Le président chinois Xi Jinping rencontre le Premier ministre thaïlandais Srettha Thavisin pour le troisième Forum « la Ceinture et la Route » (AFP)

La guerre entre la Thaïlande et le Cambodge ne concerne pas seulement les temples. Il s’agit d’une ligne de faille géopolitique dont la cible pourrait être le chemin de fer panasiatique chinois

Le chemin de fer panasiatique chinois fait partie d'un vaste projet ferroviaire visant à créer un réseau continental en Asie, traversant plusieurs pays avec pour ambition de relier la Chine à Singapour, en passant notamment par le Laos, la Thaïlande, la Malaisie, et d'autres pays de la région.

Depuis le 24 juillet, l’artillerie est tombée, les frappes aériennes se sont intensifiées et plus de 30 personnes sont mortes. Plus de 170 000 personnes ont fui leur domicile. La Thaïlande accuse les incursions cambodgiennes. Le Cambodge affirme qu’il résiste à l’agression thaïlandaise. Trump s’est posé en médiateur, usant de menaces commerciales et de moyens de pression, mais les véritables enjeux pourraient se situer sous les rails.

Le mégaprojet chinois « la Ceinture et la Route », le chemin de fer panasiatique de plus de 6 000 km, devrait transformer l’Asie du Sud-Est. Des lignes à grande vitesse sont en cours de construction entre Kunming et le Laos, le Cambodge, la Thaïlande, la Malaisie et Singapour. La ligne Chine-Laos est opérationnelle. La ligne Chine-Thaïlande est en construction rapide, le tronçon Bangkok-Nakhon étant prévu pour 2026 et la connexion complète à Nong Khai pour 2030. Les lignes du Cambodge suivront, reliant Phnom Penh et Ho Chi Minh Ville à Bangkok et, en fin de compte, à la Chine.

Mais c’est précisément à ce carrefour, à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande, que la guerre vient d’éclater.

La vision de la Chine est une connectivité sans faille : fret, tourisme, commerce multipolaire. Une alternative physique aux goulets d’étranglement maritimes et au contrôle occidental. Mais chaque nation le long de ce chemin de fer raconte une histoire plus profonde. Le Cambodge est un allié de la Chine. La Thaïlande est un partenaire des États-Unis avec des exercices militaires conjoints et des contrats d’armement. La ligne ferroviaire entre le Myanmar et la Chine est bloquée par un conflit. La ligne vietnamienne vers la Chine a été retardée par des défaillances japonaises et est aujourd’hui tranquillement relancée par des entreprises chinoises.

À qui profite le blocage du réseau ?

Dans ce contexte, le déclenchement de la guerre ressemble moins à une escalade spontanée qu’à une déstabilisation, une possible action par procuration dans le cadre plus large de la lutte entre les États-Unis et la Chine. Les analystes ont parlé d’un « nouveau point chaud de la guerre froide » en Asie du Sud-Est. Les puissances occidentales ne peuvent pas rivaliser avec l’ampleur des infrastructures chinoises, mais elles peuvent les saboter. Attiser les conflits. Retarder les liens. Maintenir l’ASEAN fragmentée et dépendante.

La Chine blâme « l’héritage colonial ». Les États-Unis appellent à la retenue tout en affichant leur soutien à la Thaïlande. La voie ferrée, qui était autrefois un couloir de paix, pourrait désormais traverser un champ de bataille.

Ici, la paix n’est pas seulement une question de frontières, mais aussi de construction de l’avenir de l’Asie.


Source : DD Geopolitics

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