Les regards du monde entier seront tournés vers Lionel Messi mercredi soir, alors que l’Argentine affrontera l’Angleterre en demi-finale de la Coupe du Monde. La "petite" superstar a acquis un immense public à travers la planète, notamment en Israël, grâce à ses nombreuses relations commerciales et sécuritaires avec l’État d’apartheid. En tant que visage d’une entreprise israélienne d’intelligence artificielle créée et dirigée par des espions israéliens, confiant sa sécurité privée à une équipe d’agents secrets israéliens, MintPress explore les raisons pour lesquelles Benjamin Netanyahu le considère comme son joueur de football préféré.
Fréquenter d’anciens espions israéliens
En tant que plus grande star mondiale du football, Lionel Messi est, à juste titre, très soucieux de préserver son image. L’attaquant argentin choisit avec soin les partenaires avec lesquels il s’associe et a signé des contrats lucratifs à long terme avec de grandes marques internationales, telles qu’Adidas, Pepsi et Mastercard.
C’est pourquoi beaucoup ont été surpris lorsque, en 2020, il a annoncé un partenariat avec OrCam, une petite entreprise israélienne d’IA qui fabrique des dispositifs de vision artificielle portables (similaires à Google Glass). OrCam se présente comme aidant les personnes malvoyantes à vivre une vie plus épanouissante. Messi est devenu l’ambassadeur mondial de la marque et le visage de l’entreprise.
Plus controversé par contre, OrCam est une extension de la sécurité nationale de l’État israélien. Il employe des dizaines d’anciens agents de l’agence d’espionnage militaire israélienne, l’Unité 8200, dont beaucoup occupent des postes très influents. La principale d’entre elles est Adi Levitski, une officière du renseignement de longue date de l’Unité 8200, qui, en 2024, a été nommée directrice des opérations chez OrCam.
De nombreux membres du personnel d’OrCam étaient commandants dans cette agence d’espionnage secrète, responsables de certains des pires crimes de la guerre post-7 octobre 2023, ainsi que de nombreuses opérations internationales de piratage et de surveillance les plus scandaleuses. Mor Shamy, par exemple, est devenu responsable de l’analyse du renseignement à l’Unité 8200 en 2015, et a ensuite été embauché comme développeur d’algorithmes chez OrCam. À ses côtés travaillait Matan Albeck, ancien chef du département d’analyse de données de l’Unité 8200.
Malgré d’importants licenciements ces dernières années, l’entreprise reste en grande partie composée d’anciens espions, avec un système de pantouflage entre les deux entités. Certains, comme Eliya Segev et Eli Corn, sont passés d’OrCam à l’unité 8200, tandis que le CV d’Amitai Edrei montre qu’il a travaillé à la fois pour OrCam et l’unité 8200, soulignant la relation étroite entre les deux.
Pour Messi, cela aurait dû être un signal d’alarme majeur dans sa collaboration avec OrCam, puisque l’unité 8200 est la principale conceptrice et opératrice du génocide hi-tech israélien à Gaza et au-delà. Et ses agents sont responsables de la production d’une grande partie des logiciels espions les plus invasifs au monde.
Grâce à des big data collectés par son immense réseau numérique palestinien, l’organisation a créé d’énormes listes de victimes générées par l’IA de Gazaouis, et a mené des dizaines de milliers d’opérations de bombardement par drones, ce qui a constitué le cœur de la destruction de Gaza.
Ses agents ont également développé des logiciels espions hautement invasifs, tels que Pegasus, qui a été utilisé pour espionner des dizaines de milliers de dirigeants étrangers, journalistes, militants et défenseurs des droits humains à travers le monde. Le gouvernement israélien a vendu Pegasus à des dictatures et des régimes autoritaires du monde entier, les aidant à réprimer les droits de l’homme. Le cas le plus connu étant de celui de l’Arabie saoudite, qui a utilisé Pegasus pour surveiller le journaliste du Washington Post Jamal Khashoggi, avant de le démembrer à la scie à os dans leur ambassade en Turquie.
Il est donc très discutable que Messi décide de devenir le visage d’une telle entreprise.
Les Agents israéliens de Messi
L’Argentin a effectué plusieurs visites en Israël au cours de sa carrière. En 2013, lui et son club, le F.C. Barcelone, sont partis en Israël et en Palestine pour une soi-disant « Tournée de la paix ». Au cours de son voyage, il a rencontré et discuté avec Netanyahu et le président Shimon Peres, et a échangé avec des soldats de Tsahal avec enthousiasme. Il a également enfilé une kippa et a visité le Mur occidental, le lieu le plus sacré du judaïsme.

Durant cette visite, L’équipe de Barcelone s’est rendue aussi en Cisjordanie pour rencontrer des dirigeants palestiniens et des enfants
Même après son départ, Messi emporte une petite partie d’Israël partout où il va. Sa sécurité est assurée par une force d’élite d’anciens agents israéliens, qui planifient chacun de ses gestes, notamment à l’international. Il prend sa sécurité très au sérieux, manquant même le mariage de sa belle-sœur en Argentine pour des raisons de sécurité.
Ces mêmes forces israéliennes étaient responsables de la sécurité lors de son propre mariage en 2017, rapporte ESPN, bien qu’elle n’ait pas précisé si ces agents étaient du Mossad, du Shin Bet ou d’un groupe commando d’élite.
Messi, qui évite les controverses politiques, n’a fait aucune déclaration sur Israël/Palestine depuis le 7 octobre 2023, malgré de nombreuses histoires (fausses) suggérant le contraire.
L’attaquant de l’Inter Miami a marqué Netanyahu lors de leur rencontre en 2013. Dans une interview récente, Netanyahu a révélé qu’il soutient l’Argentine lors de la Coupe du Monde de cette année. « Il a 39 ans maintenant, dit-il à propos de Messi ; « Ils ont de la chance d’avoir un tel joueur expérimenté qui sait marquer des buts. »
Le public israélien est clairement d’accord. Un sondage récent a révélé que 38 % d’Israël soutiennent activement l’Argentine lors du tournoi – loin devant le Brésil, deuxième. Yoav Berkowitz, responsable des sports à la chaîne publique israélienne Kan, a déclaré que cela était en grande partie dû à l’effet Messi.
Frères sionistes
D’autres, dont Netanyahu lui-même, citent le président argentin Javier Milei comme un autre facteur. Depuis son arrivée au pouvoir en 2023, Milei a fait du soutien à Israël un pilier central de son programme politique. À l’international, Israël a peu d’amis. Mais l’Argentine de Milei s’est imposée comme l’un de ses soutiens les plus fervents. En mai 2024, elle a voté contre une résolution des Nations Unies extrêmement populaire visant à élire la Palestine comme membre à part entière de l’organisme. Quatre mois plus tard, il a fait de même avec une résolution exigeant la fin de l’occupation israélienne des territoires palestiniens.
Son gouvernement a également déclaré le Corps des Gardiens de la révolution islamique iranien et les Forces Qods comme des organisations terroristes, et a applaudi l’attaque américaine/israélienne contre l’Iran, Milei lui-même la qualifiant de « bonne chose à faire ». L’Argentine a également déclaré qu’elle déplacerait son ambassade d’Israël à Jérusalem, légitimant ainsi ouvertement l’occupation. Cependant, cette décision a été suspendue après que la société pétrolière israélienne Navitas ait annoncé qu’elle commencerait à forer près des Malouines – un groupe d’îles contrôlées par le Royaume-Uni mais revendiquées par l’Argentine.
Sur le plan personnel, Milei s’est éloigné du catholicisme (la religion dominante en Argentine) et s’est pratiquement déclaré converti au judaïsme. Plus tôt cette année, il s’est décrit comme « le président le plus sioniste du monde ».

« Je suis fier d’être le président le plus sioniste du monde », a déclaré Milei, lors d’une conférence à la Yeshiva University, une institution juive à New York.
« Milei est un grand ami d’Israël », a déclaré Netanyahu, ajoutant : « C’est une superstar, vraiment. Il a accompli des choses incroyables avec leur économie en adoptant le libre marché. »
Comment Israël a aidé l’Argentine à massacrer sa population juive
Depuis le 7 octobre 2023, Israël a perdu une grande partie du soutien de l’opinion publique à travers le monde, y compris dans les pays occidentaux. Un sondage YouGov de 2025 a révélé que, par exemple, le nombre d’Italiens ayant une opinion « très défavorable » (43 %) d’Israël était plus de 20 fois supérieur à celui des personnes ayant une opinion « très favorable » (2 %). Même en Allemagne, où le soutien populaire à Israël est le plus élevé, seuls 21 % des personnes interrogées ont déclaré avoir une opinion favorable de cet État (dont seulement 4 % une opinion très favorable), tandis que 65 % se sont ouvertement opposés à lui (dont 32 % qui le détestent fortement).
Israël a activement aidé la dictature dans leur massacre, leur vendant du matériel militaire sophistiqué et augmentant leur niveau d’aide militaire alors même que les attaques contre la communauté juive du pays s’intensifiaient.
On affirme souvent que le 7 octobre a été le plus grand massacre de Juifs depuis l’Holocauste. Ce n’est toutefois pas le cas. En réalité, la dictature militaire fasciste qui a dirigé l’Argentine dans les années 1970 et 1980 a persécuté sans relâche les Juifs, en tuant ou en faisant « disparaître » des milliers d’entre eux.
S’inspirant d’Hitler et des nazis, la dictature a assimilé le judaïsme au socialisme, puis a arrêté et tué un nombre considérable d’opposants politiques, allant jusqu’à transformer des stades de football en camps de la mort de fortune. Bon nombre des personnes impliquées étaient les fils de nazis allemands qui s’étaient réfugiés en Argentine après la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Israël a activement aidé la dictature dans ses massacres, en lui vendant du matériel militaire sophistiqué et en renforçant son aide militaire alors même que les attaques contre la communauté juive du pays s’intensifiaient.
Une relation amour-haine
Bien qu’Israël soutienne l’Argentine, la bonne volonté n’est certainement pas réciproque, peu importe les tentatives de Milei. Un récent sondage Pew a révélé que la majorité des Argentins ont une opinion négative d’Israël, dont 34 % ayant une opinion très défavorable du pays – soit sept fois plus que ceux qui auraient une opinion très positive d’Israël (5 %).
À cet égard, ils s’inspirent d’une autre sensation du football argentin : Diego Maradona. La star, souvent considérée comme le plus grand footballeur de tous les temps, s’est déclarée « fan numéro un du peuple palestinien » et a clamé que « dans mon cœur, je suis palestinien ».

Maradona a été salué comme un anti-impérialiste, qui a soutenu les mouvements progressistes. Il comptait parmi ses amis le défunt dirigeant vénézuélien Hugo Chavez, le défunt président cubain Fidel Castro, et Evo Morales de la Bolivie. Il a soutenu la Palestine sans compromis, même après avoir raccroché ses crampons.
Maradona a toujours condamné les agissements des États-Unis et d’Israël, et s’est rangé du côté des causes révolutionnaires à travers le monde. À l’inverse, Messi s’est toujours tenu à l’écart des questions politiques. Mais, comme nous l’avons vu ici, il a pris plusieurs décisions – soutenir Netanyahu, se rendre à Jérusalem, devenir l’égérie d’une entreprise technologique israélienne employant des espions, et s’entourer d’agents secrets israéliens comme gardes du corps – qui devraient amener beaucoup de gens à remettre en question cette prétendue neutralité.
L’Argentine affronte aujourd’hui l’Angleterre pour une place en finale de la Coupe du monde. Même si le résultat reste à déterminer, il ne fait aucun doute qu’Israël et Netanyahou soutiendront l’Argentine – et Leo Messi.

Source : MintPress
