Palestinians attend the mass funeral for members of the Irahem, Malaka, Qanbour, Balawi and Dahdouh families, who were killed in an Israeli strike in 2023 and whose remains were recovered from beneath the rubble, according to Gaza's Civil Defense, in Gaza City, on September 6, 2026. (Photo by Majdi Fathi/NurPhoto) (Photo by MAJDI FATHI / NurPhoto via AFP)AFP

827 corps ont été retrouvés sous les décombres de Gaza

Le 6 septembre, des familles de Gaza se tenaient devant près de cent linceuls. Certaines de ces personnes étaient mortes près de trois ans auparavant. Elles n’avaient jamais atteint une tombe. Leurs corps et leurs restes étaient restés sous les maisons effondrées, tandis que leurs familles attendaient à la surface. Laissez Gaza retrouver ses morts. Laissez les familles leur dire adieu. Laissez Gaza enterrer ses morts. 

827 ont été retrouvés sous les décombres de Gaza. Des milliers y sont encore. Le 6 septembre, des familles de Gaza se tenaient devant près de cent linceuls.

Même à Gaza, cette image était difficile à regarder.

Certaines de ces personnes étaient mortes près de trois ans auparavant. Elles n’avaient jamais atteint une tombe. Leurs corps et leurs restes étaient restés sous les maisons effondrées, tandis que leurs familles attendaient à la surface.

Parmi elles se trouvaient des dizaines d’enfants.

Il est difficile d’imaginer ce que signifie, pour une mère, attendre plusieurs années avant de récupérer les restes de son enfant. Savoir à peu près où il se trouve. Peut-être passer devant les ruines. Et ne toujours pas pouvoir l’atteindre.

Puis vient enfin le jour où le béton est soulevé.

L’enfant ne revient pas tel qu’il était. Il peut ne rester que des os, des fragments ou un vêtement permettant de l’identifier.

Mais il peut enfin avoir une tombe.

Il y a quelques semaines, lorsque j’ai écrit sur cette Gaza qui attend toujours de pouvoir enterrer ses morts, les 112 personnes retrouvées sous les ruines du quartier de Sabra étaient au cœur de l’histoire.

Aujourd’hui, l’histoire ne s’arrête plus à 112.

Au 8 septembre 2026, 827 corps et restes humains avaient été retrouvés depuis l’annonce de l’accord de cessez-le-feu d’octobre 2025.

Le mot « annonce » est volontaire. Les morts ne se sont pas arrêtées.

Alors que certaines familles enterraient des personnes tuées des années auparavant, d’autres apprenaient la mort de leurs proches.

Gaza faisait, le même jour, deux choses terribles : enterrer les morts d’hier et accueillir de nouveaux morts.

Et 827 ne raconte toujours pas toute l’histoire.

Les autorités palestiniennes estiment que plus de 8 000 personnes se trouvent encore sous les décombres.

Après ce que nous avons vu sortir du béton ces dernières semaines, ce chiffre n’est plus une abstraction.

À Sabra, 112 personnes ont été retrouvées. Ailleurs, d’autres restes sont apparus.

Début septembre, 55 membres de la famille Malaka ont été retrouvés.

Puis nous avons vu près de cent linceuls.

Chaque corps retrouvé ne ferme donc pas seulement une histoire. Il révèle aussi l’ampleur de toutes celles qui restent encore enfouies.

Derrière les 827 se trouvaient des noms, des maisons, des objets familiers.

Et derrière les milliers qui seraient toujours là se trouvent des familles qui continuent d’attendre.

Certaines savent même où chercher. Une mère connaît la maison. Un père connaît la pièce.

Un voisin sait qui se trouvait à l’intérieur. Mais quelques mètres de béton peuvent être impossibles à franchir sans
engins lourds.

Ces quelques mètres peuvent ajouter une année à l’attente.

Le manque de matériel n’est donc pas seulement un problème logistique.

Pour une famille, une pelleteuse peut être le chemin vers une tombe.

Le Comité international de la Croix-Rouge indique que des milliers de familles attendent toujours de connaître le sort de leurs proches, parfois depuis près de trois ans.

Et même lorsque des restes sont retrouvés, la recherche ne s’arrête pas nécessairement.

Après des années sous le béton, un vêtement ou un objet personnel peut devenir le dernier lien entre une famille et un nom.

C’est pourquoi les décombres de Gaza ne peuvent pas être traités comme un simple chantier de reconstruction.

Sous eux se trouvent des morts. Des identités. Et peut-être des preuves.

Lorsque « The Witness Stone – Let Gaza Bury Its Dead / La Pierre témoin – Laissez Gaza enterrer ses morts » a été lancé après la découverte des 112, nous avons demandé à des personnes dans différents pays de tenir une pierre pendant 112 secondes.

Avec chaque nouvelle découverte, cette pierre prend pour moi un sens plus concret.

Elle est ce qui sépare une mère de son enfant. Pierre après pierre. Puis le béton. L’acier. Et les années.

Le monde ne peut pas rendre la vie à ces morts. Il ne peut pas rendre aux familles le temps perdu. Mais il peut empêcher que trois années deviennent quatre ou cinq. Il ne faut pas de miracle.

Il faut du matériel, des équipes spécialisées, de l’accès et une protection pour ceux qui cherchent parmi les ruines. On ne peut pas reconstruire Gaza en laissant ses morts sous ses fondations.

La dignité humaine ne s’arrête pas avec la mort. 827 ont été retrouvés.

Des milliers sont encore là. Nous avons vu ce qu’il y avait lorsque certaines pierres ont été soulevées.

La question désormais est simple : combien d’années encore une mère doit-elle attendre avant de retrouver son enfant ?

Laissez Gaza retrouver ses morts. Laissez les familles leur dire adieu. Laissez Gaza enterrer ses morts.

Mohammed Altaj est écrivain, chercheur et analyste politique palestinien. Initiateur de la campagne humanitaire The Witness Stone – Let Gaza Bury Its Dead

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