Auteur d’un reportage pulvérisant la propagande selon laquelle les missiles iraniens - tirés le 1er octobre sur des bases israéliennes - n’ont produit que « des dégâts insignifiants », Jeremy Loffredo a été arrêté le 8 octobre. Le journaliste du site d'infos américain Grayzone reste détenu dans une prison israélienne. Une arrestation confirmée par Max Blumenthal, le rédacteur en chef de Grayzone, un webmédia indépendant qui a déjà « débunké » plusieurs mensonges d’Israël depuis le début du génocide…
Le 6 octobre, Jeremy Loffredo, journaliste d’enquête âgé de 28 ans, a diffusé un reportage vidéo sur la chaîne YouTube du site d’infos nord-américain Grayzone. Totalisant plus de 150 mille de vue à ce jour, ce reportage, visible ici, argumente et soutient que les Autorités israéliennes ont largement dissimulé l’étendue des dégâts infligés aux bases israéliennes suite à l’opération iranienne True Promise II (« Vraie Promesse 2 »).
Emprisonné pour journalisme
Ce mardi, les Forces de Défense Israéliennes (IDF) ont procédé à l’arrestation de Loffredo et de quatre autres journalistes. Selon plusieurs sources, ceux-ci ont été « agressés, battus et emmenés dans une base militaire israélienne ». Leurs téléphones portables ont également été confisqués. Tandis que ses confrères étaient relâchés, après 11 heures de détention, Jeremy Loffredo, lui, est resté emprisonné.
Il aura fallu deux jours pour que les officiels israéliens tentent, comme à leur habitude, de justifier l’injustifiable. Selon le site israélien Ynet, les accusations portées contre Loffredo « incluent l’aide à l’ennemi en temps de guerre et la fourniture d’informations à l’ennemi. » Ce média ajoute : « des représentants de l’ambassade des États-Unis ont assisté à une audience devant le tribunal de première instance de Jérusalem, à la demande de la police de prolonger sa détention. »
Pour sa part, l’avocate de Loffredo, Leah Tsemel, a déclaré que si les informations diffusées par son client « constituent une aide à l’ennemi, de nombreux autres journalistes en Israël, y compris des reporters israéliens, devraient également être arrêtés ».
A l’heure d’écrire ces lignes, les médias israéliens se gardent bien de confirmer ou d’infirmer les allégations selon lesquelles le journaliste américain aurait été « battu » voire aurait subi tortures et mauvais traitements…

Inquiétudes et suspicions qui ne relèvent pas d’une « vue de l’esprit » tant, depuis un an, l’armée coloniale israélienne maltraite les journalistes occidentaux et assassine en masse les journalistes palestiniens (128 tués en une année, selon la FIJ ). Dans la foulée, difficile de penser que l’arrestation, arbitraire et prolongée, de Jeremy Loffredo ne présenterait aucun lien avec son dernier reportage.
Hier, mercredi 9 octobre, sur son compte X, Max Blumenthal, rédacteur en chef de Grayzone, a brièvement confirmé l’arrestation de son employé : « Je viens d’apprendre que @loffredojeremy faisait partie des journalistes arrêtés par l’armée israélienne et qu’il est toujours en prison. Son téléphone a été confisqué. C’est tout ce que je peux dire pour l’instant ».

Pour réaliser son reportage sur les bases militaires bombardées par l’Iran, Jeremy Loffredo a circulé à travers le territoire israélien et documenté plusieurs sites d’impact qui n’avaient pas été signalés par les Autorités israéliennes, notamment des zones proches du siège du Mossad à Tel-Aviv.
A côté des massacres ininterrompus de dizaines de milliers de civils depuis un an, ce nouvel abus antidémocratique, émanant d’un régime colonial et génocidaire, pourrait sembler « anecdotique ». D’autant que, au contraire des journalistes palestiniens et libanais, la nationalité américaine de Loffredo devrait lui permettre de garder la vie sauve et, in fine, retrouver la liberté.
Pour autant, est-il « confraternel » que le « huitième front » guerrier mené par Israël – celui contre tous les journalistes dignes de ce nom – soit systématiquement éludé ou minimisé par les médias occidentaux israélo-embarqués ?
Olivier Mukuna

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