La vision malsaine d’un journaliste allemand laisse présager un avenir sombre pour quiconque y adhère.
Le journaliste allemand Michael Martens a récemment fait la une des journaux en demandant au président ukrainien Volodymyr Zelensky comment l’Europe pouvait aider l’Ukraine à tuer davantage de soldats russes. Je tiens à mettre en garde M. Martens, ainsi que toute autre personne en Allemagne et en Europe qui considère qu’une telle requête est en quelque sorte vertueuse et réalisable : faites attention à ce que vous demandez.
Michael Martens est né en 1973 à Hambourg, dans ce qui était alors l’Allemagne de l’Ouest. Hambourg était l’une des principales villes de l’Allemagne nazie et a payé le prix de ce statut par de violents bombardements alliés, notamment le tristement célèbre raid incendiaire qui s’est déroulé fin juillet-début août 1943 et qui a fait environ 37 000 victimes. Aujourd’hui, Hambourg est la deuxième plus grande ville d’Allemagne, après Berlin. Les ravages causés par le bombardement incendiaire de Hambourg sont commémorés par le mémorial Saint-Nicolas, qui constitue un rappel poignant des destructions provoquées par la guerre. Hambourg a également conservé plusieurs abris anti-bombes datant de cette époque, là encore afin de se souvenir des horreurs de la guerre.
Martens occupe aujourd’hui le poste de correspondant dans les Balkans pour le tabloïd allemand « Frankfurter Allgemeine Zeitung » (FAZ), et c’est à ce titre qu’il a assisté dimanche dernier à une conférence de presse organisée à l’occasion de la visite du président ukrainien Volodymyr Zelensky en Serbie. À cette occasion, Martens a posé la question suivante à Zelensky : « Pouvez-vous nous dire, à nous Européens, ce que nous pouvons faire concrètement pour vous aider à tuer davantage de Russes ? » Martens a ensuite nuancé sa question en précisant « davantage de soldats russes, bien sûr », comme si son intention initiale n’était pas assez claire.
La question de Martens a suscité une indignation légitime chez toutes les personnes ayant une conscience, où qu’elles se trouvent. Ses propres rédacteurs en chef à la FAZ ont cherché à se distancier de cette question, indiquant dans un communiqué publié à la suite des nombreuses demandes exigeant que le journal licencie Martens que « la question était formulée de manière ambiguë, ce que nous regrettons. La Frankfurter Allgemeine Zeitung ne défend pas la position éditoriale selon laquelle il faudrait tuer le plus grand nombre possible de soldats russes. » Au contraire, la rédaction de la FAZ a estimé que la véritable question était de savoir « comment exercer une telle pression sur l’armée russe en termes d’effectifs que la Russie serait contrainte d’entamer des négociations de paix ».
Martens lui-même s’est dit « surpris » par la levée de boucliers suscitée par sa question, notant que « hors du monde de Barbie, c’est ainsi que se mènent les guerres », et ajoutant dans un commentaire supplémentaire sur la polémique : « Car tuer le plus grand nombre possible de soldats russes, voilà ce qui importe pour mettre fin à la guerre. »
Martens est un homme qui n’a absolument aucune expérience de l’art de la guerre, ni de l’acte de tuer que celle-ci implique. Son expérience la plus proche de ce qui s’apparente à une véritable mort au combat est le mythe de Josef Schulz, un soldat allemand servant au sein de la 714e division d’infanterie qui, selon la légende, aurait refusé de participer à l’exécution de seize partisans le 20 juillet 1941, dans la ville de Smederevska Palanka, en Yougoslavie. Pour cet acte de clarté morale, Schulz fut lui-même condamné à mort par ce même peloton d’exécution. Martens a contribué à faire connaître ce mythe dans son ouvrage publié en 2011, « À la recherche de héros. L’histoire du soldat qui ne voulait pas tuer« . (In Search of Heroes. The Story of the Soldier Who Didn’t Want to Kill).
Cette histoire était pourtant un mensonge ; Schultz avait été tué lors d’affrontements avec les partisans la veille de l’exécution. La fabrication d’un mythe de noble sacrifice face au mal, qui s’est développé autour de Schultz, a été relayée par ceux qui cherchaient à créer et à entretenir la mythologie correspondante du noble soldat allemand qui n’était pas programmé pour tuer, mais qui était confronté au choix horrible entre obéir aux ordres effroyables qui lui étaient donnés ou faire face à la certitude de la mort.
Le caractère réhabilitant d’une telle fiction s’est ancré dans l’ADN allemand, ne serait-ce que parce que la réalité de la culpabilité collective dans les crimes de l’Allemagne nazie de la part de ceux qui avaient participé à la guerre s’était manifestée si clairement que l’Allemagne ne pouvait se reconstruire qu’à l’image d’un héros qui n’existait tout simplement pas et n’aurait de toute façon pas pu existé, étant donné que pratiquement toute l’Allemagne était entachée du péché des crimes nazis — en particulier la Wehrmacht.
Martens lui-même a dû lutter contre ces démons. Il est lui-même le descendant d’un grand-père, Hans-Hermann Martens, qui était non seulement membre du parti nazi, au service duquel il a exercé les fonctions de procureur dans les années d’avant-guerre, mais aussi officier de l’état-major des opérations de la Wehrmacht pendant la guerre, où il a occupé le poste de juge militaire et aurait condamné à mort des soldats allemands pour désertion.
Hans-Hermann a ensuite exercé les fonctions d’avocat et d’homme politique dans l’Allemagne de l’Ouest d’après-guerre — un autre criminel de guerre nazi réhabilité par un peuple en proie à une amnésie volontaire.
Cette amnésie s’est transmise de génération en génération, à tel point que des Allemands comme Michael Martens ont « oublié » le rôle que leur pays a joué non seulement dans le génocide du peuple russe, mais aussi dans la renaissance et le maintien de la malignité du banderisme — cette idéologie odieuse de l’ouest de l’Ukraine si étroitement liée aux racines nazies que les Allemands ont blanchies et oubliées.
Contrairement à Martens, je connais quelques éléments sur la guerre et sur le concept de tuer des Russes. De 1984 à 1988, j’ai consacré pratiquement chaque moment d’éveil à m’entraîner à l’art du conflit militaire moderne, avec pour objectif unique la menace soviétique — c’est-à-dire russe. Je m’étais plongé dans l’histoire, la culture, la littérature et la langue russes au niveau universitaire afin de me préparer à cette mission, qui était devenue totalement absorbante. La propagande diffusée par le département américain de la Défense m’a également conforté dans cette voie. Celui-ci avait commencé à publier chaque année une étude sur la menace intitulée « Soviet Military Power ». Non seulement cette publication était considérée comme une lecture obligatoire, mais un nombre restreint de « Myrmidons » comme moi étaient envoyés au Defense Intelligence College pour une semaine d’immersion consacrée à — vous l’avez deviné — la puissance militaire soviétique. À travers des conférences, des briefings, des visites et des discussions, nous étions exposés à la doctrine, à la stratégie, à l’idéologie et aux armes réelles qui, prises ensemble, constituaient la « puissance militaire soviétique ».
Mais ces expériences relevaient de la catégorie « pourquoi nous combattons », et non « comment nous combattons ». Cela ne vint qu’avec mon affectation à la Fleet Marine Force et, plus précisément, au 5e bataillon du 11e régiment de Marines, une unité d’artillerie de campagne automotrice qui servait de bataillon d’appui-feu direct à la 7e brigade amphibie des Marines — composante des Marines de la Rapid Deployment Force.
Lorsque j’arrivai au bataillon, je fus confronté au fait que la doctrine du Corps des Marines concernant l’appui-feu d’artillerie n’avait, à l’époque, pas réellement progressé depuis la guerre du Vietnam. Si mon immersion dans les concepts constituant la « puissance militaire soviétique » m’avait appris quelque chose, c’était que les Soviétiques jouissaient d’une supériorité massive en matière d’artillerie. Cela signifiait que si nous cherchions à les affronter de manière linéaire traditionnelle, nous perdrions — et de façon décisive — la guerre d’usure qui en résulterait.
Comment un jeune sous-lieutenant, sans aucune expérience du combat et pratiquement aucune expérience des subtilités de la guerre, pouvait-il convaincre des officiers et des militaires du rang possédant des décennies d’expérience dans ces deux domaines que ce qu’ils faisaient était non seulement erroné, mais les ferait tuer si nous étions effectivement confrontés à l’ennemi soviétique ?
Le département de la Défense avait publié une excellente série de trois volumes — FM 100-2 — consacrée à l’armée soviétique, à ses opérations, ses tactiques, sa doctrine et son équipement. Ces publications constituaient la source définitive d’informations non classifiées sur les forces terrestres soviétiques et le modèle soviétique de guerre interarmes.
Et pourtant, bien qu’elles fussent facilement accessibles à tous les Marines, elles étaient rarement lues et encore plus rarement mises en pratique.
L’armée américaine disposait de ce qu’elle appelait l’OPFOR — « opposing forces », ou forces adverses — organisées, entraînées et équipées pour combattre comme les Soviétiques. Elles opéraient depuis le National Training Center (NTC) de Fort Irwin, juste au nord de l’endroit où j’étais stationné, à 29 Palms, en Californie. L’armée américaine faisait passer des formations de la taille d’une brigade par le NTC, où elles participaient à une série d’exercices de force contre force face à deux régiments de l’OPFOR. Les exercices se terminaient toujours par une attaque blindée massive de l’OPFOR, qui se soldait presque systématiquement par une défaite décisive des forces de l’armée américaine engagées. L’ensemble de l’événement était conçu comme un immense signal d’alarme pour les unités participantes : soit s’adapter pour affronter et vaincre le mode de guerre soviétique, soit mourir.
J’ai contacté l’OPFOR de Fort Irwin et organisé la participation de mon commandant de bataillon à l’assaut final de l’OPFOR contre les positions de l’armée américaine. Le résultat fut exactement celui que j’espérais : l’OPFOR traversa l’armée comme un couteau brûlant traverse du beurre.
Tuer des Russes — même s’il s’agissait de simulacres — n’était pas du tout une mince affaire.
Mon commandant de bataillon repartit en sachant que si nous entrions en guerre contre la menace soviétique en nous fondant sur les tactiques et l’art opérationnel auxquels nous étions alors entraînés, nous serions détruits de la même manière.
On me donna pratiquement carte blanche pour refaire le programme d’entraînement du bataillon, en y intégrant une formation plus réaliste qui mettait l’accent sur le fait de tirer, se déplacer et communiquer plus rapidement — beaucoup plus rapidement — que notre ennemi soviétique. Nous étions David combattant Goliath, et nous devions rester suffisamment agiles pour éviter d’être pris dans la puissance destructrice des tirs ennemis, tout en étant suffisamment compétents pour délivrer nos propres tirs au bon endroit et au bon moment afin d’affaiblir l’ennemi et de créer des opportunités permettant aux unités de manœuvre des Marines de le localiser et de le détruire par la puissance de feu et la manœuvre.
Pour faciliter les exercices, j’ai créé un Tactical Training & Exercise Control Group (TTECG) au niveau du bataillon — essentiellement un système de simulation de guerre — grâce auquel je pouvais élaborer des scénarios mettant en scène des forces ennemies employant des tactiques et des opérations soviétiques conformes à leur doctrine. À l’aide de ce système TTECG, j’ai fait passer le bataillon par une série d’exercices de plus en plus complexes, conçus pour souligner l’importance de la manœuvre et de la vitesse dans le combat contre les Russes.
Le TTECG connut un tel succès qu’on me demanda de participer à l’entraînement d’autres unités de Marines à 29 Palms, notamment les bataillons d’infanterie et de blindés.
Le 5/11 était un bataillon capable d’employer des armes nucléaires et avait pour mission d’être prêt à effectuer des tirs d’artillerie nucléaires avec ses canons automoteurs de 155 mm et de 203 mm. Cela faisait de nous une cible prioritaire pour toutes les forces soviétiques auxquelles nous aurions pu être confrontés. Afin de mieux nous préparer à la réalité d’un combat contre les Russes, j’ai créé ma propre unité OPFOR, conçue sur le modèle des forces spéciales soviétiques, les Spetsnaz. Lorsque mon bataillon partait sur le terrain, j’infiltrais mon unité Spetsnaz dans sa zone d’opérations à l’aide d’hélicoptères et de véhicules tout-terrain, puis je la traquais et la « tuais ». Nous tendions des embuscades aux batteries lorsqu’elles se déplaçaient, nous les attaquions la nuit lorsqu’elles s’installaient et nous les harcelions pendant toute la durée de l’opération. En bref, nous les tuions beaucoup plus souvent qu’elles ne nous tuaient.
Tuer des Russes — même simulés — n’était pas une chose simple.
Lorsque les Marines organisèrent un important exercice de la taille d’une division à 29 Palms, on me chargea de travailler avec un bataillon de l’armée américaine appartenant à la 7e division d’infanterie légère afin de préparer une défense de style soviétique que les Marines devraient ensuite attaquer.
En utilisant les tactiques et la doctrine défensives soviétiques, ce bataillon arrêta les Marines dans leur élan avant même qu’ils n’atteignent les positions défensives avancées.
À trois reprises, les contrôleurs de l’exercice interrompirent celui-ci et ramenèrent à la vie tous les Marines morts afin qu’ils puissent recommencer le scénario. À chaque fois, les résultats furent identiques : l’attaque des Marines était vaincue avant même d’avoir eu la moindre chance de commencer.
L’attaque était censée représenter la première phase d’un scénario en trois étapes au cours duquel les Marines devaient percer la défense et manœuvrer afin d’encercler les défenseurs soviétiques.
Finalement, le général commandant interrompit l’exercice et réunit son état-major ainsi que les commandants et états-majors des unités subordonnées, leur reprochant leur incapacité à vaincre une menace de style soviétique. Tout le monde fut renvoyé à la planche à dessin afin de repenser son approche de l’entraînement.
Les commandants de l’unité de chars et de l’unité d’infanterie qui avaient utilisé l’OPFOR TTECG dans leur entraînement avaient tenté à plusieurs reprises de convaincre les états-majors régimentaires et divisionnaires que les plans qu’ils proposaient ne fonctionneraient pas. À chaque fois, ils furent désavoués et partirent à la mort.
Il s’avéra que les Russes — même simulés — étaient plutôt doués pour tuer des Marines.
Mais le plus grand électrochoc survint au cours d’un autre exercice de division, durant lequel nous étions chargés de nous opposer à une incursion soviétique simulée en Iran. Au bout du compte, les forces soviétiques supérieures en nombre percèrent les positions de blocage établies par les Marines, et le 5/11 reçut l’ordre de tirer un obus d’artillerie nucléaire pour stopper l’avancée soviétique. Nous le fîmes, puis soudain l’exercice prit fin : les Soviétiques, après avoir subi l’emploi d’une arme nucléaire contre eux, répondirent par une riposte nucléaire massive, tuant tout le monde.
Les Russes — même simulés — étaient meilleurs que nous lorsqu’il s’agissait de provoquer une mort massive.
J’ai eu la chance de ne jamais avoir l’occasion de tester dans le monde réel mes compétences militaires antisoviétiques. Au lieu de cela, je fus envoyé en Union soviétique dans le cadre d’une équipe de contrôle des armements chargée d’éliminer précisément les armes qui nous avaient tués lors de l’exercice iranien : le missile SS-20 à portée intermédiaire.
Au bout du compte, apprendre à vivre en paix avec les Russes s’est révélé bien plus favorable à la vie, à la liberté et à la recherche du bonheur que de s’entraîner à les tuer.
Cela aurait dû être une leçon universelle de l’histoire, une leçon qui aurait dû pousser les générations futures à éviter les pièges associés à la guerre — et tout particulièrement à la guerre avec la Russie.
Michael Martens n’a pas retenu cette leçon, même après que quatre années de conflit entre la Russie et l’Ukraine ont démontré la futilité de tenter de tuer des Russes sur le champ de bataille.
Une leçon que les Mongols, les Suédois, les Français et les Allemands avaient déjà apprise.
Une leçon que les Marines avaient apprise de manière simulée dans les années 1980.
Selon Martens : « Il n’y a rien de “scandaleux” à demander comment l’Europe peut aider l’Ukraine à tuer davantage de Russes. C’est exactement ce dont nous avons besoin. »
Martens se prépare à ce moment depuis des mois, ayant consacré beaucoup de temps et d’efforts à la rédaction d’un essai intitulé « Killing Russians: What Europe Must Do » (« Tuer des Russes : ce que l’Europe doit faire »).
La muse de Martens pour ce projet était Sir Fitzroy Hew Royle Maclean, 1er baronnet, dont les mémoires, Eastern Approaches, dans lesquelles il raconte son travail auprès des partisans de Tito en Yougoslavie, ont tellement inspiré Martens que le titre de son essai est tiré d’une conversation au cours de laquelle Winston Churchill informa Maclean que sa mission consistait « simplement à découvrir qui tuait le plus d’Allemands et à suggérer des moyens de les aider à en tuer davantage ».
C’est ici que Martens s’est perdu dans sa soif de sang autoalimentée.
La cible de la mission de Maclean était constituée de nazis allemands, et l’outil qu’il cherchait à employer consistait en des partisans issus d’une population civile qui avait été terrorisée par ces mêmes nazis.
La motivation est essentielle.
Particulièrement lorsqu’il s’agit des personnes auxquelles on demande de tuer.
Martens aurait tiré profit de la lecture de l’ouvrage classique de David Grossman, On Killing: The Psychological Cost of Learning to Kill in War and Society, qui décrit la résistance intrinsèque de la plupart des soldats durant la Seconde Guerre mondiale à l’idée de tuer : la majorité des soldats ne tiraient pas avec leurs armes et ceux qui le faisaient tiraient souvent sans viser.
Tuer un homme n’est pas chose facile, un fait sur lequel Martens — qui n’a jamais servi dans l’armée — ferait bien de réfléchir.
Même lorsque des techniques d’entraînement améliorées, conçues pour franchir la barrière psychologique qui existe chez la plupart des êtres humains lorsqu’il s’agit de prendre une vie, réussissent, le prix payé pour cette « réussite » est immense : la destruction psychologique d’un homme qui a fait ce qu’aucun homme ne devrait jamais être contraint de faire — tuer son semblable.
Il n’y a rien de glorieux dans la guerre, puisque la guerre, sous sa forme la plus élémentaire, consiste simplement pour l’humanité à se tuer elle-même.
Parfois, cependant, la cause est telle qu’une société considère la guerre comme le seul moyen de survivre collectivement.
Les partisans yougoslaves de Tito étaient engagés dans un tel conflit.
Les Russes et les autres nationalités de l’Union soviétique l’étaient également.
Leur ennemi commun était constitué des nazis allemands et de leurs alliés, qui furent tués en grand nombre.
Et chaque année, les Russes d’aujourd’hui célèbrent leur victoire sur l’Allemagne nazie, non pas pour glorifier le meurtre, mais pour honorer les morts.
27 millions d’entre eux.
Martens aurait intérêt à suivre un cours d’histoire russe consacré à cette période.
Ou peut-être pourrait-il se tourner vers le cinéma soviétique. Je lui recommande de regarder quatre films : « La Ballade d’un soldat », «Les Grues s’envolent », « Le Destin d’un homme » et « Viens voir »(Ballad of a Soldier, The Cranes are Flying, Fate of a Man et Come and See.)
Tuer est la partie facile de la guerre.
Faire face aux conséquences du fait de tuer est la partie difficile.
Une nation paie collectivement ce prix, et ce coût se transmet de génération en génération.
Tuer ne devrait jamais être accepté avec autant de désinvolture, comme l’a fait Martens.
Mais la partie la plus accablante de l’effort de Martens, empreint d’ignorance, pour se présenter comme une sorte de Fitzroy Maclean des temps modernes est le camp auquel Martens a choisi de s’aligner tout en prônant avec désinvolture la mort d’autrui.
La cause de l’Ukraine de Zelensky, manifestation littérale des nazis allemands modernes que Maclean avait pour mission de combattre.
Les mêmes nazis contre lesquels les ancêtres des soldats russes qui combattent aujourd’hui ont sacrifié leur vie.
Martens devrait se demander s’il possède réellement ce qu’il faut pour tuer des Russes.
Bien sûr, il ne le fera pas — les lâches ne tuent jamais eux-mêmes, mais restent en marge tandis que d’autres pratiquent ce sport sanglant en leur nom.
Les Marines avec lesquels j’ai servi n’étaient pas des lâches : ils étaient prêts à affronter la « menace » soviétique dans un combat à mort, même en sachant que cela aurait entraîné une mort presque certaine.
Martens manque d’une telle force morale.
Mais, plus important encore à cet égard, ses compatriotes européens aussi.
Prenons l’Allemagne de Martens, qui mène actuellement la marche lorsqu’il s’agit de battre les tambours de guerre contre la Russie.
Passons sur le fait que l’économie allemande ne peut pas supporter les coûts associés à la construction d’une machine militaire digne d’un Quatrième Reich.
Parlons du courage des hommes allemands qui seraient appelés à tuer des Russes dans une telle guerre.
La conversation sera courte : il n’existe tout simplement aucune volonté de combattre.
Après avoir lancé une vaste campagne de propagande destinée à motiver des centaines de milliers d’hommes allemands à se rallier à la cause du Quatrième Reich, la masculinité allemande n’a produit que 530 de ces âmes.
Il n’existe aucune volonté de mener la guerre que Martens et ses semblables embrassent avec tant de joie.
Et si le gouvernement allemand était assez insensé pour instaurer une conscription obligatoire, celle-ci s’effondrerait face à des manifestations publiques massives.
Toute l’Europe est touchée par cette absence de désir de servir une cause pour laquelle personne ne croit qu’il vaille la peine de mourir : les élites politiques et économiques européennes peuvent vouloir tuer des Russes, mais les populations des nations qui composent l’Europe ne le souhaitent pas.
Ce qui signifie que lorsque des héros d’un autre temps comme Martens parlent de tuer des Russes, il parle d’Ukrainiens qui feraient le travail.
Permettez-moi de rappeler à Martens deux dures réalités à cet égard : chaque mois, des dizaines de milliers d’hommes russes se portent volontaires pour signer des contrats avec le ministère russe de la Défense afin de combattre dans l’« opération militaire spéciale », terme utilisé par le gouvernement russe pour désigner son conflit en cours avec l’Occident collectif.
Et chaque mois, des bandes de « recruteurs » ukrainiens enlèvent de force des milliers d’hommes ukrainiens pour les faire servir dans l’armée ukrainienne.
Il n’y a aucune comparaison.
L’appel de Martens à « tuer des Russes » révèle tout ce qui ne va pas dans l’Europe d’aujourd’hui. Cette sombre réalité est visible au grand jour depuis un certain temps. En 1993, George Soros lui a donné une formulation en avançant l’idée d’un nouveau « partenariat » américano-européen dans lequel « la combinaison des effectifs humains de l’Europe de l’Est avec les capacités techniques de l’OTAN renforcerait considérablement le potentiel militaire du Partenariat, car elle réduirait le risque de sacs mortuaires pour les pays de l’OTAN, ce qui constitue la principale contrainte pesant sur leur volonté d’agir ».
Laissez les autres mourir pour les causes que vous défendez : tel est le mantra de Martens et de ses semblables.
Et quelle cause Martens défend-il ? Pour le savoir, il suffit de se pencher à nouveau sur les racines nazies de son arbre généalogique.
Le Generalplan Ost était la vision de l’Allemagne nazie visant à créer un Lebensraum germanisé à partir de territoires conquis en Europe de l’Est, ce qui impliquait une vaste opération de nettoyage ethnique visant les Slaves, notamment les Russes et les Ukrainiens.
Des juristes allemands comme Hans-Hermann Martens, le grand-père nazi de Michael Martens, étaient responsables de la conception et de la mise en œuvre de ce plan.
La pomme ne tombe apparemment pas loin de l’arbre.
Martens prétend soutenir les Ukrainiens et affirme que tout ce qu’il veut faire est de « tuer des Russes ».
Mais la guerre qu’il soutient est, par sa conception même, également destinée à envoyer les troupes ukrainiennes à l’abattoir.
À transformer l’Ukraine en une nation kamikaze déterminée à se suicider.
En opposant les Slaves aux Slaves, Martens et tous ces prétendus « amis » de l’Ukraine se sont révélés n’être rien de plus que les versions modernes du fléau nazi que le monde a vaincu en 1945.
Mais les nazis n’ont jamais été éradiqués, comme le démontre le destin du grand-père de Martens.
Ils ont au contraire été réhabilités et honorés, leurs crimes horribles blanchis et placés dans une sorte de limbes intellectuels, jusqu’au moment où l’idéologie de haine qui avait permis la perpétration de ces crimes a pris racine dans une nouvelle génération de nazis allemands rêvant de réaliser leurs fantasmes malsains de Lebensraum, fondés sur l’extermination des peuples slaves.
Un jour, cette guerre prendra fin et, lorsqu’elle prendra fin, des personnes comme Michael Martens devront rendre des comptes pour le rôle qu’elles auront joué dans la tentative de génocide moderne des peuples slaves d’Europe.
D’ici là, toute personne possédant une boussole morale doit dénoncer Martens et ceux qui, comme lui, prônent le fait de « tuer des Russes».
Car ce qu’ils entendent réellement, c’est le génocide des Slaves et la promotion d’une race supérieure européenne (il suffit de se rappeler Josep Borrell, l’ancien chef de la politique étrangère de l’Union européenne, qui a comparé l’Europe à un « jardin » et le reste du monde à une « jungle »).
« Tuer des Russes » est une métaphore malsaine qui résume tout ce qui ne va pas en Europe et dans l’Occident collectif d’aujourd’hui : une vision perverse de la suprématie culturelle qui ne peut exister qu’au prix du sacrifice du peuple slave.
Martens et ses semblables, cette caste de « jardiniers » européens (et américains), devraient toutefois tirer les leçons de l’histoire : méfiez-vous de ce que vous demandez.
L’histoire a montré que ceux qui prônent « l’extermination des Russes » découvrent rapidement que non seulement les Russes sont difficiles à tuer, mais qu’ils sont également passés maîtres dans l’art d’éliminer ceux qui représentent une menace existentielle pour leur survie en tant que peuple et culture.
Source originale: Le blog de Scott Ritter
Traduit de l’anglais par Arrêt sur Info
