Comment l’Iran survivra-t-il à la dernière série de ce que le président Donald Trump appelle des « sanctions draconiennes », censées imposer l’étranglement le plus extrême jamais infligé à un pays ?
L’Iran a développé des armes asymétriques très sophistiquées, de haute technologie, peu coûteuses et bien dissimulées pour défendre le pays contre les bombardements américano-israéliens. Même les grands médias mainstream US reconnaissent désormais que le très grand nombre de bases des États-Unis en Asie occidentale et dans le golfe Persique sont vulnérables et difficilement défendables.
Depuis plus de 47 ans, l’Iran a conçu non seulement son armée, mais aussi toute son économie, pour résister aux sanctions US. Celles-ci visent à étrangler économiquement le pays, à entraver son développement technique et sa modernisation, et à provoquer, par des pénuries chroniques, des soulèvements et des divisions au sein de la population.
L’Iran approche des 200 jours de cette phase de guerre déclenchée par les États-Unis, marquée par de nouvelles séries de sanctions sévères, un blocus et des attaques ciblées contre des infrastructures civiles. En réalité, le pays a résisté à 47 années — soit plus de 17 000 jours — de sanctions et d’efforts délibérés pour renverser sa République islamique. Par ces sanctions, les États-Unis ont bloqué 120 milliards de dollars d’avoirs iraniens.
L’Iran n’a pas seulement survécu : il a réussi à bâtir une société industrielle moderne, dotée d’une population en bonne santé et hautement éduquée. Le pays figure parmi les premiers au monde pour le nombre de diplômés scientifiques, techniques et ingénieurs. Plus de la moitié de ces diplômés sont des femmes. (latimes.com, 3 juin 2026)
Pour survivre économiquement, l’Iran s’est tourné vers de nombreuses voies alternatives : transport de marchandises par camion depuis le Pakistan et la Turquie voisins, acheminement de cargaisons depuis la Russie, son alliée, via la mer Caspienne, et expédition de pétrole vers la Chine, partenaire commercial clé, par train à grande vitesse.
Depuis des décennies, l’Iran s’appuie sur des réseaux d’échange décentralisés, des accords de troc et ce que l’on appelle la hawala — un système informel de transfert de fonds ou d’équivalents fondé sur la confiance, qui remonte au IXe siècle — ainsi que sur les cryptomonnaies modernes pour maintenir son commerce transfrontalier.
Ces systèmes alternatifs ont permis d’approvisionner l’économie iranienne en une large gamme de biens de consommation, de denrées alimentaires, de médicaments essentiels et de matériaux industriels. Si ces méthodes peuvent sembler coûteuses et lourdes, elles échappent aux mesures et aux contraintes de l’économie mondiale dominée par le dollar US.
Ces échanges non officiels continuent de fonctionner même lorsque des pays et des institutions bancaires se conforment officiellement aux sanctions étasuniennes. Des milliers de petits commerçants et négociants, de part et d’autre de nombreuses frontières, établissent leurs propres règles.
Les nouvelles menaces de Trump et la réponse de l’Iran
Dans une publication du 19 août sur Truth Social, Trump a écrit : « J’annonce l’OPÉRATION ÉCONOMIQUE LA PLUS ÉCRASANTE JAMAIS MENÉE CONTRE UN PAYS ! Ce sera une guerre économique et un isolement à une échelle sans précédent. » Il a exigé que tous les alliés des États-Unis participent à ce qu’il a qualifié de « sanctions draconiennes et de Jour J économique », avertissant que les entités poursuivant leurs activités avec l’Iran pourraient être sanctionnées. (truthsocial.com)
Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a affirmé : « C’est un coup double. Nous allons faire s’effondrer ce régime. » (thehill.com, 22 août)
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a répondu : « Le prétendu “Jour J économique” détourne l’attention de la propre crise de l’Amérique : une dette sans précédent et des coûts d’intérêts en forte hausse. S’entêter dans des politiques qui ont échoué ne fera qu’apporter de nouvelles défaites — et renforcer l’hostilité des Iraniens. Le terrorisme économique américain menace l’économie mondiale et la souveraineté partout dans le monde. » (x.com, 20 août)
Le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Mohsen Rezaei, a déclaré : « Le monde a compris que les rodomontades de Trump ne sont que des paroles en l’air. […] L’Iran ne cédera pas à la pression américaine. […] Nous verrons des changements dans la conduite de la guerre, dans la diplomatie, ainsi que dans les affaires politiques et sociales, et de nouvelles capacités seront mises en œuvre. » (CNN, 23 août)
Regarder l’ensemble de la carte de l’Iran
La plupart des médias et des analystes étasuniens ne regardent qu’une petite portion de la carte de l’Iran, celle qui borde le golfe Persique et surtout le goulet d’étranglement du détroit d’Ormuz, lorsqu’ils évoquent un blocus du pays. C’est une vision étroite, centrée sur une infime partie de la carte : celle d’où proviennent les profits pétroliers des États-Unis.
L’Iran compte 93 millions d’habitants. Plus de 70 % d’entre eux vivent dans des centres urbains modernes. Le pays possède près de 6 000 kilomètres de frontières terrestres avec sept États. Il dispose aussi d’un littoral de 690 kilomètres le long de la mer Caspienne, qui le relie à l’Asie centrale et à la Russie. La mer Caspienne est la plus grande mer intérieure du monde, et elle échappe à la portée des forces navales occidentales.

Le littoral méridional de l’Iran donne sur le golfe Persique, à l’intérieur du détroit d’Ormuz. Toutefois, sa côte sud-est, la côte du Makran, se situe sur la mer d’Oman, au-delà du détroit d’Ormuz, et s’étend sur 850 kilomètres jusqu’au Pakistan. Elle comprend le port en eau profonde de Chabahar, toujours en activité et doté d’un accès ouvert à l’océan Indien, ainsi que de nombreux autres ports plus petits.
Il y a plusieurs mois, Radio Free Europe/Radio Liberty, média financé par les États-Unis, rappelait aux responsables et stratèges militaires US cette réalité plus complexe. Le média soulignait que : « L’Iran se tourne vers des alternatives, notamment l’exportation de pétrole par rail vers la Chine, qui achète environ 90 % des approvisionnements iraniens, selon Hamid Hosseini, porte-parole du syndicat iranien des exportateurs de pétrole. » (rferl.org, 23 avril)
Les plans publics de l’Iran
Un article de l’épidémiologiste et universitaire iranien Yousef Ramazani, intitulé « Les options militaires et stratégiques de l’Iran pour déjouer — et briser — le blocus naval illégal imposé par les États-Unis », fournit fièrement de nombreux détails militaires et économiques.
« Téhéran dispose d’un large éventail de capacités militaires et de routes commerciales alternatives susceptibles de rendre le blocus difficile à maintenir, obligeant Washington à choisir entre l’escalade, une confrontation prolongée ou le repli.
« L’Iran a également développé des routes commerciales terrestres et maritimes alternatives capables de contourner le blocus, créant une infrastructure économique parallèle susceptible de soutenir le pays durant une confrontation prolongée.
« Ces routes, développées en coopération avec la Russie, la Chine et d’autres partenaires eurasiens, marquent un pivot des goulets d’étranglement maritimes vers des corridors terrestres à l’abri des interdictions navales. […]
« La Russie et l’Iran ont également élargi leur réseau de transport maritime en mer Caspienne, le transformant en ce que les responsables décrivent comme un corridor de sanctions.
« Environ deux millions de tonnes de blé russe transitent désormais vers l’Iran par la seule mer Caspienne, ce qui souligne l’importance de cette route tant pour les approvisionnements essentiels que pour la logistique militaire.
« En libellant les expéditions en yuans, la Chine a intégré ce corridor à ses routes plus larges de la Ceinture et la Route, tout en assurant un flux ininterrompu d’hydrocarbures et de biens stratégiques. »
Cet article iranien conclut : « L’affrontement fondamental entre l’Iran et les États-Unis au sujet du blocus naval est, en définitive, une épreuve de volonté, où l’emportera le camp qui fera preuve de la plus grande motivation et de la plus forte tolérance au coût.
« Pour l’Iran, il s’agit d’une question de survie nationale et de souveraineté ; pour les États-Unis, d’un choix stratégique. » (Press TV, 22 août)
Source originale: Workers World
Traduit de l’anglais par Investig’Action
