Venezuela's Vice-President Delcy Rodriguez speaks during the presentation of the 2025 budget bill at the National Assembly in Caracas on December 3, 2024. The Venezuelan government submitted to Parliament a 2025 budget bill of 22.6 billion dollars, 10 percent higher than the current year, amid uncertainty about new sanctions in the face of a third term for Nicolas Maduro as president. (Photo by JUAN BARRETO / AFP)AFP

Venezuela : Delcy Rodríguez et le chantage impérial

Après le blocus économique, les attaques contre les navires et le kidnapping de Maduro, la guerre multidimensionnelle des Etats-Unis se poursuit contre le Venezuela. La cible du moment ? Delcy Rodríguez. (I'A)

L’attaque américaine et ses zones d’ombre

Un mois après l’attaque criminelle des États-Unis contre le Venezuela — qui a inclus le bombardement de cibles militaires et d’infrastructures critiques à Caracas et dans d’autres régions du pays, et s’est soldée par l’enlèvement du président constitutionnel et légitime Nicolás Maduro et de la Première dame Cilia Flores — de nombreuses zones d’ombre demeurent, rendant difficile la pleine compréhension de ce qui s’est réellement produit sur le terrain.

Une “paix” imposée sous la menace

La pause actuelle dans la violence militaire punitive nord-américaine ne signifie en rien, contrairement à ce que diffuse la propagande de guerre impériale, l’instauration d’une “paix” sous tutelle de Washington. On ne négocie pas avec un pistolet sur la tempe, et selon la Convention de Vienne, aucun accord signé sous la menace ou l’usage de la force n’a de validité.

Ce qui persiste aujourd’hui, c’est une guerre hybride, marquée par les opérations psychologiques et les campagnes de désinformation orchestrées par la CIA et le Pentagone, avec la complicité directe des grandes plateformes numériques (Instagram, TikTok, Facebook, YouTube), des messageries comme WhatsApp et des médias hégémoniques tels que The New York TimesThe GuardianAP ou Reuters.

La guerre cognitive : arme de manipulation massive

Dans cette guerre totale, la guerre psychologique et la guerre cognitive sont devenues des instruments essentiels pour remporter la bataille. Ainsi, dans les heures qui ont suivi le kidnapping du président Maduro, les plateformes ne discutaient pas du crime en soi, mais diffusaient à la chaîne des images et des audios fabriqués par intelligence artificielle, appelés deepfakes, dans le cadre d’une opération de désinformation reposant sur un schéma bien connu : “choc + saturation + attribution”.

D’abord, on provoque un choc émotionnel ; ensuite, on inonde l’espace public d’informations contradictoires pour rendre impossible le traçage des sources ; enfin, on impose des “récits” et on désigne des “coupables”, même quand le contenu original a déjà été démenti.

La fabrication d’une trahison : Delcy Rodríguez dans le viseur

Après l’échec de l’un des objectifs majeurs de l’agression armée — changer de régime et installer un gouvernement fantoche —, les usines de désinformation de l’empire ont semé l’idée d’un complot de palais autour d’une prétendue “trahison” de Delcy Rodríguez, devenue présidente par intérim conformément à la Constitution.

Figure symbolique du processus chaviste, incarnant une sorte de “surmoi collectif” producteur de sens politique, Delcy Rodríguez est dès lors devenue la cible privilégiée de la guerre psychologique états-unienne : un “objectif” à neutraliser, corrompre, ou détruire — par le chantage, la corruption, ou la diffamation.

Une confrontation asymétrique : l’empire contre la diplomatie bolivarienne

Dans cette guerre multidimensionnelle — où l’on retrouve la participation active du sionisme et du Mossad (le renseignement israélien), ainsi que le blocus naval et pétrolier illégal imposé par Washington —, s’exprime une opposition brutale : celle du “désordre fondé sur les règles” d’inspiration mafieuse et gangstériste du pôle impérial, face à la nouvelle diplomatie de paix mise en œuvre par le gouvernement de Delcy Rodríguez.

L’“État voyou” et la patience stratégique

Dirigé par Donald Trump et soutenu par le deep state (l’État profond), l’État voyou américain foule aux pieds le droit international avec une impunité totale. Face à lui, un gouvernement émergent choisit de répondre à la guerre cognitive de saturation de l’ennemi par la prudence et la patience stratégique — deux armes tactiques permettant de déjouer les chantages constants, d’éviter les provocations et de gagner du temps pour consolider la résistance populaire.

L’Amérique latine et ses ambiguïtés

Cette confrontation se déroule dans un contexte de fragmentation régionale, où plusieurs pays — tels que le Brésil, le Chili et l’Uruguay — qui aujourd’hui condamnent l’agression, avaient choisi pendant des années le silence, l’ambiguïté ou la distance politique, renonçant à défendre les principes d’autodétermination, de souveraineté et de résolution pacifique des conflits.

Ainsi, le “corollaire Trump” de la doctrine Monroe n’est pas apparu par hasard. Résultat de décisions à courte vue et d’un nombrilisme politique, la balkanisation de l’Amérique latine a offert le terrain idéal à cette stratégie impériale, appliquée sans coût immédiat dans la région elle-même.

Dignité et solidarité des peuples

Face à la frénésie impériale du moment, il devient indispensable de renforcer la solidarité des peuples du sous-continent avec le processus bolivarien — une solidarité qui s’étend à Cuba, car le Venezuela et Cuba représentent aujourd’hui la dignité de notre Amérique.

Carlos Fazio est un journaliste d’investigation uruguayen naturalisé mexicain et universitaire spécialisé dans l’analyse politico-stratégique et militaire en Amérique latine. Professeur à la Faculté de sciences politiques et sociales de l’UNAM et à l’Université autonome de la ville de Mexico (UACM), il est considéré comme l’un des analystes critiques les plus reconnus sur les questions de guerre, sécurité et droits humains dans la région. Collaborateur habituel du quotidien mexicain La Jornada et de l’hebdomadaire uruguayen Brecha, il a publié une dizaine de livres, dont Terrorismo mediático et Estado de emergencia, où il démonte les mécanismes de la propagande, de la militarisation et de la “guerre contre le peuple” menées sous couvert de lutte contre le crime.


Source: Estrategia
Traduit de l’espagnol par Bernard Tornare

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One thought on

Venezuela : Delcy Rodríguez et le chantage impérial

  • johankombila49

    Après lecture de cet article du wsws : https://www.wsws.org/en/articles/2026/02/02/mgms-f02.html

    Je trouve cet article de Mr CARLO FAZIO au mieux très naïf ou au pire délibérément trompeur.

    Je met des extraits ci-dessous, mais je pense que tout le monde devrait lire l’article complet.
    Dénoncer les méthodes de l’impérialisme est une bonne chose, mais en vous lisant on a l’impression que vous vous contentez d’analyser les cris d’agonie pour nous décrire quels outils de torture on été utilisé sans jamais chercher à savoir qui a participer aux crimes de près ou de loin et comment.

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    Bien que le Venezuela conserve nominalement sa souveraineté sur son sous-sol, la « réforme » a en réalité cédé le contrôle de l’extraction et de la commercialisation du pétrole à Washington et aux grandes compagnies pétrolières : à qui sera vendu le pétrole, à quel prix, et quelle part des revenus reviendra au pays.

    La défense de cette capitulation rétrograde par les autorités vénézuéliennes est sidérante par son audace et son hypocrisie. La « présidente par intérim », Delcy Rodríguez, et son frère Jorge Rodríguez, président de l’Assemblée nationale, ont prononcé des discours démagogiques successifs devant un auditoire captif de travailleurs du secteur pétrolier de la compagnie pétrolière d’État, PDVSA.

    Delcy Rodríguez a profité de l’occasion pour répondre à une déclaration sans détour de Washington dénonçant la politique colonialiste de l’État. Scott Bessent, secrétaire au Trésor de Trump, a déclaré à un journaliste à Davos : « Les États-Unis dictent actuellement la politique vénézuélienne. Ils ont maintenu en poste des figures de l’ancien régime afin qu’elles dirigent le pays selon les directives de Washington. »

    Sur le fond comme sur la forme, les propos de Bessent ressemblaient beaucoup aux déclarations tout aussi impérieuses de responsables américains, y compris celles de Trump lui-même. Cependant, elle a utilisé les propos maladroits du secrétaire au Trésor comme prétexte pour adopter un ton provocateur. « Assez des injonctions de Washington sur la politique vénézuélienne ! » a-t-elle lancé. « Laissons la politique vénézuélienne régler nos différends et nos conflits internes. »

    Dans la foulée, elle a insisté : « Nous ne devons pas craindre la question énergétique, ni celle des États-Unis, ni celle du reste du monde. » Autrement dit, laissons-nous gérer nos affaires politiques internes tout en nous soumettant aux diktats de Washington.

    Le discours de son frère Jorge était, à bien des égards, encore plus démagogique et grossier. D’un côté, il a dénoncé les responsables qui se proclamaient « plus rouges que rouges » tout en détournant frauduleusement la richesse pétrolière du pays à leur profit et en la privant des travailleurs vénézuéliens. Mais qui sont donc ces malfaiteurs anonymes, sinon les plus proches alliés et associés des frères et sœurs Rodríguez ? Il a ensuite récité aux ouvriers pétroliers rassemblés un dicton qu’il attribuait à sa grand-mère : « Peu importe la couleur du chat, pourvu qu’il attrape les souris. »

    Quiconque possède une connaissance, même superficielle, de la politique et de l’histoire mondiales – et Rodríguez en possède assurément bien plus – sait que ce proverbe était un slogan clé avancé par l’ancien dirigeant du Parti communiste chinois, Deng Xiaoping, pour justifier le démantèlement des vestiges du système de nationalisation des propriétés et de la planification économique de l’État ouvrier déformé, établi après la révolution de 1949, et pour intégrer la Chine au capitalisme mondial. Dans le contexte vénézuélien, cette phrase se résume à : « Peu importe que le Venezuela contrôle son pétrole ou qu’il soit contrôlé par des compagnies pétrolières étrangères, du moment que l’argent afflue dans les caisses de l’État. »

    L’un des moments les plus marquants de l’audition au Sénat, lors de laquelle le secrétaire d’État Rubio a témoigné, fut la question d’ouverture posée par le sénateur Jim Risch, président de la commission des Affaires étrangères. Le républicain de l’Idaho a fait remarquer que, même si l’audition ne se déroulait pas à huis clos, il souhaitait que Rubio expose à la commission les informations qu’il lui avait communiquées sur la manière dont les préparatifs de l’attaque du 3 janvier avaient été menés.

    Cet échange semble confirmer les informations selon lesquelles les Rodríguez, et peut-être d’autres membres de la direction vénézuélienne, avaient entamé des discussions avec l’administration Trump avant l’enlèvement de Maduro, acceptant de collaborer avec Washington.
    « Maduro doit partir »

    L’information la plus révélatrice est parue le mois dernier dans The Guardian, qui citait plusieurs sources anonymes proches des négociations entre les Rodríguez et Washington. Ces sources affirmaient que les Rodríguez avaient « secrètement assuré, par l’intermédiaire d’intermédiaires, aux responsables américains et qataris qu’ils accueilleraient favorablement le départ de Maduro ».

    Un responsable américain impliqué dans les pourparlers a déclaré au quotidien britannique que Delcy Rodríguez avait indiqué à Washington être prête à intervenir : « Delcy a clairement fait comprendre que Maduro devait partir. » Une autre personne au fait des négociations a rapporté ses propos : « Je m’adapterai à la situation, quelles qu’elles soient. »

    L’article ajoutait que « si la famille Rodríguez a promis d’aider les États-Unis une fois Maduro parti, elle n’a pas accepté de contribuer activement à son renversement. »

    Bien que le président par intérim ait pu tracer une ligne de démarcation subtile, de nombreux soupçons persistent au Venezuela quant à l’absence d’opposition efficace de l’opération « parfaite » et « chirurgicale » visant à capturer Maduro et Flores, en raison de la collaboration de certains éléments au sein des forces de sécurité vénézuéliennes.

    Cette hypothèse a été largement étayée par l’ambassadeur de Moscou au Venezuela, Serguéi Melik-Bagdasarov, qui a déclaré à un journaliste de la chaîne de télévision russe Rossiya-24 que le succès de l’opération américaine était dû à la négligence et à la collaboration de responsables vénézuéliens avec les services de renseignement américains. Qualifiant ces agissements de « trahison », l’ambassadeur a affirmé que cette collaboration avait débuté bien avant le raid du 3 janvier. Il a prétendu que Moscou connaissait les noms de ceux qui « travaillaient systématiquement pour les services de renseignement américains ».

    Ces propos ont été repris la semaine dernière par le représentant permanent de la Russie auprès de l’ONU, Vassili Nebenzya, lors d’une interview accordée à la même chaîne : « Au Venezuela, il y a indéniablement eu trahison et on en parle ouvertement. Certains hauts responsables ont, en substance, trahi le président », a-t-il déclaré.

    Bien qu’il y ait eu trahison quant au sort personnel de Maduro, rien ne permet de croire qu’il aurait réagi différemment face aux agissements mafieux du régime Trump. Comme ses propres déclarations et celles de Trump l’ont clairement indiqué, il était prêt à tout livrer à Washington. Le seul point d’achoppement était l’exigence de sa démission de la présidence et de son départ du Venezuela.

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