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Sarah, parent d’élève dans le 93: “Ma fille a perdu près de 100 heures depuis le premier trimestre”

Depuis près de deux mois, plusieurs syndicats français militent pour obtenir un plan d'urgence pour l'éducation en Seine-Saint-Denis. Les annonces du premier ministre Gabriel Attal ont surtout consisté à stigmatiser les jeunes et leurs parents en s'alignant sur l’extrême-droite en prenant la population des quartiers populaires comme première cible. Une maman d'élève nous répond sur les inégalités scolaires et discriminations du gouvernement Macron.

Pourquoi manifestez-vous? Quelles sont les conditions de vie et de travail dans les écoles?

Je suis parent élu de la Fcpe(1) depuis plusieurs années, depuis la maternelle de ma fille, qui est aujourd’hui en 4e au collège Jean Moulin d’Aubervilliers.
 Je suis mobilisée depuis des semaines, pour que ma voix, avec les autres parents, enseignants et personnels, soient entendue par le gouvernement.
Nous avons besoin d’un plan d’urgence en Seine-Saint-Denis, nous réclamons plus de 5 000 postes d’enseignants, 2 200 postes d’AESH (2), 650 postes d’AED (3), 175 postes de CPE (4), plus de 600 postes des personnels médico-sociaux.
Il manque les moyens pour les écoles 93. Il y a un besoin de rénovation des écoles, collèges et lycées. Le bâti se dégrade de jour en jour. Les conditions pour étudier ou d’enseigner se font dans une précarité extrême en Seine-Saint-Denis. Les enseignants et les parents s’opposent à la réforme des «  Chocs des savoirs » voulue par Gabriel ATTAL.

En quoi la situation dans le 93 est-elle particulière?

La situation dans le 93 se dégrade de jour en jour et cela depuis des années. Nous exigeons un plan d’urgence pour notre département, nous ne demandons pas un luxe, mais plutôt la nécessité absolue. Comme nous le réclamons depuis des années de il faut diminuer le nombre d’élèves dans toutes les classes, pour que les enseignants travaillent dans des bonnes conditions et que les élèves puissent apprendre mieux. Plusieurs écoles n’ont pas d’ordinateur ni d’internet, alors qu’il y a des leçons qui exigent des moyens informatiques. Plusieurs collégiens ne trouvent pas de stage, c’est les familles qui se démènent pour trouver un stage à leur enfants. Dans le collège de ma fille, plusieurs classes étaient sans prof d’allemand depuis presque deux trimestres. Il y a aussi eu des classes qui étaient sans prof d’AVT (5) depuis des semaines, après plusieurs réclamations des parents et les parents élus, nous avons pu avoir un remplaçant. La liste de manquements est énorme. Chaque année des heures perdues pour nos enfants de 93 ne sont pas rattrapées. Ma fille cette année a perdu plus de 97 heures depuis ce 1er trimestre et à ce jour elles n’ont pas été remplacées. Son enseignante de français est absente depuis la rentrée de ses vacances sans remplacement. Pourquoi cette discrimination dans notre département alors que dans des écoles voisines sur Paris, la situation est différente ?

Quelles sont les conséquences pour les enfants? Comment vivent-ils la situation?

La tendance de cette grève, c’est qu’ils vont abandonner, ne voudront plus aller à l’école, vont développer des problèmes de comportement de différentes natures. Les élèves qui sont le plus touchés par ces grèves sont les élèves en difficulté qui souffriront en premier de l’arrêt des cours, mais les enseignants ne font pas ça de gaieté de cœur. L’amélioration de leurs conditions de travail sera bénéfique pour les élèves. De plus nos enfants du 93 subissent aussi les mauvaises conditions du réseau depuis de longues années. Il y a des enfants qui vivent dans des conditions inadéquates chez eux, dont plusieurs parents en 93 ne maitrisent pas la langue française, donc, les élèves fragiles n’auront pas le temps de récupérer, par apport aux autres élèves qui avaient des parents impliqués dans la scolarité de leur enfants.


Je pense que les élèves sont très conscients de la situation de Plan d’urgence au 9-3 que le gouvernement nomme « Choc de savoirs ». Quand on les voit les jeunes présents et impliqués dans les manifestations enseignants /parents, tracter avec les parents devant les écoles on voit qu’ils sont concernés.
Ils sont conscients que les enseignants luttent depuis le 26 février jusqu’à ce jour, pour plus de moyens et un bel avenir pour nos enfants de la Seine-Saint-Denis. Ils savent aussi que notre département est le plus pauvre de France métropolitaine, cette insalubrité n’est pas une exception dans l’école de ma fille. C’est parmi les raisons de la mobilisation des enseignants du 93.


Quelles solutions proposez-vous pour améliorer la situation ?
En 1e lieu, nous demandons d’être écoutés par le gouvernement. Les demandes que nous faisons:
– Revoir la bâti scolaire décent de l’école au lycée,
– Prévoir des remplacements des enseignants, quand ils sont absents,
– Relancer aux groupes de niveaux « chocs des savoirs »,
– Offrir les moyens dans des écoles en Seine-Saint-Denis. Nous avons besoin d’un vrai plan d’urgence au 93,
– Nous réclamons plus des postes d’enseignants, d’AESH, d’AED, de CPE, et plus de postes des personnels médico-sociaux.
– Que chaque élève en situation d’handicap puisse bénéficier d’une AESH…

Que signifie pour vous la réforme des «  Chocs des savoirs » voulue par Gabriel Attal? Quels sont les risques, les conséquences de cette politique?

A mon avis, la signification de la réforme des « Chocs des savoirs », ce n’est pas la réalité de ce que déclare Gabriel ATTAL (des heures consacrées à l’apprentissage aux élèves qui sont en difficultés en français ou en mathématiques).
Le problème c’est que cette différenciation en groupes de niveau « élèves faible et élèves fort », c’est de la discrimination. Déjà, il y a plusieurs établissements dans le 93 où des élèves subissent du harcèlement scolaire. Faire des groupes de niveau, cela ne va faire qu’empirer les relations entre élèves. Les élèves dits faibles vont être plus en difficultés. Il va y avoir un décrochage scolaire de plusieurs élèves, surtout en Seine-Saint-Denis, c’est un département qui est vraiment pauvre. Sans oublier le taux des parents qui ne maîtrisent pas la langue, ni les moyens pour aider leurs enfants.

Pour illustrer, nous allons prendre deux groupes, un fort et l’autre dit faible, dans ce dernier ils ont un problème d’apprentissage, ils comprennent lentement, ils ont des difficultés systématique pour finir le programme de la 6e à la 3e. Par compte le groupe fort, l’apprentissage est très facile pour eux, donc, ils arriveront à finir le programme à temps. Sauf qu’à la 3e année il y aura un seul sujet pour les deux groupes. Le groupe faible ne pourra jamais avoir le brevet ni une bonne moyens pour le passage. Comme nous le savons, à partir de l’an prochain le brevet est obligatoire pour accéder au lycée. Cela va entrainer un réel décrochage, potentiellement de la délinquance, du harcèlement. Tout simplement c’est de la discrimination pour nos enfants du 93. Avec la création de ce groupe de niveau, il y aura simplement un échec scolaire qui se fonde sur de la stigmatisation.


Source: Investig’Action


Notes:

(1) Fcpe : « La Fédération nationale des conseils de parents d’élèves » des écoles laïque. Elle est créée le 26 mars 1947, sous l’influence du syndicat national des instituteurs de l’enseignement. Je suis parente adhérente à la Fcpe d’Aubervilliers qui est rattachée à Bondy.

(2) AESH : « Les Accompagnants d’Elèves en Situation de Handicap ».
Ils sont des personnels chargés de l’aide humaine, Il sont pour mission de favoriser l’autonomie de l’élève en situation de handicap. Ça aussi un autre sujet, que les AESH luttent pour le manque de moyens, pas des formations, de plus très mal payer, max 700 euros par mois, il y a des directeurs ils n’acceptent même pas un congé maladie, une absence. Et plusieurs d’autres points, qu’ils ne les laissent pas travailler dans de bonnes conditions, de plus aucune écoute pour ses AESH…

(3) AED : « L’Action Educative à Domicile », qui apporte un soutien matériel et éducatif à la famille. Elle s’adresse aux parents confrontés à d’importants difficultés (situation de carence éducative, de difficultés relationnelles, conditions de vie compromettant la santé de l’enfant, etc.). plusieurs cas de ce genre aux écoles de la Seine-Saint-Denis.

(4) CPE : « Le Conseiller Principal d’Education ». Elle exerce dans le seconde degré, dans les collèges et les lycées. Il est chargé du bon déroulement de la vie scolaire et contribue à placer les élèves dans les meilleurs conditions d’apprentissage. Ils aident aussi les 3e dans leur dossier d’orientation aux lycées, les stages ….

(5) AVT : « Une méthode d’accompagnement global des parents et de leur enfant sourd », ce basse sur l’axée sur l’apprentissage oral et de la parole, à travers l’audition uniquement. Dans le collège Jean Moulin, il y a une élèves non entendante, que j’accompagne la maman et la fille depuis l’an dernier, pas d’aménagement à cette petite dans sa scolarité et son apprentissage, dommage !!!…

  • Il s’agit d’un nom d’emprunt

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