Macron, l’hypnotiseur pétainiste

Nahel, 17 ans, tué pour « refus d’obtempérer » et à cause de son arabité : émeutes dévastatrices en réaction aux quatre coins de la France. Une explosion sociale annoncée qui oppose, depuis un mois, les pourfendeurs des inégalités contre le camp, très soudé, des racistes de tous bords. Parmi eux, environ 85.000 « premiers de cordée » ont financé la famille du meurtrier de Nahel, Florian Menesplier, via une cagnotte crée par un polémiste d’extrême-droite. Enfin, sur fond de grèves policières, l’appel controversé de dirigeants de la police française visant à supprimer toute détention provisoire pour les policiers commettant des violences et/ou un meurtre… Autant de sujets brûlants auxquels Emmanuel Macron a donné, lundi, sa réponse présidentielle. Celle-ci fût, « en même temps », déconnectée et pétainiste.

« C’est bien fait pour ta gueule / Tu n’es qu’un p’tit salaud / On portera pas le deuil / C’est bien fait pour ta peau »1. C’est, hélas, avec ce refrain d’une ancienne chanson de Renaud qu’on pourrait résumer ce qu’a médiatisé Macron, près d’un mois après l’exécution policière de Nahel Merzouk et les révoltes que cet horrible crime filmé a déclenché. Tiré du morceau « Les charognards », ledit refrain – illustrant le ressenti d’extrême-droite face à la criminalité juvénile non blanche – a été écrit en 1977. Mille neuf cent soixante-dix-sept. Ou l’année de naissance d’Emmanuel Macron. Il y a comme des hasards qui n’en sont pas…

Devant près de 7 millions de téléspectateurs2, le président français a déroulé quelques énormités, lundi 24 juillet, à deux journalistes-réceptionnistes de TF1 et France 2. Un entretien présidentiel d’une demi-heure, pré-enregistré, mené par deux présentateurs de JT estivaux, plus habitués à jongler avec les infos-services et autres « merveilles » du terroir français qu’à tenir tête, à l’anglo-saxonne, à leur « intouchable » président de la République. Un Macron qui – même en optant pour ce casting de journalistes inoffensifs – n’a pas eu le courage du « direct ». Qu’il semble loin le temps où « Jupiter » tentait d’épater la galerie politico-médiatique en sélectionnant Edwy Plenel (Mediapart) et Jean-Jacques Bourdin (ex-RMC/BFMTV) pour l’interroger « sans concessions »3

Fin d’un mauvais suspens


A la question, inévitable et très attendue, posée par le présentateur de France 2 – « Monsieur le président, le début de l’été a été marqué par des violences urbaines d’un niveau jamais atteint depuis [celles de] 2005. Vous aviez dit vouloir prendre un peu recul pour en tirer les leçons. Un mois après, qu’est-ce que vous avez compris ? » -, l’ex-banquier répond avec une assurance presque cybernétique :

« Vous l’avez dit : ce sont des violences qui sont absolument inqualifiables parce que nous avons vu des scènes qui ont heurté nos compatriotes. C’est le retour à l’ordre qui a prévalu ! Je veux ici féliciter le ministre de l’Intérieur [Gérald Darmanin], nos policiers, nos gendarmes, nos sapeurs-pompiers qui, avec beaucoup de courage, durant ces 4 nuits d’émeutes, ont été là ! Cela a été un déploiement inédit : 45.000 forces de sécurité intérieure… Et je veux aussi remercier, évidemment, nos policiers municipaux qui, aux côtés des Maires, ont été main dans la main dans ce travail. 45.000 forces de sécurité intérieure qui ont été déployées, ce qui a permis, en 4 jours, de mettre fin à ces émeutes… »4

L’une des scènes de la forte répression policière qui s’est déployée, début juillet en France, contre tout jeune pouvant ressembler, de près ou de loin, à un “émeutier”…

Pause. Précision et questions. Au delà du fait que « 4 jours » n’égale pas une semaine5, l’avenir nous dira si, au son de cette « ébouriffante analyse », Sartre, Bourdieu ou Foucault se sont retournés dans leurs tombes ? Ensuite, ce premier cadrage présidentiel a sonné comme une « petite musique » pétainiste. Tout du long, nous aurons droit à une exaltation affligeante envers « l’ordre, la famille, la nation». Trio thématique qui ressemble, à s’y méprendre, au principal slogan du Maréchal collabo et octogénaire de 1940-45 : « Travail, Famille, Patrie ».« Naaaaaan ! », s’époumoneront les milliardaires et autres actionnaires de la Macronie ainsi que ses électeurs de plus de 65 ans sur lesquels fonctionne la redoutable hypnose présidentielle. Oubliant assez facilement comment Macron, en mai dernier, avait sèchement désavoué sa Première ministre Elisabeth Borne qui avait qualifié le Rassemblement National de Marine Le Pend’héritier de Pétain” (BFMTV, 30 mai 2023)…

Mais reprenons le fil de la parole élyséenne : « En 2005, cela avait duré trois semaines et ne s’était terminé que que parce que l’on avait pris, heu… l’État d’urgence. Nous avons su mettre fin à ces émeutes au bout de 4 jours sans prendre des mesures restrictives sur la liberté de chacune et de chacun. Nous avons aussi eu une réponse judiciaire implacable : il y a eu 4000 interpellations, des centaines de déferrements avec des décisions de justice très rapides. La première leçon, c’est qu’il n’y a pas de liberté sans l’ordre républicain et le retour au calme. Ensuite quand je regarde les chiffres, C’est 500 à 600 jeunes, très jeunes, environ 16 ans de moyenne d’âge. On parle de jeunes qui, pour une très large majorité, n’étaient pas connu de la justice ; qui, pour une écrasante majorité, ont un cadre familial fragilisés, soit parce qu’ils viennent de familles monoparentales – ils sont élevés par un seul de leur parent – soit parce qu’ils sont à l’aide sociale à l’enfance. »6

« Donc, cette violence qui a conduit à brûler des écoles, des mairies, des gymnases, des bibliothèques puis, qui est devenue une violences de pillages. La leçon que j’en tire, c’est : l’ordre, l’ordre, l’ordre ! », tonne Emmanuel Macron. « La deuxième, c’est que notre pays a besoin d’un retour de l’autorité, à chaque niveau, et d’abord dans la famille. C’est un chantier que je veux pouvoir ouvrir à la fin de l’été : celui de l’autorité parentale. Pour beaucoup de ces jeunes, ce n’est pas l”Éducation nationale et encore moins la police qui peut régler le problème, le traiter à la cause ! Donc on doit responsabiliser certaines familles, en accompagner d’autres qui sont dans la détresse et on doit réinvestir massivement sur notre jeunesse pour lui redonner un cadre… »7


Spirale néofasciste


Après ce fabuleux numéro du prestidigitateur en chef des riches, difficile de ne pas penser
à la citation du dramarturge allemand Bertold Brecht : « On dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l’enserrent.» En effet, 30 minutes durant, Macron ne dira strictement rien de ces « rives » que sont la longue impunité judiciaire des policiers criminels, du racisme structurel de la société française comme de ses inégalités et discriminations socio-économiques, toujours plus criantes depuis… qu’il pilote l’État français.

En 2017, l’hebdo Der Spiegel mettait Macron en couverture. Avec un choix de titre espiègle – “Je ne suis pas arrogant” – comme pour suggérer aux lecteurs l’exact contraire. Six ans plus tard, l’inversion est amplement confirmée.

 
Une telle arrogance, un tel déni politicien méprisant les causes comme les enjeux sociopolitiques, pourtant mille fois documentés, 100.000 fois dénoncés, et qui ont, à nouveau, débouché sur 4 nouveaux morts, des centaines de blessés et plus de 650 millions de dégâts matériels, voilà qui devrait largement inquiéter. Visiblement pas plus que ça, où que l’on le regarde. Jusqu’à la nausée, le président narcissique va donc glorifié «
l’autorité » et « l’ordre», stigmatiser les parents pauvres de banlieues, pour mieux masquer l’ordre néolibéral injuste que sa caste lui a donné pour mission de défendre et de promouvoir « quoi qu’il en coûte »…

Face à ce « Mont blanc » de mépris, est-il encore l’heure de suggérer que le président et son gang de technos sans idées n’auraient « rien compris aux émeutes ». Au contraire : ils ont parfaitement compris et choisi. Une autoroute idéologique ultraconservatrice et improductive au milieu de laquelle d’autres Nahel vont succomber. Cette route de l’extrémisme bourgeois et financier, résolu, à coups de 49-3 et d’interdictions en tout genre, à faire sécession d’avec un peuple, multicolore, qui refuse de se voir esclavagisé dans une Start Up Nation !

Enfin, si besoin était, confirmée également la sécession d’avec les deux derniers mots du triptyque sacré inscrit au fronton de toutes les mairies : « Égalité » et « Fraternité »… Des concepts qui, restons honnêtes, n’ont jamais eu de réalité politique concrète à travers l’histoire impérialiste et colonialiste de l’Hexagone, plus particulièrement lorsqu’on y est noir ou arabe ; comme l’ont chanté, en temps et en heure, le rappeur Shurik’n (IAM)8 ou ceux du groupe La Rumeur9.


Une mort programmée


En Europe – sauf en Belgique où le Premier ministre,
Alexander De Croo, reste un fan absolu de Macron jusqu’à mentir aussi mal que lui 10 – comme ailleurs dans le monde, la France est de plus en plus perçue comme un État défaillant. En spirale autoritaire accélérée sur le plan des règles et principes démocratiques. Meurtres policiers racistes à flux tendu ; mutilations (yeux crevés ; mains arrachées) et peines de prison ferme pour les gilets jaunes ; interdiction d’associations et de collectifs pacifiques jugés « radicalisés » par le liberticide Darmanin car, en réalité, trop critiques de l’action gouvernementale (Soulèvements de la terre, Collectif contre l’Islamophobie en France (CCIF), BarakaCity )11.

Au sein de la quasi-allocution présidentielle du 24 juillet, on vous épargne les promesses d’ivrogne concernant « les chantiers » de l’éducation ou de la lutte contre le réchauffement climatique (« Make our planet great again ! »12) pour nous concentrer sur ce que le brillant sociologue Jean-François Bayart nomme « le basculement de la France » et que l’activiste Amal Bentounsi complète par « le déni français »13.

Jean-François Bayart, professeur à l’IHED de Génève ; l’un des rares intellectuels français à avoir produit une critique décapante du président Macron “narcissique, arrogant, immature” et surtout, susceptible de faire « basculer la France dans la dictature.


Afin de contrer les amnésies opportunes, voici un extrait de la tribune de Bayart, publiée dans le quotidien suisse
Le Temps14. Celle-ci avait, dès le 1er juillet, déjà tout résumé à l’adresse des « durs de comprenure » : « La France brûle. Pour un homme qui se faisait fort de l’apaiser et clignait de l’œil à la banlieue lors de sa première campagne électorale, le constat est amer. Il vient après le mouvement des gilets jaunes et une succession de mouvements sociaux de grande intensité. Tout cela était prévisible et fut prévu, comme était attendu l’embrasement des quartiers populaires, tant était connue la colère sociale qui y couvait. Tellement redouté, même, qu’Emmanuel Macron, Elisabeth Borne et Gérald Darmanin ont immédiatement compris la gravité et le caractère inacceptable de l’exécution extrajudiciaire de Nahel – le mot est fort, j’en conviens, mais de quoi s’agit-il d’autre au vu de la vidéo ? Les paroles d’apaisement furent vaines.»

Et Bayart d’ajouter : « Car la mort de Nahel, loin d’être une simple bavure, était programmée. Elle est la conséquence mécanique de la démission du pouvoir politique, depuis trente ans, sous la pression corporatiste de la police qui n’a cessé de s’affranchir des règles de l’État de droit bien que lui ait été concédée, de gouvernement en gouvernement, une kyrielle de lois liberticides, jamais suffisantes, sous couvert de lutte contre le terrorisme, l’immigration et la délinquance. Jusqu’à la réécriture de l’article 435-1 du Code de la sécurité intérieure, en 2017, qui assouplit les conditions d’emploi des armes à feu par les forces de l’ordre. Annoncé, le résultat ne se fit pas attendre. Le nombre des tués a doublé depuis 2020 par rapport aux années 2010. Le plus souvent pour ‘refus d’obtempérer à un ordre d’arrêt‘: cinq fois plus de tirs mortels dans ces circonstances. Nahel est mort de cette modification du Code de la sécurité intérieure.»

Voilà précisément sur quoi une partie des Français comme une majorité de la jeunesse attendait, depuis un mois, le président de la République ! Voilà sur quoi l’ont politiquement et publiquement interpellé ENAR, Amnesty International ou l’ONU15. Voilà sur quoi Macron devait « prendre du recul » pour, a minima, faire semblant de se hisser, 30 pauvres minutes, à la hauteur de la gravité mortifère des enjeux.

Non, bien entendu. Durant sa « fixation de cap » télévisuelle et nationaliste, Macron n’a pas cité le prénom de Nahel. Pas une seule fois. Ni le nom des autres citoyens non-blancs tués par sa police. Tandis qu’il remerciait son ministre préféré, ses « forces de sécurité intérieure » et tentait de verser une larme de crocodile sur « 900 policiers blessés », le président n’a pas eu un mot pour ses autres compatriotes : la mère de Nahel et toutes ces familles françaises qui ont vu, notamment sous sa présidence, fauché l’un.e des leurs par la violence barbare de policiers.

Des familles à jamais brisées par l’irréparable perpétré par ces agents « de service public », systématiquement acquittés ou très légèrement condamnés par des magistrats drillés à l’extrême clémence sinon la protection des « flics-tueurs ».

L’insensible président des riches


Pourquoi encore souligner l’évidence ? Parce qu’en France ou en Belgique qui se souvient que
le chroniqueur d’extrême-droite, multi-condamné pour « incitation à la haine raciale » et pas encore candidat aux présidentielles 2022, Eric Zemmour, s’était fait injurié dans la rue par un jeune homme aux origines maghrébines (30 avril 2020). Ce dernier l’avait reconnu, suivi, filmé, insulté et craché dessus mais sans lui porter le moindre coup. Des images qui avait déclenché un tollé médiatique chez quelques élites crypto-racistes, trop heureuses de dénoncer une « inadmissible agression »16. En guise « d’agression », Zemmour n’a même pas chopé le Covid… Pour sa part, Macron a mis moins de 24h pour téléphoner à Zemmour, afin de lui demander « comment il allait ? », puis entamer, avec le plus influent des racistes français, une « élégante » conversation de 45 minutes17.

Qui se souvient encore qu’après le lynchage raciste de Michel Zecler18, perpétré par trois policiers négrophobes, le 21 février 2020, filmés à leur insu par une caméra de surveillance, le même Macron n’a jamais appelé personnellement le producteur de musique antillais pour lui demander « comment il allait » ? Le Maréchal se contentant d’un tweet, stupidement moraliste, niant, comme à son habitude, toutes violences policières19

Fin juillet 2023, un mois après Nahel, on ne parle plus d’insultes ou (pas encore) de tabassage policier filmés mais bien de 4 morts (avec celle de Nahel) dues aux opérations répressives de police ! En marge des émeutes, Mohamed B.20, 27 ans, et Carl Tarade21, 54 ans, ont été tous deux victimes d’un tir mortel de LBD [Lanceur de Balles de Défense]. Le premier est décédé à Marseille ; le second, à Cayenne (Guyane). A Rouen, c’est un jeune homme de 19 ans, encore non identifié, qui a fait une chute mortelle du toit d’un supermarché. Là encore, comme d’habitude, les versions s’opposent sur les circonstances de la tragédie. La chute du jeune homme serait survenue « dans le cadre d’un pillage », selon la police. Le procureur de Rouen, lui, a affirmé que le centre commercial en question ne faisait pas « l’objet d’une attaque d’émeutiers lors des faits » qui ont conduit le jeune homme à décéder de ses blessures à l’hôpital22

En réalité, les citoyens afro-descendants Nahel, Mohamed et son cousin Abdelkrim23, Carl ou le jeune Rouennais n’existent pas dans les appels à « l’ordre » et à « la justice» de l’insensible président des riches. A contrario, existent la santé « délicate » du pétainiste Zemmour ou la nécessité de protéger certains de ses ministres-délinquants d’éventuelles foudres judiciaires (Buzyn, Chiappa, Dupont-Moretti, etc.)24 C’est aussi ce traitement différencié, raciste, classiste et injuste qui a fini par résonner pétainiste. A l’instar – là aussi, qui s’en souvient ? – du nom de mouvement choisi par « le gendre idéal » des seniors boursicoteurs et des CSP+ français. Qui se rappelle qu’en campagne électorale 2017, le millionnaire Macron avait baptisé son mouvement politique : « La France en Marche ». Mot pour mot, le slogan de 1940 forgé par Philippe Pétain qui appelait les Français de l’époque à se soumettre à l’occupant nazi… Il y a comme des hasards qui n’en sont pas.

Même avec 77 ans d’écart, il y a des hasards qui n’en sont pas.

Grèves et contestation policières


Récapitulons. En France, le nombre de citoyens désarmés tués par les forces de l’ordre a explosé ces deux dernières années : officiellement, 5 cas en 2021 ; 13 en 2022. C’est plus du triple que la moyenne de la décennie précédente25… Une augmentation directement liée à des tirs policiers sur des véhicules en fuite (ou tentant de fuir), « encadrés » par
la loi de 2017 libéralisant les conditions d’utilisation de leur arme à feu

Que compte faire Macron et son gouvernement contre cette recrudescence de meurtres policiers ? Appeler ses parlementaires presse-boutons à modifier l’article de loi ? Abroger ladite loi ? Non-non, souvenez-vous : ouvrir à la fin de l’été « un chantier sur l’autorité parentale »… Ah oui, le Maréchal a aussi décidé de s’attaquer à une autre « urgence politique » : allonger la période des soldes… Comme s’en est d’ailleurs gargarisée TF1, quasi au bord de l’orgasme journalistique : « Suite aux violences urbaines, les premiers jours de soldes ont attiré très peu de monde en magasins. Le gouvernement a alors décidé de prolonger la période de promotions d’une semaine... » (TF1, JT de 13h, 25 juillet 2023).

Pendant ce temps-là, à Marseille, quatre policiers de la Brigade Anti-Criminalité (BAC) sont accusés d’avoir visé au LBD la tête d’Hedi Rouabah26, 22 ans, de l’avoir ensuite violemment tabassé et laissé pour mort, dans la nuit du 1er au 2 juillet derniers… Le Parquet a requis la mise en examen des quatre flics pour « violences en réunion par personne dépositaire de l’autorité publique ». Objectif : éviter toute concertation entre les suspects et de possibles pressions exercées sur les témoins. Au final, un seul agent a été privé de liberté: le tireur au LBD.

Suite à de multiples violences policières dont une balle de LBD tirée dans son crâne, le marseillais Hedi souffre le martyr depuis un mois… S’il est un “miraculé médical”, le jeune homme restera peut-être défiguré et handicapé à vie.

Une détention provisoire qui a suffit à déclencher un mouvement contestation et de solidarité policières (grèves du zèle, service minimum, arrêts de maladie de complaisance, commissariats fermés). Née à Marseille, la fronde des « forces de l’ordre » s’est étendue à d’autres villes françaises. Un croisement de bras soutenu, au plus au niveau de la hiérarchie policière, par le Directeur général de la police nationale, Frédéric Veaux27 rapidement rejoint par le Préfet de police de Paris, Laurent Nunez. Ce dernier a aussi estimé qu’un « policier n’a pas sa place en prison » avant un procès28. Cependant, Nunez semble, hier, faire machine arrière devant le tollé qu’ont suscité ses propos.29

Questionné sur TF1 et France 2 au sujet de ces hauts soutiens, pour le moins embarrassants, Macron a semblé, quelques secondes, trembler sur ses bases pétainistes. Puis, il a vite fait du « en même temps » ; affirmant « entendre l’émotion des policiers » tout en estimant que « Nul n’est au-dessus des lois ». Chacun.e l’aura compris : dès qu’il s’agit des dérives policières, il n’est plus question pour Macron de… « redonner un cadre ».

Enième alerte


Sous la canicule néofaf qui assomme la France depuis un mois, l’un des rares politiques à tenir bon s’appelle Jean-Luc Mélenchon. Via son compte Youtube, l’opposant de gauche a « lancé l’alerte », le 25 juillet, contre cet « état de sédition dans laquelle s’est placée une partie de la police nationale»30. « Tous ceux qui veulent l’apaisement doivent savoir qu’on n’apaisera rien, nulle part, en aucune circonstance, si on ne traite pas la cause ! ». « La cause des révoltes urbaines, c’est qu’au nom d’un refus d’obtempérer, qui s’est avéré ensuite être un mensonge, un jeune homme de 17 ans a été abattu de sang-froid », estime le leader de La France Insoumise (LFI).

« Dans chacun de ces cas, il n’y a pas eu, jamais, une parole du chef de l’État ou du ministre [Darmanin] pour manifester de la compassion et surtout prendre les sanctions qu’à l’évidence impose la situation. Puisque, dans chacun de ces cas, il est avéré que le rapport de la situation qui a été fait était mensonger. », poursuit Mélenchon.

«Enfin, trois ans après leur mise en examen, les policiers impliqués dans la mort de M. Cédric Chouviat31 n’ont toujours pas été jugés… Il existe donc, comme première cause des événements que nous avons vu pendant les révoltés urbaines, ensuite, et à cette heure, quelque chose de commun. C’est que tous les débordements ont été autorisés par le silence complice des autorités de l’État. Et c’est à cela qu’il faut répondre ! Pas un instant, le président de la République n’y a fait référence. Il abandonne son devoir de garant de l’indépendance de la justice, il abandonne son devoir qui est de maintenir l’ordre républicain dans la police […] Voilà pourquoi cette situation est condamnée à empirer, à s’aggraver et à franchir de nouveaux seuils si des sanctions ne sont pas prises. »

Who’s next ?

S’il semble vain de philosopher ou même d’espérer, relevons néanmoins deux différences entre 1977 et aujourd’hui. D’une part, Nahel, Mohamed, Carl et toutes celles et ceux qui ont été abattus ou mortellement asphyxiés par des policiers, n’étaient pas braqueurs, ni terroristes ni des «dangers», qui méritaient, séance tenante, la peine capitale policière. Aussi déterminés que soient les efforts de l’extrême-droite pour faire croire le contraire, cette vérité, ce constat de bon sens, ne risquent pas d’être enterrés de si tôt.

D’autre part, toute coresponsabilité citoyenne à la catastrophe présidentielle doit finir par s’assumer et, si possible, se corriger. Comme des millions de ses concitoyens, le septuagénaire bourgeois Renaud, par exemple, a voté Macron32, au premier tour des présidentielles 2017. Cinq ans plus tard, il s’est dit « contraint », de faire pareil au second tour 2022, « face à Le Pen »33. Fixant ainsi, au regard de l’Histoire, son nom sur la longue liste des « castors », de gauche ou du centre, pétris de nullité et de cécité politiques jusqu’à se faire rouler dans la farine pétainiste pour dix ans. Sans devoir un jour en payer « le prix », dans leur chair ou de leur vie…

Encore combien de « seuils à franchir », comme s’en inquiète Mélenchon ? Combien de futurs morts à pleurer abattus par des policiers ivres d’impunité ?

« C’est bien fait pour ta gueule / Tu n’es qu’un p’tit salaud / On portera pas le deuil / C’est bien fait pour ta peau / Le boulanger du coin / A quitté ses fourneaux / Pour s’en venir cracher / Sur mon corps déjà froid / Il dit : j’suis pas raciste / Mais quand même, les bicots / Chaque fois qu’y a un sale coup, ben il faut qu’ils en soient / Moi, monsieur, je vous signale / Que j’ai fait l’Indochine / Dit un ancien para à quelques arrivistes / Ces mecs, c’est de la racaille / C’est pire que les Viêt minh34 / Faut les descendre d’abord et discuter ensuite / C’est bien fait pour ta gueule / Tu n’es qu’un p’tit salaud / On portera pas le deuil / C’est bien fait pour ta peau… »35


Olivier Mukuna

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