« La capitulation sans combat, la lâcheté face à l'ennemi, la trahison de nos amis, de nos alliés et de notre peuple sont étrangères à toute notre tradition. Ils sont l'antithèse de tout ce pour quoi nous avons travaillé et fait campagne tout au long de notre histoire. […] Aussi longtemps que nous le pourrons, nous ne battrons pas en retraite et nous ne nous rendrons pas. Nous ne croyons pas qu'une réponse douce de notre part détournera la colère des nazis. Nous poursuivrons le combat aussi longtemps que nous le pourrons. Et si, à l'avenir, ils déploient une telle force contre nous que nous ne pouvons plus continuer, alors nous tomberons. Mais au moins, nous tomberons comme nous avons vécu ; en nous battant. » 1
Le 17 août 1982, la journaliste, autrice, universitaire et militante révolutionnaire sud-africaine Ruth First, était assassinée par le régime d’apartheid à Maputo. À l’occasion du centenaire de la naissance de Ruth First, ce texte rend hommage à cette figure incontournable de la lutte contre l’apartheid et le colonialisme sur le continent africain.
Une enfance dans la « tempête » antisémite de l’Afrikanerdom 2
Ruth Heloise First naît le 4 mai 1925 à Johannesburg, dans une famille juive originaire d’Europe orientale. Son père, Julius First, arrive en Afrique du Sud en 1907 à l’âge de dix ans, en provenance de Lettonie, tandis que la mère de Ruth, Tilly First (née Matilda Leveton), originaire de Lituanie, avait immigré en Afrique du Sud en 1904, alors qu’elle n’avait que trois ans.
Comme des dizaines de milliers de juifs ayant immigré en Afrique du Sud à la fin du XIXe siècle, les parents de Ruth First ont fui les pogroms qui se sont intensifiés en Europe orientale suite à l’assassinat du Tsar Alexandre II, en 1881. À la mort de ce dernier, les juifs, jugés responsables du régicide, subissent une longue campagne de persécutions qui se traduit notamment par l’expulsion de leurs terres, l’interdiction d’exercer certaines professions ; une situation qui, comme le souligne fort justement l’historien Alan Weider, biographe de Ruth First et Joe Slovo, « préfigure, ironiquement, le sort que connaîtront les Noirs en Afrique du Sud ». 3
Ainsi, entre 1880 et 1910, près de 40 000 juifs, pour la plupart originaires d’Europe de l’Est, immigrent en Afrique du Sud. 4 Cette immigration se concentre dans la ville de Johannesburg, devenue le centre d’une importante activité minière à partir de 1886. En 1892, Johannesburg est la ville la plus peuplée en Afrique subsaharienne. À la veille de la première guerre mondiale, sur les 200 000 habitants que comptait Johannesburg, 25 000 étaient juifs. 5
L’intensification de l’immigration juive en provenance d’Europe de l’Est déclenche une véritable « tempête antisémite » 6 dans une Afrique du Sud où la minorité blanche imposait un règne tyrannique à la majorité noire.
En 1930, le parlement sud-africain adopte la loi dite « des quotas » (Quota Act), dont le but est de limiter l’immigration en provenance de plusieurs pays d’Europe de l’Est, en particulier la Lettonie, la Lituanie, la Pologne et la Russie. S’ils ne sont pas explicitement mentionnés dans la loi imposant des quotas d’immigration en fonction des pays d’origine, les Juifs d’Europe orientale, jugés « non digérables » ou encore « non absorbables », sont directement visés. Voici comment Daniel François Malan, un des architectes du régime d’apartheid — il assumera la fonction de Premier ministre de 1948 à 1954 —, à l’époque député du Parti National, justifiait la loi sur les quotas de 1930 :
« Je dirais que le premier principe est le désir qu’éprouve toute nation de préserver son développement sur la base de sa « composition originale ». Par conséquent, nos lois sur l’immigration ne pouvaient exclure des pays comme la Hollande, la France, le Commonwealth Britannique, ou encore l’Allemagne. Le second principe auquel je dois me référer est celui de l’« inassimilabilité ». […] Chaque nation considère, à tous points de vue, que c’est une faiblesse, dans le corps de cette nation, qu’il existe une minorité non digérée, non absorbée et non absorbable, car cela conduit toujours à toutes sortes de difficultés. » 7

Illustration par Kael Abello
Cette rhétorique antijuive ne fera que s’intensifier au cours des années suivantes, devenant plus directe et plus explicite, à mesure que la « question juive » se déplaçait au cœur de la vie politique sud-africaine. Ainsi, en mai 1938, lors d’un débat parlementaire, Paul Sauer, alors député du Parti National, exprimait son opposition à l’immigration juive dans des termes désormais débarrassés des précautions langagières ayant caractérisé l’adoption de la loi dite « des quotas » quelques années plus tôt :
« En ce qui concerne les Juifs, proclamait Sauer, le Parti National est opposé à toute nouvelle immigration car il y a déjà trop de Juifs dans le pays. Une autre raison est que le Juif est inassimilable et reste toujours un Juif. Il ne devient jamais un véritable citoyen du pays comme les membres d’autres nations. Une autre raison est que lorsqu’un juif vient en Afrique du Sud, il entre en peu de temps dans le commerce ou dans l’une des professions libérales et la norme éthique du commerce ou de la profession est aussitôt abaissée ou sapée. Les Juifs enlèvent le travail des mains de notre propre peuple et le pain de leur bouche. Notre mission est de défendre notre peuple avant tout. » 8
Dans la presse, la littérature ou encore les discours politiques, les Juifs sont décrits comme une menace pour l’équilibre de la société sud-africaine (blanche). L’image des Juifs dans la culture populaire est ainsi associée aux « Péruviens » (trafiquants d’alcool vivant dans des conditions insalubres et réfractaires aux « bonnes manières » de la société blanche « civilisée »), aux Hoggenheimer (opérateurs financiers dont les activités spéculatives étaient considérées comme la principale cause de l’appauvrissement des agriculteurs Afrikaners) ou encore aux « judéo-bolchéviques », accusés d’endoctriner les travailleurs noirs et de les inciter à la rébellion contre la minorité blanche.
En 1932, un rapport réalisé par la fondation de la multinationale états-unienne Carnegie et consacré à l’analyse des causes de la pauvreté chez les Blancs sud-Africains, en particulier chez les Afrikaners, se fit l’écho de l’antisémitisme ambiant au sein de la minorité blanche dans l’Afrique du Sud de l’entre-deux-guerres. Comme le souligne l’historien Milton Shain, la commission en charge de l’étude sur « le problème des Blancs pauvres » (The Poor White Problem 9) « entendait régulièrement dire que les Juifs, par leur ruse, étaient à l’origine de la situation difficile des Afrikaners. L’un des commissaires – Johannes Grosskopf, de l’université de Stellenbosch, dont le rapport constitue l’un des cinq volumes publiés sur la question des « Blancs pauvres » – conclut également que les transactions commerciales juives causent de graves préjudices. Des personnes calmes et sensées de toutes les régions du pays l’ont confirmé à maintes reprises », a-t-il déclaré. » 10
Le rapport de la commission Carnegie fut, selon l’historien Gerald Horne, « un tournant dans l’histoire sociale et politique de l’Afrique du Sud. […] En orientant l’Afrique du Sud dans la même direction que les États-Unis, il a cherché à unir les destins des privilégiés et des laissés-pour-compte parmi les Européens, dans une trajectoire qui conduisit inexorablement à l’apartheid. » 11
Symbole de l’antisémitisme qui s’exprime ouvertement au sein la société sud-africaine de l’entre-deux-guerres, Ossewabrandwag (littéralement « sentinelle du char à bœuf » en afrikaans), une organisation ouvertement pro-nazie fondée en 1938, parvient à rassembler des centaines de milliers de membres. 12 Au lendemain de la seconde guerre mondiale, plusieurs cadres de l’Ossewabrandwag, pourtant internés pendant la guerre en raison de leur militantisme pronazi, deviendront des hommes politiques de premier plan sous le régime d’apartheid, à l’image de John Vorster 13 : ministre de la Justice de 1961 à 1966, puis Premier ministre de 1966 à 1978.
Ruth First grandit ainsi dans une société raciste, gangrénée par l’antisémitisme et déterminée à contenir la « subversion rouge » que Ruth incarnera quelques décennies plus tard, dans le sillage de ses parents. 14 En 1921, les parents de Ruth, Julius et Tilly First, prennent part à la fondation du parti communiste d’Afrique du Sud, dont ils dirigent la section de Johannesburg.
Premiers pas dans la lutte contre l’apartheid
À l’université de Witwatersrand, Ruth intègre la Ligue des Jeunes Communistes et devient co-fondatrice de la fédération des étudiants progressistes. Au sein de cette organisation étudiante radicale, Ruth milite aux côtés d’Ismael Meer, Joe Slovo (qu’elle épouse en 1949) mais aussi de futurs cadres du Congrès national africain (African National Congres, ANC) tels que Nelson Mandela ou encore Olivier Tambo. En 1946, alors qu’elle n’a que 21 ans, Ruth manifeste aux côtés de 74 000 mineurs noirs qui avaient déclenché un important mouvement de grève pour protester contre leurs conditions de travail et réclamer de meilleurs salaires. L’année 1946 marque également le début de la carrière journalistique de Ruth First et son adhésion au Parti communiste d’Afrique du Sud.
En 1949, Ruth First épouse Joe Slovo, (né en Lituanie en 1926) également membre du Parti communiste 15 et futur dirigeant de la branche armée de l’ANC, uMkhonto we Sizwe (« fer de lance de la Nation », en zoulou). De cette union, naissent trois enfants : Shawn, Gillian et Robyn.

En tant que militante politique, Ruth prend part à la fondation du Congrès des Démocrates Sud-Africains (allié de l’ANC) en 1953 et participe en 1955 à la rédaction de la charte de la liberté ; texte fondamental dans la lutte contre le régime d’apartheid adopté lors d’un congrès du peuple réunissant des délégués venant de tout le pays.
En intégrant le Congrès des démocrates sud-africains, Ruth First s’impose rapidement comme une figure clé du mouvement de libération ; elle contribue ainsi à « rédiger les publications du SACOD, en particulier son bulletin d’informations Counter Attack, qui durera environ trois ans. Elle devait également prendre en charge la rédaction de Fighting Talk, le journal de la Légion Springbok 16 qui, sous sa direction, allait prendre une orientation résolument pro-Congrès [des Démocrates]. [Le journal] New Age, bien que théoriquement indépendant, a soutenu le SACOD dès sa création et a clairement bénéficié des liens directs avec les dirigeants du Congrès grâce à l’engagement politique de journalistes tels que Ruth First, Lionel Forman, MP Naicker, Govan Mbeki, Michael Harmel et Brian Bunting. » 17
Journaliste de terrain, Ruth First est aux côtés des manifestantes lorsque, le 27 octobre 1955, près de 2000 femmes sud-africaines déferlent dans les rues de la capitale Prétoria, se dirigeant vers les principaux bâtiments administratifs, afin de protester contre de nouvelles mesures visant à durcir les lois ayant instauré le système de « laissez-passer » (Pass Laws) ; une sorte de « passeport interne conçu pour séparer les « races », limiter sévèrement les mouvements de la population africaine, restreindre et contrôler l’urbanisation ainsi que la main d’œuvre migrante officiellement reconnue comme telle». 18 « C’est du jamais vu à Prétoria ! », s’exclama Ruth First quelques semaines plus tard dans les colonnes du journal New Age : « Surmontant tous les obstacles, grands et petits, placés sur leur chemin, les femmes sont venues de toutes les régions d’Afrique du Sud pour participer à la manifestation. Pendant des heures, elles ont monté les marches de l’Union Buildings 19 et se sont rassemblées dans les couloirs, tandis que leurs leaders tentaient de transmettre leurs doléances ». 20 La « conquête de Prétoria » par plus de 2000 femmes en octobre 1955 fut un tournant dans l’implication des femmes sud-africaines dans la lutte contre l’apartheid. Elle impulsa une mobilisation massive qui déboucha notamment sur la marche historique du 9 août 1956 ; plus de 20 000 femmes se dirigèrent alors vers le siège du gouvernement d’apartheid pour protester contre les lois sur les « laissez-passer ». 21
Pour s’être rendus à plusieurs reprises dans les townships, les bidonvilles où s’entassaient les laissés-pour-compte du régime d’apartheid, Ruth First a pu observer de près les conséquences délétères du système des laissez-passer dans la vie quotidienne des populations noires : « Les lois sur les « laissez-passer » (Pass Laws) sont un cauchemar. Les jeunes hommes grandissent rongés par la peur du policier (en uniforme) ou de l’inspecteur en civil [qu’ils pourraient rencontrer] au moindre coin de rue ou encore de la camionnette qui circule ; humiliés et épuisés, jour après jour, par les files d’attente au bureau des laissez-passer où les hommes sont rassemblés comme du bétail pour y être trempés ; effrayés par-dessus tout par ce redoutable tampon violet sur leur livret de laissez-passer [indiquant] : « Ne peut pas travailler dans la zone urbaine de… » Des milliers de policiers, des milliers de fonctionnaires, les Blancs qui emploient [des travailleurs Noirs]; tous jouent un rôle dans le fonctionnement de cette gigantesque machine à laissez-passer. » 22
Au cours de sa carrière journalistique (de 1946 à 1963), Ruth First publie des dizaines d’articles pour plusieurs journaux (The Guardian, People’s World, Advance, New Age, Spark, Fighting Talk) qui seront tour à tour bannis par le régime d’apartheid.
Mais ces campagnes de censure ne suffisent pas à venir à bout de la détermination de la militante qui concevait le journalisme comme un instrument au service du combat pour la libération des masses opprimées. En juin 1962, alors que Fighting Talk, journal dont elle est rédactrice en chef, est menacé d’interdiction, Ruth First rédige un éditorial intitulé « Notre devoir, tel que nous le concevons » (« Our duty- as we see it ») dans lequel elle rappelle le sens de son combat et réaffirme sa détermination à se battre jusqu’au bout :
« Nous nous sommes engagés dans la campagne contre le nazisme sud-africain et nous continuerons à le faire aussi longtemps que possible. Nous avons fait campagne contre le représentant local du nazisme ; le Parti nationaliste. Nous continuerons à le faire. Nous avons lutté pour la nouvelle Afrique du Sud dont les contours sont dessinés dans la Charte de la liberté. Nous continuerons à le faire. Nous avons œuvré pour l’unité de tous les démocrates sud-africains et de tous les épris de la liberté, pour la cause commune de la destitution du gouvernement actuel et de l’ouverture de la voie vers la démocratie pour tous. Nous continuerons à le faire. » 23
De la répression à l’exil
En réponse au militantisme de Ruth First, le régime d’apartheid intensifie la répression à son encontre. En 1956, Ruth est jugée avec 155 autres prévenus pour « haute trahison ». Acquittée, elle est néanmoins incarcérée sept ans plus tard, en 1963, dans le cadre de la loi dite « des 90 jours ». En vertu de celle-ci, toute personne soupçonnée de vouloir intenter à la sûreté de l’État pouvait être détenue de manière « préventive », sans procès, pour une durée de 90 jours. Ruth passe finalement 117 jours dans un confinement strict et à l’isolement.

Elle raconte son expérience carcérale dans un livre intitulé 117 jours, publié à Londres en 1965. Ruth y décrit en détail les mécanismes de torture psychologique utilisés par le régime d’apartheid, l’instrumentalisation de la religion pour justifier la domination blanche (la Bible étant le seul livre autorisé en prison), mais aussi le traitement inhumain que les gardiennes (blanches) de la prison réservaient aux femmes noires. En témoigne ce passage saisissant de 177 jours : « Elles appelaient les femmes africaines « serpents noirs, filles kaffir 24, prostituées noires, singes, et ordures noires », comme si ces injures les confortaient dans leur sentiment de supériorité par rapport à des êtres jugés inférieurs et délinquants ». 25
La détention est également l’occasion pour la journaliste et militante politique de méditer sur le rôle des militant-es blanc-he-s dans la lutte contre le régime raciste et suprématiste d’apartheid. Ruth écrit ainsi : « Nous, les Blancs qui nous sommes engagés dans la politique de contestation aux côtés des Africains, des Indiens et des « personnes de couleur », 26 menions une vie vigoureusement provocatrice. Nos consciences étaient saines dans une société accablée par la culpabilité. Pourtant, au fur et à mesure, notre petit groupe menait une existence de plus en plus schizophrénique. Il y avait la belle vie que nous garantissait le privilège blanc et, simultanément, une absorption complète dans une politique révolutionnaire et la défiance des valeurs de notre propre groupe racial. À mesure que la lutte s’intensifiait, les privilèges conférés par l’appartenance au groupe des Blancs étaient éclipsés par le prix qu’on nous faisait payer pour notre participation politique ». 27
Malgré les pressions et menaces exercées (y compris sur ses enfants) par ses geôliers, Ruth refuse de livrer ses complices. Toutefois, sous le poids de la torture psychologique subie en détention, Ruth First tente de mettre fin à ses jours ; une tentative de suicide qu’elle décrit dans 117 jours.

Edition anglaise de 117 jours
Quelques mois après sa libération, Ruth First prend le chemin de l’exil. Le 14 mars 1964, elle quitte son pays natal avec deux de ses filles, Gillian et Robyn, en direction de Londres, où elles rejoindront Joe Slovo (exilé depuis 1963), Shawn, la fille aînée de Ruth et de Joe, ainsi que les parents de Ruth : Julius et Tilly First.
Une universitaire engagée
En exil, Ruth poursuit son combat contre l’apartheid en s’appuyant sur une arme particulièrement redoutable : sa plume. Ainsi, dans plusieurs ouvrages publiés à partir du milieu des années 1960, Ruth First expose la responsabilité accablante des puissances occidentales dans le maintien et la perpétuation de la suprématie blanche et du colonialisme en Afrique australe (Afrique du Sud, Afrique du Sud-Ouest 28, Rhodésie 29) mais aussi dans les colonies portugaises où de longues et sanglantes guerres de libération déboucheront sur les indépendances de la Guinée Bissau et du Cap-Vert, de l’Angola et du Mozambique.
Dans La connexion sud-africaine (The South African Connection), ouvrage au sous-titre évocateur (« Les investissements occidentaux dans l’apartheid ») publié en 1972, Ruth First, Jonathan Steele et Christabel Gurney décrivent avec minutie la complicité des firmes multinationales et des États occidentaux, mais aussi japonais, dans la consolidation de l’apartheid sud-africain : « Bien que, quantitativement, le commerce avec l’Afrique du Sud soit beaucoup moins important pour l’Occident que le commerce avec l’Occident ne l’est pour l’Afrique du Sud, l’Afrique du Sud devient de plus en plus importante pour l’Occident en tant que fournisseur de minéraux vitaux. Le passage progressif de l’économie sud-africaine de l’exploitation minière à l’industrie manufacturière ne doit pas occulter le fait que l’abondance – et, dans certains cas, le quasi-monopole – de l’Afrique du Sud en matière de minéraux stratégiques revêt une importance croissante pour les entreprises et les gouvernements occidentaux. Les besoins de l’Occident en or sud-africain sont bien connus, mais d’autres minéraux prennent de plus en plus d’importance. Les économies de l’Europe occidentale ont toujours été fortement tributaires des importations de matières premières. Le Japon, avec sa croissance industrielle phénoménale, a maintenant rejoint la liste des meilleurs clients de l’Afrique du Sud. Entre 1965 et 1969, la part de l’Afrique du Sud dans les importations japonaises totales d’amiante est passée de 23 % à 36,8 %, celle du chrome de 12 % à 30 %, celle du minerai et du concentré de manganèse de 6 % à 29 %. » 30

Au cœur de ce dispositif de pillage néocolonial en bande organisée, la France se distingue par sa collaboration avec le régime d’apartheid dans le domaine militaire (« Les véhicules blindés Panhard sont fabriqués en Afrique du Sud sous licence française. Des hélicoptères Alouette et Super-Frelon sont régulièrement vendus depuis 1963 31), le rôle de ses banques dans l’économie sud-africaine (« plusieurs banques françaises privées et nationalisées ont signé des accords avec de grandes organisations sud-africaines (ESCOM ou ISCOR), soit pour la souscription de prêts sur le marché européen des devises, soit pour l’échange de crédits » 32), ou encore via les investissements de ses compagnies pétrolières dans l’exploration et l’exploitation du pétrole sud-africain malgré un embargo international décrété par les Nations Unies (« pour un prix estimé à 9 millions de livres, Total a pris une participation de 30 % dans la raffinerie de pétrole Natref, qui appartient à l’État » 33). Afin de sortir de son isolement sur la scène internationale, le régime d’apartheid pouvait également compter sur l’activisme diplomatique de la France : « Les relations privilégiées entre la France et l’Afrique du Sud sont fondées sur le pragmatisme : la volonté de la France de vendre des armes contre de l’or a été exploitée par le gouvernement sud-africain dans l’intérêt de deux éléments essentiels de la politique étrangère du pays, à savoir l’entrée, par une porte dérobée, dans le Marché commun et le « dialogue » avec l’Afrique indépendante. Lorsque M. Vorster a effectué sa première visite en Europe en 1970, le seul pays où il s’est rendu au nord des Pyrénées était la France, où il a rencontré le Premier ministre français. Les diplomates français ont joué un rôle clé dans les coulisses en faisant pression sur le président Houphouet-Boigny 34 pour qu’il devienne le premier chef d’État africain en dehors de l’Afrique australe à accueillir un « dialogue » avec l’Afrique du Sud. » 35
Les auteurs de La connexion sud-africaine battent également en brèche un des piliers du discours à prétention « humanitaire » du régime d’apartheid, à savoir l’amélioration des conditions de vie des masses africaines dans un système pourtant fondé sur la ségrégation raciale : « il est surprenant de constater que, malgré le climat de terreur et le mépris manifeste du gouvernement pour les intérêts africains, les affirmations de la propagande sud-africaine, selon lesquelles le progrès économique profite à toutes les races, n’ont souvent pas été contestées. La vérité est que l’Afrique du Sud doit être l’un des rares pays au monde – peut-être le seul – où la majorité de la population s’est appauvrie au cours de la dernière décennie. Les Africains d’Afrique du Sud ne sont pas seulement plus mal lotis aujourd’hui, par rapport aux Blancs, qu’ils ne l’étaient il y a dix ans : ils le sont aussi par rapport à leur propre niveau de vie il y a dix ans. » 36
La propagande coloniale sur les prétendus bienfaits de la « mission civilisatrice » européenne est également réduite en miettes, de manière méthodique, dans Les guerres du Portugal en Afrique (« Portugal’s Wars in Africa ») ; livret d’une trentaine de pages à vocation pédagogique rédigé par Ruth First et publié en 1971 par le Fonds international de défense et d’aide de l’Afrique australe (International Defence Aid Fund ou IDAF en anglais) 37 :
Ce que le colonialisme portugais n’a pas apporté à ses sujets africains au cours des siècles, écrit Ruth First, le PAIGC 38 les a aidés à le construire eux-mêmes en moins d’une décennie. Deux ans seulement après le début de la guerre de libération, le PAIGC a publié des directives pour la création d’écoles et la diffusion de l’éducation dans toutes les régions libérées. […] Chaque année, les effectifs augmentent. Comme pour l’éducation, les services de santé mis en place par le PAIGC en l’espace de quelques années sont supérieurs à tout ce qui avait été fait pendant la période coloniale. 39
Afin de s’assurer du maintien de la domination qu’il exerçait dans ses colonies africaines, qui plus est dans un contexte où plusieurs mouvements [armés] de libération nationale avaient vu le jour (à l’image du PAIGC en Guinée Bissau, du Front de Libération de la Mozambique -FRELIMO- ou encore du Mouvement pour la Libération de l’Angola -MPLA), le Portugal, qui était alors « la nation la plus pauvre d’Europe » ; un pays dont « le produit national brut par habitant est inférieur à celui du Brésil, son ancienne colonie » avec une population essentiellement composée de de « paysans pauvres travaillant encore largement dans le cadre d’une économie de subsistance » 40, avait mis en place une politique de « portes ouvertes ». L’objectif de cette politique de « portes ouvertes » était de garantir aux firmes multinationales et États occidentaux l’accès aux matières premières dans les colonies portugaises : « La législation portugaise des années soixante a donc ouvert les colonies aux investisseurs étrangers. Aujourd’hui, l’entreprise étrangère bénéficie de garanties en réalité supérieures à celles de l’investisseur potentiel [en provenance] du Portugal lui-même. […] Il s’agit d’un effort concerté de la part du Portugal pour attirer des capitaux étrangers dans ses colonies, ce qui n’est, après tout, que la continuation de ce qui est arrivé au Portugal lui-même. En effet, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, [le Portugal] a vu le contrôle étranger s’infiltrer dans tous les principaux secteurs de son économie, à l’exception de l’agriculture, de sorte que le Portugal est virtuellement une colonie de l’Europe occidentale. » 41

La quête des profits faramineux issus du partage du festin colonial portugais explique ainsi pourquoi les pays membres de l’OTAN ont autant investi dans l’effort de guerre du Portugal : « Dans le cadre du programme d’aide mutuelle de l’OTAN, l’armée de terre, la marine et l’armée de l’air du Portugal ont été équipées des armes les plus modernes et les forces armées portugaises ont été formées à leur utilisation et à leur entretien. Des avions fournis par l’OTAN sont utilisés pour bombarder des villages angolais, guinéens et mozambicains avec des bombes et du napalm fournis par l’OTAN. […] Le Portugal conduit ses guerres africaines grâce aux approvisionnements de l’OTAN. » 42
Selon l’historien Gerald Horne, Ruth First a contribué à façonner la trajectoire idéologique et politique de Nelson Mandela. En effet, d’après Horne, l’expérience de Mandela « avec des personnes comme Ruth First l’a aidé à se défaire de son anticommunisme initial. » 43 C’est donc en toute logique que Ruth First rédige, en 1965, la préface de No Easy Walk to Freedom ; recueil d’articles et de discours de Nelson Mandela ; l’occasion pour la militante, désormais en exil, de rendre un vibrant hommage à son camarade de lutte qui purgeait alors une longue peine de prison à Robben Island :
« Le prisonnier politique est la victime la plus maltraitée d’un ordre qui nourrit un mépris insensible pour la souffrance humaine. Mais il est aussi le révolutionnaire assiégé, qui se bat sur son propre champ de bataille, si nécessaire par la grève de la faim, et il y en a eu plusieurs sur l’île, même si la presse mondiale n’en a pas fait état. Chaque prisonnier sait que sa peine n’est pas la fin du combat mais un nouveau départ dans un monde où chaque rencontre avec un gardien est une nouvelle confrontation avec l’ordre oppressif et où l’autorité, armée de règlements grotesques, de mitrailleuses et de clôtures électrifiées, tremble devant la résistance, l’optimisme et la capacité de combat des hommes qu’elle a mis en cage. Mandela, murmure-t-on à travers les murs de la prison, est un prisonnier politique aussi magnétique qu’il a été un orateur de masse et un commandant politique clandestin, et il continue à rayonner la confiance, la force et l’autorité morale qui ont soutenu la lutte pour la liberté en Afrique dans ses jours les plus difficiles, et qui, avec le temps, feront s’écrouler le système de l’apartheid.» 44
L’année précédente, Ruth First avait préfacé La révolte des paysans (« The Peasants’ Revolt »), ouvrage d’un autre leader de la lutte contre l’apartheid, également emprisonné à Robben Island : Govan Mbeki. 45

Au cours de son exil londonien, Ruth First rédige plusieurs autres ouvrages, dont Le Canon d’un fusil (« The Barrel of a Gun »), publié en 1970. Il s’agit sans nul doute de son ouvrage le plus célèbre. Dans ce livre « davantage consacré à la politique qu’aux armées » 46, Ruth se propose d’analyser « l’intervention des armées en politique », dans un contexte postindépendance marqué par plusieurs dizaines de coups d’État en Afrique.
Esprit libre, Ruth n’hésite pas à manifester ses désaccords avec la ligne officielle du Parti communiste sud-africain, ce qui lui vaut des remontrances, voire des menaces d’expulsion de la part de ses camarades. Elle dénonce ainsi les interventions de l’armée rouge en Hongrie en 1956 et en Tchécoslovaquie en 1968 et soutient l’Érythrée dans sa guerre d’indépendance contre l’Éthiopie.
En 1972, Ruth décroche un poste de chercheuse à l’université de Manchester et, en 1974, elle devient professeure à l’université de Durham. Toutefois, le massacre de Soweto en 1976 finit de la convaincre que son soutien à la lutte contre l’apartheid doit se faire en Afrique, au plus près de celles et ceux qui combattent le régime d’apartheid.
Retour en Afrique et assassinat
En 1977, Ruth retourne en Afrique australe, à Maputo, capitale du Mozambique nouvellement indépendant, où elle est nommée directrice du Centre d’Études Africaines (CEA) de l’université Eduardo Mondlane.
En tant que directrice du CEA, Ruth encourage les étudiants et les chercheurs à confronter leur travail théorique aux réalités du terrain, dans un pays dévasté par plusieurs siècles de colonisation.
Le 17 août 1982, au lendemain d’une conférence internationale de l’Unesco organisée à Maputo, Ruth First trouve la mort après avoir ouvert une lettre piégée envoyée par les tueurs à gages du régime d’apartheid. Elle est assassinée sur ordre de Craig Williamson, un officier de la police sud-africaine (South African Police, SAP).
Six jours plus tard, son mari, Joe Slovo, ses enfants Shawn, Gillian et Robyn, sa mère Tilly, et plus de 3000 autres personnes, assistent aux funérailles de Ruth organisées au cimetière de Llanguene à Maputo. À cette occasion, Albie Sachs, militant anti-apartheid qui, comme Ruth First, avait fait le choix de revenir s’installer en Mozambique en 1977, devenant professeur de droit à l’université Eduardo Mondlane après un exil de dix ans à Londres 47, prononce un discours mémorable, en hommage à sa défunte amie, camarade de lutte et collègue. Saluant la mémoire de celle qui a « utilisé tous les avantages dont disposent les Blancs pour alimenter la lutte en faveur de l’émancipation en détruisant les barrières entre les Noirs et les Blancs 48», Albie Sachs décrit la personnalité de Ruth First comme le fruit de trois contradictions : « (1) être une personne blanche dans un mouvement noir ; (2) appartenir à la classe moyenne dans un mouvement ouvrier ; et (3) être une femme dans un environnement politique masculin. » 49
Également présent lors des funérailles, Marcelino dos Santos, vice-président du Mozambique et représentant du FRELIMO, parti au pouvoir, s’incline devant la tombe de son amie Ruth, « une combattante sud-africaine de la liberté qui renforçait l’unité entre les peuples mozambicain et sud-africain 50». De son côté, Moses Mabhida, président du Parti communiste sud-africain, rappelle que « Ruth s’est battue pour l’unité inébranlable de la théorie révolutionnaire et de la pratique révolutionnaire. Elle a laissé derrière elle une œuvre solide que des bombes, quelle que soit leur quantité, ne pourraient détruire. » 51
Ruth First : Une mémoire révolutionnaire au service des luttes anticoloniales
« L’examen de l’histoire des peuples africains, nous rappelait Amilcar Cabral, démontre que ceux-ci n’ont jamais cessé de lutter jusqu’au bout de leurs forces contre la domination étrangère. La lutte pour la liberté et contre la domination étrangère est un facteur concret et permanent de la tradition historique des peuples du continent africain. » 52
À travers son parcours, Ruth First a su parfaitement incarner cette « tradition historique des peuples du continent africain » dont parlait Cabral.
Dès lors, on comprend mieux pourquoi dans les premières pages de son ouvrage intitulé Le Canon d’un fusil (The Barrel of a Gun) ; un livre qui, bien que portant « des jugements sévères sur les dirigeants des pays africains indépendants » 53, était avant tout destiné à contribuer à la « libération de l’Afrique » 54, la militante anti-apartheid a tenu à rappeler ce qui, tout au long de sa vie, est demeuré une évidence : « Je me considère comme africaine et il n’y a aucune cause qui me tienne plus à cœur». 55
La commémoration du centième anniversaire de la naissance de Ruth First constitue une occasion privilégiée de perpétuer la mémoire de celle qui fut une de plus valeureuses combattantes anticoloniales du siècle dernier. Ce faisant, nous espérons, par notre modeste contribution, aider à contrecarrer une tendance particulièrement inquiétante que l’historien Alan Wieder, biographe de Ruth First et Joe Slovo, avait constaté lors d’un de ses déplacements en Afrique du Sud : « Paradoxalement, lorsque vous parlez avec les gens en Afrique du Sud aujourd’hui, peu de personnes adultes, d’adolescents ou d’enfants connaissent la contribution significative de Ruth ou de Joe dans la lutte contre l’apartheid. Les jeunes professionnels, les jeunes travailleurs, les étudiants ou les lycéens ont peut-être déjà entendu le nom de Joe Slovo, mais il est moins probable qu’ils aient entendu parler de Ruth. (…) Peu de jeunes sud-Africains connaissent les contributions ou les sensibilités que Ruth et Joe ont incarnées en matière de justice sociale et dans la révolution contre les disparités de classe et le racisme à travers le monde ». 56
Perpétuer la mémoire de Ruth First, c’est se souvenir des combats d’une militante qui, face aux incessantes persécutions du régime d’apartheid, fit le serment de ne jamais abdiquer :
« La capitulation sans combat, la lâcheté face à l’ennemi, la trahison de nos amis, de nos alliés et de notre peuple sont étrangères à toute notre tradition. Ils sont l’antithèse de tout ce pour quoi nous avons travaillé et fait campagne tout au long de notre histoire. Nous n’avons pas l’intention de changer nos couleurs maintenant, ni de les retirer de la tête du mât.
Aussi longtemps que nous le pourrons, nous ne battrons pas en retraite et nous ne nous rendrons pas. Nous ne croyons pas qu’une réponse douce de notre part détournera la colère des nazis. Nous poursuivrons le combat aussi longtemps que nous le pourrons. Et si, à l’avenir, ils déploient une telle force contre nous que nous ne pouvons plus continuer, alors nous tomberons. Mais au moins, nous tomberons comme nous avons vécu ; en nous battant.
Nous savons que nous ne sommes pas seuls dans cette démarche. C’est le chemin que suivra la majorité de notre peuple aujourd’hui et dans les jours critiques à venir. Notre domaine de prédilection a été le « discours ». Mais il arrive un moment où les paroles ne suffisent plus, où il ne s’agit plus seulement de parler, mais aussi d’agir ; il ne s’agit plus seulement d’idées, mais aussi d’actions. » 57

Ruth First est “tombée” le 17 août 1982 à Maputo, après avoir consacré la majeure partie des cinquante-sept années d’une vie hors du commun au combat contre l’une des pires tyrannies du XXe siècle.
À travers sa mémoire, nous souhaitons honorer les nombreux martyrs qui sont « tombés » sur le chemin de la libération de l’Afrique. Notre vœu le plus cher est que le parcours de Ruth First, les combats qu’elle a menés ainsi que son sacrifice ultime puissent servir de modèle ; une source inépuisable d’inspiration pour les luttes antiracistes et anticoloniales d’aujourd’hui. Et de demain…
Hamba Kahle Mkhonto (repose en paix, ô fer de lance de la Nation) Ruth First !
- Extraits d’un éditorial de Ruth First intitulé « Notre devoir, tel que nous le concevons » (« Our Duty- As we see it ») publié en juin 1962 dans le journal Fighting Talk. Cité in Donald Pinnock, Voices of Freedom: Ruth First, HSRC Press, 2012 (2ème édition), p. 82 (notre traduction) ↩︎
- L’expression « Afrikanerdom » désigne l’idéologie nationaliste fondée sur la suprématie des Afrikaners, c’est-à-dire les citoyens sud-africains blancs s’exprimant dans l’afrikaans, une langue dérivée du néerlandais. ↩︎
- Alan Wieder, Ruth First and Joe Slovo in the War Against Apartheid, Monthly Review Press, 2013, p. 32 (notre traduction) ↩︎
- Gedeon Shimoni, Jews and Zionism: The South African Experience, Oxford University Press South Africa, 1980, p.5 ↩︎
- Alan Wieder, Ruth First and Joe Slovo in the War Against Apartheid, Monthly Review Press, 2013, p.33 ↩︎
- L’expression « tempête antisémite » fait référence au titre d’un ouvrage de l’historien Milton Shain consacré à la question de l’antisémitisme en Afrique du Sud dans l’entre-deux-guerres et intitulé A Perfect Storm : Antisemitism in South Africa 1930–1948, Jonathan Ball, 2015. ↩︎
- Milton Shain, The Roots of Antisemitism in South Africa, University of Virginia Press, 1994, pp.137-138. (Notre traduction) ↩︎
- Milton Shain, A Perfect Storm. Antisemitism in South Africa (1930-1948). Johnathan Ball, 2015, p. 199-200 (Notre traduction) ↩︎
- Sur ce point, lire également Tiffany Willoughby-Herard, Waste of a White Skin.The Carnegie Corporation and the Racial Logic of White Vulnerability, University of California Press, 2015 ↩︎
- Milton Shain, A Perfect Storm. Antisemitism in South Africa (1930-1948). Johnathan Ball, 2015, p. 20 (notre traduction) ↩︎
- Gerald Horne, White Supremacy Confronted: U.S. Imperialism and Anti-Communism vs. the Liberation of Southern Africa from Rhodes to Mandela, International Publishers, 2019, p.123 ↩︎
- Christopher Marx, Oxwagon Sentinel: Radical Afrikaner Nationalism and the History of the Ossewabrandwag, University of South Africa Press, 2008 ↩︎
- En 1942, John Vorster, alors général de l’Ossewabrandwag déclarait : « Nous défendons le nationalisme chrétien qui est un allié du national-socialisme […] On peut appeler un tel système anti-démocratique, une dictature si l’on veut. En Italie, on l’appelle fascisme, en Allemagne, national-socialisme et en Afrique du Sud, nationalisme chrétien. » Cité in Sasha Polakow-Suransky, The Unspoken Alliance: Israel’s Secret Relationship with Apartheid South Africa, Jacana Media, 2010, pp.3-4 (notre traduction) ↩︎
- Gedeon Shimoni. Community and Conscience: The Jews in Apartheid South Africa, Brandeis University Press, 2003. ↩︎
- Fondé en 1921, le Parti communiste sud-africain (qui s’appelait, à l’origine, Communist Party of South Africa -CPSA) est rebaptisé South Africa Communist Party (SACP, son nom actuel) lorsqu’il bascule dans la clandestinité à partir de 1950, année d’adoption de la loi sur la répression du communisme (Suppression of Communism Act). ↩︎
- Fondée en 1941, la Légion Springbok (Springbok Legion) visait initialement à défendre les droits des soldats (blancs) durant la Seconde Guerre Mondiale, puis des vétérans dans l’après-guerre. Sous l’influence de divers mouvements de gauche, notamment du Parti communiste sud-africain, la Légion Springbok se radicalisera progressivement. À la suite de l’éclatement de la Légion en 1952, plusieurs de ses membres se retrouveront dans des mouvements anti-apartheid. En tant que vétéran de la seconde guerre mondiale, Joe Slovo, mari de Ruth First (de 1949 à 1982), qui deviendra un pilier du mouvement de libération, était également membre de la Légion Springbok. ↩︎
- Donald Pinnock, Writing Left. The radical journalism of Ruth First, University of South Africa, 2007, p.46 (notre traduction) ↩︎
- Cf note de bas de page n°2 in Ruth First, Journalist and South African anti-apartheid activist: Selected Writings, Leftword, 2023, p.17 (notre traduction). À propos du système de “laissez-passer” (Pass Laws) sous l’apartheid, cf également « Josie Mpama (1903–1979) Femmes de Lutte, Femmes en Lutte » étude de l’Institut Tricontinental de recherche sociale (pages 15 à 17). Article disponible en ligne sur le site de l’Institut Tricontinental de recherche sociale : https://thetricontinental.org/wp-content/uploads/2023/03/20241113_Feminismes-5_Josie-Mpama_FR_Web.pdf (Consulté le 27/04/2025) ↩︎
- Siège du gouvernement sud-africain ↩︎
- Ruth First, « Pretoria conquered by the women », New Age, 3 novembre 1955. Cité in Donald Pinnock, Voices of Freedom: Ruth First, HSRC Press, 2012 (2ème édition), p. 38 (notre traduction) ↩︎
- La date du 9 août est désormais la « journée nationale de la femme », un jour férié en Afrique du Sud, instauré en 1995 ↩︎
- Ruth First, « The New Slavery », Fighting Talk, octobre 1956. Cité in Donald Pinnock, Voices of Freedom: Ruth First, HSRC Press, 2012 (2ème édition), p. 46 (notre traduction) ↩︎
- Ruth First, « Our Duty – As we see it », Fighting Talk, juin 1962. Cité in Donald Pinnock, Voices of Freedom: Ruth First, HSRC Press, 2012 (2ème édition), p. 79 (notre traduction) ↩︎
- Insulte raciste désignant les Noir-e-s ↩︎
- Ruth First, 117 Days, Penguin, 1982 (1ère édition en 1965), p.70 (notre traduction) ↩︎
- Notre traduction de « coloured » : catégorie désignant les métisses sous le gouvernement colonial britannique et pendant l’apartheid. À ce propos, lire l’étude de l’Institut Tricontinental de Recherche Sociale consacrée à Josie Mpama, militante communiste et autre figure (peu connue du grand public) de la lutte contre l’apartheid : « Josie Mpama (1903–1979) Femmes de Lutte, Femmes en Lutte », Institut tricontinental de recherche sociale, p.7. Étude consultable en ligne : https://thetricontinental.org/wp-content/uploads/2023/03/20241113_Feminismes-5_Josie-Mpama_FR_Web.pdf (consulté le 27 avril 2025) ↩︎
- Ruth First, 117 Days, Penguin, 1982 (1ère édition en 1965), p.116 (notre traduction) ↩︎
- Ancien nom de la Namibie. Cf Ronald Segal, Ruth First (dir), South West Africa: Travesty of Trust, Andre Deutsch, 1967. Ruth First est également l’autrice d’un ouvrage intitulé South West Africa (« L’Afrique du Sud Ouest »), publié en 1963, quelques mois avant son exil à Londres. ↩︎
- Qui deviendra le Zimbabwe lors de la proclamation de l’indépendance en 1980 ↩︎
- Ruth First; Jonathan Steele; Christabel Gurney, The South African Connection, Western investment in apartheid, Penguin Books (Penguin African Library), 1973, p.38 (notre traduction) ↩︎
- Ibid, p.135. Sur le commerce illégal des armes de la France ainsi que d’autres pays avec l’Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid, lire également l’ouvrage du chercheur et militant sud-africain Hennie Van Vuuren intitulé Apartheid Guns and Money: A Tale of Profit, Hurst Publishers, 2018. ↩︎
- Ibid, p.135 ↩︎
- Ibid, p.136 ↩︎
- Félix Houphouet-Boigny, président de la Côte d’Ivoire de 1960 à sa mort en 1993 et pilier de la Françafrique ; système de domination et de prédation néocoloniale mis en place par la France au lendemain des indépendances de plusieurs pays d’Afrique subsaharienne ↩︎
- Ruth First; Jonathan Steele; Christabel Gurney, The South African Connection, Western investment in apartheid, Penguin African Library, 1973, pp.136-137(notre traduction) ↩︎
- Ibid, p.38 ↩︎
- Organisation fondée en 1956 par le chanoine John Collins dans le cadre du procès au cours duquel 156 militants anti-apartheid (dont Ruth First) étaient jugés pour « trahison ». Au fil des années, le Fonds international de défense et d’aide pour l’Afrique australe se spécialisa dans la levée de fonds pour les victimes des lois de l’apartheid, en particulier les prisonniers politiques ainsi que leurs familles.
L’IDAF s’est également doté d’un département de recherche visant à faciliter l’accès de l’opinion publique internationale aux informations sur l’apartheid, « en particulier les organisations œuvrant au démantèlement du système d’apartheid, telles que le Mouvement Anti-Apartheid ainsi que le Comité spécial des Nations unies contre l’apartheid. » Lire l’article consacré au Fonds international de défense et d’aide de l’Afrique australe sur le portail de South African History Online https://www.sahistory.org.za/article/international-defence-and-aid-fund-idaf (Consulté le 27 avril 2025) ↩︎ - Parti de l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) fondé en 1956 et dont le leader historique, Amilcar Cabral, a été assassiné le 20 janvier 1973 à Conakry. Sur le parcours d’Amilcar Cabral, autre « martyr de la révolution africaine », nous recommandons vivement la lecture du texte du sociologue et militant Saïd Bouamama intitulé « Amílcar Cabral, le militant armé », disponible sur le site d’Afrique XXI https://afriquexxi.info/Amilcar-Cabral-le-militant-arme. L’apport de Ruth first dans l’analyse et le combat contre le colonialisme en Afrique australe est également abordé dans un autre livre publié par le même auteur :
cf Saïd Bouamama, Manuel Stratégique de l’Afrique – Tome I, Investig’Action, 2018, pages 22 à 24 ↩︎ - Ruth First, Portugal’s Wars in Africa, International Defence Aid Fund, 1972 (2ème edition), p.17(notre traduction) ↩︎
- Ibid, p.21 ↩︎
- Ibid, pp.22-23 ↩︎
- Ibid, p.23 ↩︎
- Gerald Horne, White Supremacy Confronted: U.S. Imperialism and Anti-Communism vs. the Liberation of Southern Africa from Rhodes to Mandela, International Publishers, 2019, p.334 ↩︎
- Préface de Ruth First à No Easy Walk to Freedom, Heineman Educational Book, 1965 (notre traduction) ↩︎
- Govan Mbeki, The Peasants’ Revolt, Penguin Books (Collection Pegnuin African Library), 1964, pp.9-14 ↩︎
- Préface, in Ruth First, The Barrel of a Gun. Political Power in Africa and the Coup d’Etat. Allen Lane, The Penguin Press, 1970 ↩︎
- Albie Sachs, qui a lui aussi échappé à un attentat à Maputo (il perd un bras et un œil dans l’explosion de sa voiture) sera nommé par Nelson Mandela comme membre fondateur de la nouvelle Cour constitutionnelle post-apartheid ↩︎
- Alan Wieder, Ruth First and Joe Slovo in the War Against Apartheid, Monthly Review Press, 2013, p. 255 ↩︎
- Ibid, p.255 ↩︎
- Ibid, p.256 ↩︎
- Ibid, p.256 ↩︎
- Cité in Amilcar Cabral, Ne faites pas croire à des victoires faciles, Premiers Matins de Novembre, 2021, p.123 ↩︎
- Préface, in Ruth First, The Barrel of a Gun. Political Power in Africa and the Coup d’Etat, Allen Lane, 1970 (notre traduction) ↩︎
- Ibid ↩︎
- Ibid ↩︎
- Alan Wieder, Ruth First and Joe Slovo in the War Against Apartheid, Monthly Review Press, 2013, p. 353 (notre traduction) ↩︎
- Ruth First, « Our Duty- As we see it », Fighting Talk, juin 1962. Cité in Donald Pinnock, Voices of Freedom: Ruth First, HSRC Press, 2012 (2ème édition), p. 82 (notre traduction) ↩︎

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