This photograph taken from the outskirts of Nablus shows the Palestinian village of Beit Furik in the north of the Israeli-occupied West Bank on July 23, 2026. Three Palestinians were killed on July 23 after two stabbing attacks in the north of the occupied West Bank, one near an Israeli settlement and another near an army base, the military said. (Photo by Zain JAAFAR / AFP)AFP

Beit Furik : Israël a qualifié l’incident d’ATH (“Activité terroriste hostile”): Mais est-ce vraiment ce qui s’est passé ?

Des colons incendient des champs palestiniens et les propriétaires tentent d’éteindre les flammes ; deux villageois sont abattus. La police qualifie l’incident d’attentat terroriste palestinien. Les témoignages oculaires racontent une autre histoire.

Allongé sur un lit, sur un balcon donnant sur la vallée, l’oliveraie et la montagne d’en face, un homme a le ventre perforé, recousu et bandé sur toute sa largeur. Il a été grièvement blessé en contrebas, dans la vallée, dans ses propres champs de blé, que l’on peut voir d’ici.

Depuis le balcon, on aperçoit également, de l’autre côté, la ferme-avant-poste de colons de Derech Avraham : quatre ou cinq constructions aux intentions malveillantes. Depuis environ un an, elles menacent la tranquillité de la région. De l’autre côté de la colline se trouve la « maison-mère » de la ferme, Elon Moreh ; sur la montagne derrière nous se trouve Itamar, une autre colonie violente implantée de longue date, qui a elle aussi étendu ses tentacules dans la région.

Nous sommes à l’est de Naplouse, en route vers Beit Furik. Le trajet a pris plus de temps en début de semaine en raison d’immenses files d’attente dans les stations-service, provoquées par une pénurie de carburant qui serait apparemment imputable à l’Autorité palestinienne.

Maaruf Hanani, 43 ans, officier de la police palestinienne et agriculteur, père de trois enfants, vit dans une maison au bord de la vallée. Le 23 juillet, il était en permission de week-end d’une formation de police qu’il suivait à Jéricho. Le matin, il s’est rendu à Naplouse pour acheter des médicaments pour les trois chevaux pur-sang qu’il élève comme passe-temps ; il est ensuite rentré dans sa vaste maison.

Ce jeudi-là, lui et son associé agricole, Firas Shahin, 55 ans, étaient assis sur le balcon, où une agréable brise se faisait sentir cette semaine, lorsqu’ils ont soudain vu une fumée blanche s’élever du côté de leurs champs. Tous deux cultivent ensemble 55 dounams (5,5 ha) de blé dans la vallée. Ils se sont précipités sur les lieux.

C’était la veille de l’attaque contre les agriculteurs palestiniens du village de Tell, au cours de laquelle quatre habitants et deux soldats israéliens ont été tués. La proximité des dates fait soupçonner qu’il pourrait s’agir d’actions des colons planifiées à l’avance, et non d’explosions spontanées.

Salma a-Deb’i, chercheuse de terrain de B’Tselem – le Centre israélien d’information pour les droits humains dans les territoires occupés – pour la région de Naplouse, dit avoir constaté une recrudescence de tels actes au cours des dernières semaines.

« Ces derniers temps, on dirait que les colons planifient leurs attaques », dit-elle à Haaretz. « Et lorsque les habitants locaux résistent, l’armée intervient et les habitants perdent leurs terres. À Kafr Tell, il y a maintenant des mobilhomes là où les quatre habitants ont été tués. »

Ahmed Abu Siam, 32 ans, dirige un groupe de 12 volontaires à Beit Furik qui apportent leur soutien à la communauté chaque fois qu’il y a des problèmes, en l’absence d’institutions municipales fonctionnelles. Lui aussi a reçu un signalement d’incendie dans les champs de Hanani et Shahin, a immédiatement appelé les pompiers locaux et conduit ses volontaires dans la vallée en flammes.

Le feu avait pris à plusieurs endroits. Aucun de ceux qui étaient présents ne doutait qu’il s’agissait d’une nouvelle attaque malveillante de la part des colons – ni la première, ni certainement la dernière. Depuis la création de Derech Avraham, le 10 août 2025, les incendies criminels, les vols et les actes de vandalisme contre les conduites d’eau et le matériel agricole se sont multipliés.

Les agriculteurs de Beit Furik ne peuvent plus accéder à leurs terres, une situation que partagent presque tous les villages de Cisjordanie. Une semaine avant l’incident en question – en coordination avec l’armée –, les Palestiniens avaient amené une moissonneuse-batteuse dans leurs champs pour récolter le blé, mais des colons leur ont barré le passage et ont menacé d’incendier la machine.

Des soldats sont arrivés sur les lieux et ont déclaré la zone fermée militairement. Lorsque l’un d’eux a découvert que Hanani était officier dans la police palestinienne, il lui a dit : « Abou Mazen [le président palestinien Mahmoud Abbas] n’a qu’à récolter le blé. »

Hanani affirme que l’officier a pointé son fusil sur lui et l’a menacé : s’il ne repartait pas immédiatement avec la moissonneuse-batteuse, l’armée ferait venir les colons. Quelques minutes plus tard, des colons sont arrivés à bord d’un véhicule tout-terrain. Les Palestiniens ont décidé de se retirer. Ce qui reste du blé n’a toujours pas été récolté.

Lorsque Hanani a essayé d’expliquer à l’officier qu’il s’agissait de sa terre, celui-ci a répliqué : « Vous n’avez pas de terre ici. Cette terre appartient à l’État d’Israël. »

La famille qui vit dans au moins l’une des maisons proches de la ferme a aujourd’hui peur de sortir. Pendant ce temps, les volontaires d’Abu Siam et d’autres habitants organisent des patrouilles nocturnes pour protéger leurs familles et leurs biens. Un homme nommé Arafat Nasasara a récemment emménagé avec sa famille et son troupeau de moutons sur des terres contiguës à l’avant-poste, après que des colons l’eurent chassé de son précédent domicile, à Khirbet Tana, à l’est de Beit Furik.

Selon Hanani et Abu Siam, le 23 juillet, les villageois ont commencé à éteindre les flammes – qui ont finalement ravagé 270 dounams, disent-ils – avec des extincteurs et des seaux d’eau, en attendant l’arrivée des pompiers. Ils ont également fait venir un tracteur pour creuser une tranchée afin d’isoler l’incendie et d’empêcher qu’il ne se propage davantage, mais une vidéo tournée à 10 h 33 montre les flammes se propageant rapidement sous l’effet de la chaleur et du vent.

Ensuite, selon les témoignages des villageois, alors que quelques dizaines de personnes s’employaient à éteindre le feu, cinq véhicules sont arrivés de la ferme de Derech Avraham, transportant des dizaines de colons qui ont commencé à tirer en l’air et à frapper les Palestiniens afin de les forcer à quitter leurs champs. Certains des intrus étaient armés de fusils et de pistolets, d’autres portaient des gourdins et des houes. Certains étaient masqués. Le chaos régnait, des dizaines de colons faisant face à des dizaines de villageois. On entend de nombreux cris et coups de feu sur les images.

Le premier tué a été Mohammed Malitat, 17 ans, qui accompagnait son père Hamed, 43 ans, propriétaire de terres dans la région, pour tenter d’éteindre les flammes. Le jeune homme s’est affronté à un colon et l’a fait tomber. Hanani et Abu Siam ont ensuite raconté que le colon, dont ils connaissent le prénom, s’est relevé et a tiré sur l’adolescent dans le cou à bout portant – avec un fusil M16.

Après l’effondrement de Mohammed, qui gisait en sang, le colon a continué à tirer, affirment les deux Palestiniens, afin de « confirmer la mort ». Pourquoi avez-vous tué le garçon ? criaient les habitants.

Hamed a été grièvement blessé et se trouve toujours à l’hôpital Rafidia, à Naplouse.

La fusillade a encore accru le chaos. Le colon armé du M16 a tiré sur Hanani au ventre ; l’agriculteur a réussi à s’éloigner, mais l’homme a continué à tirer sur lui.

Mahmoud Hanani, 20 ans, un parent éloigné de Maaruf, a été tué par balle ; il avait d’abord été blessé à la jambe et tentait de ramper pour s’éloigner lorsqu’un colon l’a abattu alors qu’il avançait péniblement.

Six soldats se trouvaient sur place lorsque les événements ont commencé. Aucun d’eux n’a levé le petit doigt pour aider les villageois. Une deuxième unité de l’armée est ensuite arrivée. Hanani nous dit que, tant que les soldats semblaient constater que les colons étaient en sécurité, ils n’intervenaient pas – mais lorsqu’ils ont vu les agriculteurs palestiniens et d’autres villageois attaquer des colons, ils ont commencé à tirer en l’air pour les disperser. Les forces ont mis fin à la bagarre en quinze minutes.

Les soldats ont placé les corps dans deux sacs en plastique noirs et sont partis avec eux. Les habitants de Beit Furik soupçonnent qu’ils l’ont fait parce qu’un si grand nombre de balles avaient été tirées sur les corps. Aux 1 700 corps qu’Israël a saisis et conservés au cours des trois dernières années se sont ainsi ajoutés deux autres, qui n’ont toujours pas été rendus aux familles, pour une raison ou une autre.

Pour sa part, Maaruf Hanani a réussi à courir environ 150 mètres sous les tirs. « Je voulais vivre », dit-il maintenant en souriant. Grièvement blessé à l’abdomen, il a d’abord été évacué à moto, puis transféré dans une voiture privée qui l’a conduit à la clinique médicale de Beit Furik. Après avoir reçu les premiers soins, il a été transporté en ambulance, avec l’autre blessé, à Rafidia, où il a été hospitalisé pendant huit jours et a subi une opération complexe de quatre heures.

Voici le récit que la police israélienne a donné à Haaretz cette semaine de l’incident survenu dans les champs meurtriers de Beit Furik : « Contrairement à ce que vous affirmez dans votre demande, conformément aux constatations faites sur le terrain à l’arrivée des forces, l’événement a été qualifié d’attentat terroriste par tous les organes de sécurité concernés, car plusieurs Palestiniens ont attaqué et poignardé des citoyens israéliens au moyen d’un couteau, alors que ceux-ci [les Israéliens] tentaient d’éteindre l’incendie qui s’était déclaré sur les lieux, et ont grièvement blessé l’un d’eux [un Israélien]. L’enquête sur l’événement se poursuit au sein du service HTA [Hostile Terrorist Activity – activité terroriste hostile] de l’Unité centrale du district Shai [Samarie et Judée] de la police. »

Dans le village de Tell, les colons étaient simplement sortis pour une « randonnée », tandis qu’ici ils seraient venus, prétendument, « éteindre l’incendie ». L’enquête de police se poursuit peut-être, mais aucun des témoins oculaires avec lesquels nous avons parlé cette semaine à Beit Furik n’avait encore été interrogé par la police, près de trois semaines après les faits. Il n’y en a probablement pas besoin, puisque la police et les « organes de sécurité concernés » ont immédiatement déterminé qu’il s’agissait d’un événement HTA.

L’unité du porte-parole des Forces de défense israéliennes a déclaré cette semaine : « Au cours des opérations visant à éteindre l’incendie, deux terroristes ont poignardé un citoyen israélien. Ayant été témoin de l’attaque, un autre citoyen qui se trouvait à proximité a tué les deux terroristes. Par la suite, les forces de Tsahal ont mené des recherches dans tout le village de Beit Furik et l’ont placé sous siège. »


Source originale: Haaretz
Traduit de l’anglais par Tlaxcala

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