sommes pas encore de véritables pays souverains, mais encore des colonies. C’est pourquoi la montée de l’extrême droite en France ne me surprend pas, car ce pays continue de coloniser au XXIe siècle.

Votre emprisonnement au Cameroun, comment s’est-il déroulé ?

Officiellement, il y avait plusieurs chefs d’accusation : atteinte à la sécurité de l’État, rébellion, insurrection, etc. En tout, il y en avait neuf, et on risquait presque la peine de mort. C’était très politique. Moi, j’avais contesté l’élection d’octobre 2018 et je soutenais Maurice Kamto, qui avait déclaré être le gagnant selon ses chiffres. Il a dit qu’on allait revendiquer et manifester, et j’ai répondu « bien sûr ».

On est sortis manifester mais c’était la déferlante. La police est intervenue, j’étais avec ma fille. Je pensais que ce serait une manifestation comme les autres alors je l’avais emmenée. Le cordon de sécurité était immense. En partant, j’étais avec ma fille mais une escorte nous suivait. Ils m’ont arrêté, abandonnant ma fille dans la rue, et m’ont amené en prison de haute sécurité pendant un mois. Ensuite, j’ai été transféré dans un centre de détention normal pour dix mois. Aujourd’hui, certains sont encore en prison pour les mêmes raisons. À chaque manifestation, on rajoute six mois de prison et il y a des gens qui purgent actuellement des peines de sept ans.

Dans une interview avec France 24 vous parliez de 162 personnes emprisonnées. Vous avez été libéré car vous êtes connu ?

Non, ce n’est pas parce que je suis connu. Il y a eu un arrêt de procédure et on a été libérés ainsi. Paul Biya voulait voir Macron, mais Macron lui a dit : « si tu ne les libères pas, tu ne viens pas ». Alors, il a signé un décret avant de partir, un arrêt de poursuite, et tout le monde était censé sortir. Sauf que pendant qu’on était en prison, on avait organisé d’autres marches et certains ont été arrêtés après. Ils n’étaient donc pas concernés par le décret. Il fallait garder une partie en prison pour maintenir la pression. Nous, on ne s’est jamais considérés comme des prisonniers mais comme des otages de Paul Biya. Aujourd’hui, il y a encore plus de 500 otages dans les prisons pour les mêmes raisons.

Je suis interdit de retourner au Cameroun et on me demande souvent pourquoi je suis aussi radical vis-à-vis du système. C’est parce que le système est radical vis-à-vis des libertés. Mon radicalisme est à la mesure de la violence exercée sur les libertés individuelles. On ne peut pas déshumaniser la politique et les rapports entre les citoyens et leur pays. Au Cameroun, les dirigeants ne représentent plus les institutions, ils sont devenus les institutions elles-mêmes, avec leurs défauts. Par exemple, un patron de la police peut être corrompu sans problème.

La corruption et le crime sont devenus institutionnels, donc la lutte doit être radicale. Ce n’est plus une question d’idées ou de programmes politiques mais un combat contre des hommes qui veulent rester au pouvoir indéfiniment. Un dirigeant qui reste 42 ans au pouvoir, ce n’est plus une idée, c’est un projet en tant que tel. Paul Biya, par exemple, a rencontré tous les présidents français, de Pompidou à Macron, ainsi que des dirigeants américains, mais il parle de démocratie alors qu’il est un dictateur.

Les pays européens ne voient pas cette contradiction parce qu’ils vivent dans une bulle. Ils se présentent comme démocrates et protecteurs des libertés dans le Nord, mais soutiennent des dictateurs dans le Sud. Cette attitude a entraîné la montée de l’extrême droite en Europe. Le fascisme européen a été pratiqué en Afrique avec la bénédiction des Français et cela a préparé le terrain pour l’extrême droite en Europe.

Si les Français se sentaient un peu Africains, ils comprendraient mieux la situation. C’est pourquoi j’ai dit dans une chanson que beaucoup d’Africains se sentent Français, mais aucun Français ne se sent africain. Si vous aviez vécu quelques minutes dans la peau d’un Africain vous comprendriez mieux et pourriez contrer les idées de droite.

Vous parliez d’observations récentes sur la condescendance européenne…

La guerre en Ukraine a révélé le fascisme sous-jacent. Les Africains en Ukraine n’ont pas reçu le même soutien que les Ukrainiens car ils n’étaient pas perçus comme étant « comme nous ». La société française arrose les graines du fascisme, accepte et se sent protégée par cette idéologie. Ils se sentent plus proches des Ukrainiens que des Africains, malgré la langue et la culture communes avec les Africains.

C’est choquant de voir à quel point la société, et non seulement les politiques, trouvent cela normal. Les médias renforcent cette normalité, et la société française ne voit pas le problème. Il a aussi fallu la guerre en Ukraine pour que je sache que les Français étaient les valets des Américains.

On voit bien qu’on ne décide pas de ce qui est juste, on nous dit ce qui est juste.Pour la guerre en Ukraine, par exemple, au début, il fallait absolument dire que Poutine était l’agresseur avant de pouvoir développer un argument. Les médias de droite, qui dominent aujourd’hui, transforment la société française. En tant qu’étranger, on découvre la France à travers ses médias, et ce n’est pas flatteur. Dans la rue, les Français sont sympathiques mais à la télévision ils semblent arrogants. Les journalistes semblent suivre une feuille de route précise plutôt que de faire leur travail de manière impartiale.

Les journalistes sont loin d’être neutres selon vous ?

Prenons Hanouna, par exemple. C’est un acteur politique d’extrême droite. La place qu’il occupe dans la société française montre à quel point ce pays cautionne l’extrême droite au quotidien. La société accepte et intègre cette position comme une forme de protection et d’autodétermination. Hanouna a le pouvoir de dire à ses chroniqueurs « ferme ta gueule » pour un oui ou pour un non, ce qui est typique de l’extrême droite. Personne ne devrait accepter cela, à moins que l’idéologie de l’extrême droite ne soit déjà normalisée dans les rapports humains.

La violence est légitimée, vous voulez dire?

Ils paient des gens pour pouvoir être violents avec eux et pour qu’ils se laissent humilier. Quand la société accepte et légitime cela, elle devient complice selon moi. Les solutions politiques ne sont alors que des projets jamais des actions directes. Les projets ne se réalisent jamais vraiment. Le projet de la France tel que porté par l’extrême droite est absurde. Il faut être frustré pour l’accepter mais à force de jouer avec le feu on finit par se brûler.

Lors des dernières élections européennes, les médias semblaient faire la campagne de droite. Très peu de représentants de gauche ont eu la chance de s’exprimer. J’ai suivi un débat sur France 2, c’était horrible.

Que pensez-vous que les Camerounais puissent faire en 2025 pour changer le régime en place vu qu’on n’arrive pas à le faire depuis des décennies par les urnes ?

Prendre le Cameroun comme un pays c’est déjà un problème. Le Sénégal, c’est un vrai pays avec sa langue, sa culture, sa vie propre. En revanche, le Cameroun n’a pas une langue unique ni une culture cohérente. On est trop confortables dans notre situation. Les Camerounais ne peuvent rien faire d’autre que se résigner, jusqu’à ce qu’un militaire ou un gendarme prenne le relais, comme dans les gangs.

Par exemple, pour les élections de 2025, un homme est au pouvoir depuis plus de 40 ans, il a 92 ans, mais il n’a pas de dauphin dans son parti. Si une élection avait lieu demain, soit il se représente dans son état actuel, soit il mise sur le vide politique. Le président de l’assemblée a 80 ans, le président du sénat doit en avoir 140, et aucun d’eux n’a bougé à un an de l’élection présidentielle pour donner leur chance aux jeunes de leur parti. Cela montre qu’ils ont verrouillé la politique générationnelle et ne prévoient aucune continuité politique, mais plutôt un effondrement.

Bolloré ne s’est-il pas retiré du Cameroun?

C’est Paul Biya qui l’a fait partir. Pour la première fois, Bolloré a perdu un procès en Afrique, ça s’est passé au Cameroun. Mais évidemment je suis sûr que l’entreprise qui a pris sa place appartient à Bolloré. Paul Biya cloisonne les choses. Il veut se donner l’image « Je veux que mes compatriotes comprennent que personne ne m’impose quoi que ce soit. Tu vas changer le nom de ta pitrerie et on va passer à un autre contrat ». Je n’ai aucune preuve de ça mais Bolloré au Cameroun, c’est chez lui. Il a une maison, il va voir Paul Biya, il gare sa voiture, il monte les escaliers comme s’il allait voir son pote.

Et que pensez-vous de l’utilisation du français en Afrique ?

Si un jour je devenais président, par exemple au Cameroun, nous cesserions d’utiliser le français, non pas par rejet de la langue mais par une décision politique. Notre relation avec la France n’est pas équitable et parler français nous humilie. Notre participation à la francophonie la renforce. Cependant, seule la France en bénéficie réellement économiquement. Dans les aéroports comme Charles de Gaulle, parler anglais est neutre, mais parler français entraîne souvent un manque de respect et du mépris, car on est immédiatement identifié comme Africain avec un passeport vert.

C’est d’une manière anthropologique qu’il faut regarder la chose : la France est ingrate ; l’Afrique l’a aimée, lui a donné… Les Français au Cameroun, à Yaoundé ou même dans les villages, ne rencontrent généralement pas de problèmes. Cependant, la politique de droite cherche à convaincre les Français en France qu’il existe un sentiment anti-français en Afrique.

Je me sens européen, mais je suis conscient des préjugés et des comportements discriminatoires qui persistent. Je dois adapter ma manière de m’habiller et mon comportement pour éviter les conflits et les discriminations, que ce soit en Hollande ou à Marseille. La France et l’Europe semblent de plus en plus fertiles pour l’extrémisme de droite, nourri par des attitudes et des mentalités profondément enracinées. Cela crée un environnement où le racisme prospère et où il y a un appel croissant à revenir à des valeurs et des attitudes conservatrices.

La génération Nuit debout était une période où il n’était pas bien vu de demander aux gens de partir, mais aujourd’hui beaucoup de jeunes prennent le pouvoir dans un mouvement global. Les dirigeants actuels de l’extrême droite montrent que ce mouvement vise à durer encore cinquante ans. Regardez l’âge des leaders actuels : c’est un projet en gestation. Bardella pourrait même devenir premier ministre, après tout, si Attal l’a été, pourquoi serions-nous surpris ?


Source : Investig’Action

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