Ce jeudi à Washington, Marco Rubio et l'administration Trump ont tenu un sommet international sur le « terrorisme d'extrême gauche ». Une soixantaine de délégations, dont la France, y ont participé. Une réunion qui ouvre la voie à des offensives répressives contre les mouvements sociaux à l'échelle mondiale.
Ce jeudi 16 juillet, sous l’égide de Donald Trump, le secrétaire d’État américain Marco Rubio, le ministre des Finances Scott Bessent et le conseiller à l’immigration de la Maison Blanche Stephen Miller ont tenu à Washington un sommet international sur la « résurgence du terrorisme politique » et sur le « terrorisme d’extrême gauche ». Une soixantaine de délégations d’Europe, d’Asie et du continent américain se sont déplacées. Le président argentin d’extrême droite Javier Milei y a été représenté, mais aussi la France, par des hauts fonctionnaires d’état.
Au cours de ce sommet, les différents responsables de l’administration américaine ont pris la parole pour désigner ce qu’ils présentent comme un véritable « ennemi de l’intérieur ». Marco Rubio est allé jusqu’à affirmer devant son auditoire : « Vous êtes ici parce que vos dirigeants politiques sont attaqués, poignardés et abattus dans vos rues […] et qu’il est temps d’éradiquer ce mal ». Stephen Miller a quant à lui qualifié les « gauchistes » de « cancer », ajoutant que les manifestants antifa étaient « déformés » et qu’« aucun d’entre eux n’a[vait] l’air normal ».
Derrière cette avalanche de propos abjects, cette réunion internationale poursuit un objectif précis : coordonner la répression de l’extrême gauche à échelle transnationale. Un chantier déjà amorcé en juin sur le continent américain, quand le Département d’État avait envoyé un communiqué officiel à plus de 20 ambassades des pays d’Amérique, réclamant des informations sur « des groupes extrémistes de gauche ».
Ce sommet s’inscrit ainsi dans un contexte plus large de criminalisation des militants de gauche. Le 6 mai dernier, l’administration Trump publiait une feuille de route antiterroriste centrée sur « l’identification et la neutralisation rapide » des « groupes politiques laïques violents dont l’idéologie est antiaméricaine, radicalement transgenre ou anarchiste ». Parmi les premières cibles désignées figuraient ainsi les personnes trans, les organisations qui les soutiennent ainsi que les groupes militants de gauche radicale [1].
Cette doctrine prolongeait aussi la classification de la mouvance Antifa comme « organisation terroriste intérieure », un classement réalisé à la suite de l’assassinat de Charlie Kirk – pourtant commis par une personne sans aucun lien avéré avec le mouvement antifasciste.
Derrière cette offensive, Trump cherche à criminaliser toute contestation de sa politique réactionnaire et utilise la lutte contre le terrorisme pour disqualifier l’ensemble de ses opposants.
Son second mandat a en effet été marqué par plusieurs mobilisations d’ampleur : sur les campus universitaires en solidarité avec le peuple palestinien, dans le combat contre les méthodes fascistes de l’ICE, et jusqu’à la victoire des classes populaires de Minneapolis, qui ont mis en déroute sa milice d’État en la forçant à dégager de la ville. Les marches aux cris de « No Kings » ont quant à elles réuni des millions de personnes à travers le pays qui ont dénoncé la guerre en Iran, la mort de soldats américains au front, les bombardements sur les infrastructures civiles et énergétiques
Dans un climat où son image s’est encore ternie après l’agression impérialiste contre l’Iran et la défaite qu’a constitué le mémorandum pour l’hégémonie étasuniennes, le président américain tente désormais d’élargir et de coordonner à l’international la répression contre les secteurs qui le menacent.
Plusieurs responsables américains citent d’ailleurs ouvertement l’Europe et la France, prenant en exemple la mort du militant néofasciste Quentin Deranque pour justifier leur opération. L’administration Trump va même jusqu’à qualifier le continent européen d’« incubateur de menaces terroristes ».
Une accusation pour le moins ironique, tant l’antiterrorisme y sert déjà de prétexte pour frapper le mouvement social.
En France, l’État a dissous de nombreuses organisations antifascistes, dont la Jeune Garde, mais aussi de nombreux collectifs de soutien à la Palestine comme Palestine Vaincra, ainsi que des associations contre l’islamophobie comme le CCIF ou Baraka City.
Un arsenal qui repose également sur un volet pénal particulièrement extensif, comme avec le délit d’apologie du terrorisme – qui signe la réhabilitation d’un véritable délit d’opinion et qui touche principalement les soutiens du peuple palestinien -, ou encore celui d’association de malfaiteurs terroriste, historiquement façonnée pour élargir toujours davantage le périmètre de la répression.
En somme : une répression méthodique, alimentée par des réformes sécuritaires successives menées, d’une part, au nom du « maintien de l’ordre » et de l’autre, dans le cadre de « la lutte contre le terrorisme ».
Plus largement, si la notion même de « terrorisme » demeure floue, c’est parce qu’elle permet ainsi d’étendre continuellement son champ d’application et de criminaliser un large éventail d’opposants politiques aux différents régimes autoritaires à l’échelle mondiale.
Ce sommet répressif présage d’importantes offensives contre les organisations d’extrême-gauche et les mouvements sociaux. C’est pourquoi, face à cette coalition des classes dominantes réactionnaires, il faut préparer une riposte d’ampleur contre les attaques qui visent le mouvement antifasciste, les soutiens de la Palestine, le mouvement LGBTI et l’ensemble de notre camp social.
Source: Révolution Permanente
Note:
[1] Début décembre, le département de justice étasunien avait également demandé au FBI d’assembler une liste des organisations promouvant l’ « idéologie radicale du genre », les catégorisant dorénavant, aux côtés des groupes antiracistes et anticapitalistes, comme des groupes terroristes
