Une fillette palestinienne à un point de distribution de nourriture dans la ville de Gaza (AFP)

Olivier Rafowicz, porte parole de l’armée israélienne nie la famine à Gaza et menace les journalistes sur BFMTV

Communiqué de la SDJ de BFMTV :

Ce vendredi après-midi, sur BFMTV, Olivier Rafowicz, le porte-parole de l’armée israélienne a expliqué qu’il « n’y a pas de famine à Gaza », contredisant tous les éléments factuels et documentés par les ONG et nos confrères journalistes sur place, qui sont eux-mêmes en proie à cette famine, comme l’ont rappelé nos journalistes à l’antenne.

II également tenu des propos menaçants envers nos confrères journalistes palestiniens, les accusant de distribuer « des textes et photos bidons, du pipeau total, indiquant qu’il avait leurs « noms », et accusant « des agences de presse extrêmement sérieuses, européennes et certaines françaises », d’être « le relais de la propagande du Hamas ».

La SDJ de BFMTV tient à rappeler que ces propos n’engagent pas la rédaction. Comme il a été dit durant I’interview à Olivier Rafowicz, le Programme alimentaire mondial, agence de IONU, a alerté hier sur Ia situation de désespoir sans précédent à Gaza, soulignant que « 90.000 femmes et enfants ont besoin d’un traitement urgent ». Et Israel interdit toujours l’accès aux médias étrangers. Depuis le début de la guerre, plus de 200 journalistes palestiniens ont été tués à Gaza

Les déclarations d’Olivier Rafowicz

La réponse cinglante de la Société des Journalistes de BFMTV après l’intervention lunaire du porte-parole de l’armée israélienne sur le plateau de la chaîne.

Pas de famine à Gaza ?

N’en déplaise au porte-parole de l’armée israélienne, voilà ce qu’indiquait l’IPC (Integrated Food Security) dans son dernier rapport :

« Le pire scénario de famine se joue actuellement dans la bande de Gaza. Les conflits et les déplacements se sont intensifiés, et l’accès à la nourriture et à d’autres articles et services essentiels a chuté à des niveaux sans précédent.

De plus en plus de preuves montrent que la famine, la malnutrition et la maladie sont à l’origine d’une augmentation des décès liés à la faim. Les dernières données indiquent que les seuils de famine ont été atteints pour la consommation alimentaire dans la majeure partie de la bande de Gaza et pour la malnutrition aiguë dans la ville de Gaza.

La malnutrition a augmenté rapidement au cours de la première quinzaine de juillet. Plus de 20 000 enfants ont été admis pour un traitement contre la malnutrition aiguë entre avril et mi-juillet, et plus de 3 000 souffrent de malnutrition sévère. Les hôpitaux ont signalé une augmentation rapide des décès d’enfants de moins de cinq ans liés à la faim, avec au moins 16 décès signalés depuis le 17 juillet.

Des mesures immédiates doivent être prises pour mettre fin aux hostilités et permettre une intervention humanitaire sans entrave, à grande échelle et qui sauve des vies. C’est la seule voie pour mettre fin à d’autres décès et à des souffrances humaines catastrophiques. »

L’IPC (Integrated Food Security Phase Classification), est un outil international standardisé qui permet d’analyser et de classifier la gravité de l’insécurité alimentaire dans diverses régions du monde. Il vise à offrir aux décideurs des analyses fiables, rigoureuses et fondées sur un consensus, afin d’orienter les interventions d’urgence et la planification à moyen et long terme. Le système est utilisé par de nombreux gouvernements, agences de l’ONU, ONG et partenaires internationaux pour harmoniser la compréhension et la réponse aux situations de crise alimentaire.

Le rapport de l’IPC indique un stade d’alerte jamais atteint dans la bande de Gaza

Comment fonctionne l’IPC ?

L’IPC cartographie l’insécurité alimentaire en fonction d’une échelle de gravité. Elle emploie un code couleur et des notations universelles pour faciliter l’aide humanitaire et la gestion des priorités.

L’échelle IPC :

  • Phase 1 : Minimale (« Sécurité alimentaire ») : la majorité de la population accède sans difficulté à une alimentation adéquate sans recours à des stratégies négatives ou non durables.
  • Phase 2 : Sous pression (« Stress ») : la population commence à faire face à des contraintes et adopte des stratégies d’adaptation modérées mais ne souffre pas (encore) de déficits alimentaires majeurs.
  • Phase 3 : Crise : les ménages connaissent des déficits de consommation alimentaire et/ou dégradent significativement leurs moyens d’existence pour s’alimenter.
  • Phase 4 : Urgence (« Emergency ») : des déficits alimentaires extrêmes et sévères sont constatés, associés à un accroissement de la mortalité, à la malnutrition aiguë et à la perte des biens.
  • Phase 5 : Famine/Catastrophe : une extrême pénurie alimentaire touche une partie suffisante de la population pour entraîner un risque de mort généralisé ou des pertes catastrophiques des moyens de survie.

Voici la dernière carte publié par l’IPC qui se passe de commentaires. La totalité de la bande de Gaza est dans une situation de crise alimentaire extrême proche du dernier stade

Les données sur les livraisons de denrées alimentaires compilées par l’IPC expliquent parfaitement la situation des habitants de Gaza. Cet effondrement des livraisons de denrées alimentaires à Gaza depuis février est largement attribuée par les organisations internationales et humanitaires au blocus imposé par Israël, aggravé par des restrictions militaires strictes qui empêchent ou limitent l’acheminement et la distribution de l’aide humanitaire

Livraisons de denrées alimentaires en tonnes métriques (MT), 23 juillet 2025. Source : COGAT (Coordinator of Government Activities in the Territories, Organisme d’administration militaire israélienne dans les territoires occupés)

Les Nations Unis refusent de livrer de la nourriture ?

Les Nations Unis condamnent fermement le refus de coordination des autorités israéliennes. « Alors que les besoins humanitaires atteignent des sommets, l’accès à Gaza reste dramatiquement limité. Dimanche, les autorités israéliennes ont rejeté trois des huit demandes de coordination déposées par l’ONU, compromettant une fois de plus des opérations jugées vitales. »

« Nous appelons à un accès humanitaire immédiat et sans entrave, afin que l’aide puisse atteindre l’ensemble de la population de Gaza, y compris dans le nord », a déclaré M. Dujarric.

Ce n’est donc pas l’ONU qui refuse de livrer l’aide alimentaire comme le prétend Olivier Rafowicz sur le plateau de BFMTV.

Les Nations Unis décrivent une situation chaotique dont les autorités israéliennes sont responsables

Carburant vital bloqué

Depuis quatre mois, aucune livraison de carburant n’a été autorisée. Sans lui, pas d’ambulance, pas de générateur pour les hôpitaux, pas d’eau potable et même de connexions Internet.

Déplacements Forcés

Depuis la fin du cessez-le-feu en mars, environ 700.000 Gazaouis ont été déracinés, souvent à plusieurs reprises, piégés dans un cycle infernal d’exode sans refuge. Les zones d’accueil, telles qu’Al Mawasi sur la côte méditerranéenne, sont désormais surpeuplées à l’extrême. 

Nier la famine à Gaza n’est pas moins ignoble que de nier l’Holocauste…

Mais les plus vives condamnations face à ce déni de famine viennent d’Israël. Je laisse s’exprimer Gideon Levy, célèbre journaliste du quotidien israélien Haaretz qui martèle des mots très durs :

« Ces dernières semaines, une vague méprisable de déni a balayé Israël, de tous les endroits. Il est répandu dans de nombreux pans du public, partagé par presque tous les médias.

Nous avons essayé d’ignorer, de dissimuler, de détourner le regard, de blâmer le Hamas, de dire que c’est comme ça en temps de guerre, de prétendre qu’il n’y a pas de gens innocents à Gaza, jusqu’à ce que la totalité des crimes d’Israël dans la bande de Gaza déborde.

Avec le début de la famine mortelle délibérée, il n’y avait pas d’autre alternative que de se tourner vers le déni, non moins répugnant que le déni de l’Holocauste.

Le déni actuel comprend un déni de l’intention génocidaire et l’objectif transparent d’évacuer la population de Gaza ailleurs.

Un tel déni est légitime en Israël, il est conforme au politiquement correct local – il n’y a pas de faim ! Personne ne sera condamné ou pénalisé pour l’avoir causé.

Cette attitude est devenue partie intégrante du courant dominant. Les descriptions de famine délibérée à Gaza sont une conspiration antisémite. S’il y a de la famine, parlez-en au Hamas. »…

… « Le déni a accompagné Israël depuis l’époque de la première Nakba, en 1948, qui n’a jamais eu lieu et n’a été conçue que dans l’imagination de ceux qui haïssent Israël. Elle s’est poursuivie pendant toutes les années d’occupation et d’apartheid. »

Haaretz du 27 juillet 2025

Pourquoi il est urgent d’agir ?

Le Dr Fadi Alborai, médecin à Gaza, tente d’expliquer la gravité de la situation dans un post du 22 juillet sur X :

« Une personne qui est entrée dans un stade avancé de famine ne peut pas être sauvée par la nourriture et l’eau seules. Sans soins médicaux spécialisés, la mort rôde à proximité, même si on leur offre soudainement des repas somptueux. C’est un corps dont les systèmes se sont effondrés, dont les muscles se sont désintégrés, dont les organes ont rétréci et qui n’est plus qu’un squelette en mouvement. Des dizaines de milliers de nos habitants dévastés sont peut-être déjà entrés dans cette phase finale de la famine… Ils risquent de quitter ce monde cruel très bientôt. Et oui, avant que je n’oublie, la plupart d’entre eux sont des enfants. »

Le Hamas pille l’aide alimentaire ?

Comme le rapporte Reuters, une analyse interne du gouvernement américain n’a trouvé aucune preuve de vol systématique par le groupe militant palestinien Hamas de fournitures humanitaires financées par les États-Unis, remettant en question la principale justification invoquée par Israël et les États-Unis pour soutenir le programme d’aide meurtrier de la Fondation humanitaire pour Gaza (GHF).

L’enquête, menée par le Bureau d’assistance humanitaire (BHA) de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), a examiné 156 incidents de vol ou de perte d’aide signalés par les partenaires de l’USAID entre octobre 2023 et mai 2024.

Selon les documents consultées par Reuters, l’analyse n’a pas démontré que le Hamas s’était approprié ses fournitures disparues.

Même si certains détournements ne peuvent pas être totalement exclus. L’armée israélienne fonde ses accusations sur des « informations de renseignement », mais ne fournit pas de preuves publiques vérifiables.

Comme le relate le Times of Israël, c’est après la diffusion d’images montrant des hommes masqués à bord de camions d’aide, que les autorités israéliennes ont réduit les livraisons vers Gaza, accusant le Hamas de détournement.

Mais des chefs de clan à Gaza ont affirmé que les hommes armés aperçus à bord de ces camions n’étaient pas des membres du Hamas, mais des gardes chargés de protéger les livraisons contre les pillages. Par ailleurs, la commission supérieure des affaires tribales, qui représente les clans influents de Gaza, a démenti que les hommes masqués visibles sur les images étaient des membres du Hamas, affirmant que les camions étaient protégés dans le cadre d’un dispositif de sécurisation de l’aide organisé « exclusivement par les tribus ».

La commission a insisté sur le fait qu’aucune faction palestinienne, c’est-à-dire le Hamas, n’avait été impliquée dans le processus. Le groupe palestinien, qui a dirigé Gaza pendant près de vingt ans, mais dont le contrôle est désormais réduit à certaines zones, a également nié toute implication.

Propagande et conflits d’intérêt, la complaisance de certains médias

Dans le livre, « 7 octobre, Enquête sur la journée qui a changé le monde », Michel Collon et Jean-Pierre Bouché expliquaient comment certains médias comme BFMTV déguisaient la propagande israélienne en infos.

Une nouvelle fois, BFMTV fait preuve d’une grande complaisance vis à vis des propos d’Oliver Rafowicz.

Alors que la situation à Gaza est proche du désastre humanitaire, Thierry Arnaud, le journaliste en plateau, retoque très mollement le porte-parole de l’armée israélienne.

Pour lui, « Israël est bien à l’origine de l’inadéquation de la distribution de l’aide alimentaire dans la bande de Gaza »… En fait, Israël génocide Gaza et c’est bien plus qu’une inadéquation !

La page du livre « 7 octobre, Enquête sur la journée qui a changé le monde » consacrée à Olivier Rafowicz et ses conflits d’intérêt, notamment avec BFMTV

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