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Exclusions du chômage : pas de « bons Belges » ?

Ce mercredi 29 octobre, les syndicats et quinze associations de défense des droits sociaux saisissent la Cour constitutionnelle. Leur but est d’obtenir la suspension et l’annulation de la réforme du chômage votée le 18 juillet par les partis formant la coalition gouvernementale. Parce que cette réforme porte atteinte à l’article 23 de la Constitution belge, qui affirme le droit de chacun à « mener une vie conforme à la dignité humaine » ainsi qu’à la sécurité sociale et à l’aide sociale. 

C’est aussi ce jour-là que paraît à la Une de SudInfo les propos du ministre fédéral de l’Emploi et de l’Economie David Clarinval (MR) : « 57 % des exclus du chômage ne sont pas belges ». Il les réitère lors de l’interview politique de la matinale de Bel RTL, affirmant que moins de la moitié des futurs exclus du chômage en 2026 et 2027 sont belges et entretenant ainsi une confusion nauséeuse entre origine et nationalité.

Coïncidence ? Ou tentative de diversion dans le cadre d’un « diviser pour mieux régner » ?

Toujours est-il que le président du MR Georges-Louis Bouchez a partagé le lien de l’article de SudInfo sur Facebook avec ce commentaire : « dire qu’une partie de l’argent de notre sécurité sociale est envoyée à l’étranger risque de soulever le cœur des âmes sensibles ». Histoire de ne pas parler des réductions des cotisations patronales à cette même sécurité sociale, des réductions qui représentent un manque à gagner de 17 milliards d’euros pour la seule année 2023. Histoire de ne pas parler du fait que les exclusions du bénéfice des allocations de chômage vont également concerner ceux qui alternent périodes d’emploi (CDD, intérims…) et périodes sans emploi. Histoire de ne pas parler du fait que nombre d’exclus n’auront droit à aucune aide du CPAS car ils sont cohabitants. Tout dépend de ce à quoi on est « sensible », n’est-ce pas ?

Face à cela, la gauche sociale-démocrate et écologiste s’est laissée entraîner dans une polémique sur des chiffres. Elle a aussi fait preuve d’un certain manque de pugnacité : pugnacité à défendre l’universalité des droits et à affirmer qu’il n’y a pas lieu de distinguer les travailleurs « nationaux » et les travailleurs « étrangers ». Si l’on s’efforce de faire preuve de rigueur, on doit constater que le chômage est structurel dans les régions où la présence « étrangère » est plus importante. La cause n’est pas cette présence, mais le fait qu’il y a moins d’offres d’emploi.

La gauche manque aussi d’une analyse critique radicale du capitalisme. Depuis le début des années 1970, le système économique est entré dans une crise profonde et les tentatives pour le relancer – via par notamment sa financiarisation dans les années 1980 et 1990 – n’ont fait qu’empirer la situation. Les classes dominantes veulent faire porter le coût de cette crise par le reste de la collectivité, c’est-à-dire par les travailleurs, avec ou sans emploi, « nationaux » ou « étrangers ». C’est dans ce cadre que le « diviser pour mieux régner » des Bouchez et autres Clarinval prend tout son sens. Par exemple, stigmatiser les citoyens d’origine arabo-musulmane présente différents avantages : cela fait diversion face à la profonde injustice des exclusions à venir du chômage ; cela confère un semblant de cohésion face à un ennemi imaginaire (dans les années 1930, c’étaient les personnes juives) et cela justifie la militarisation de l’économie ainsi que les guerres à venir. Il est en effet plus facile de pointer du doigt des boucs émissaires que de réfléchir à un autre ordre socio-économique.

Source : Investig’Action

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