Le message d’une femme iranienne depuis l’enfer de la détention d’ICE

Mon mari, mon fils et moi sommes enfermés depuis des mois – bien que nous soyons des résidents permanents sans casier judiciaire. C’est un cauchemar insoutenable et sans fin. Nous reproduisons ici le témoignage de Maryam Tahmasebi, détenue dans un centre de l'ICE de Los Angeles, puis au Texas.

Je m’appelle Maryam Tahmasebi, et je suis professeure de psychologie et de statistiques au Los Angeles Pierce College – ou plutôt, je l’étais jusqu’au 9 avril, lorsque ma vie, et celle de ma famille, ont changé à jamais.

Ce jour-là, je donnais un cours quand mon fils m’a envoyé un texto pour me dire que mon mari ne l’avait pas récupéré à l’école et ne répondait pas à son téléphone, ce qui ne lui ressemble pas du tout. J’ai récupéré mon fils à l’école, je suis rentrée chez moi affolée et j’ai appelé la police, pensant qu’il avait dû lui arriver quelque chose d’horrible. Pourtant, il ne m’est jamais venu à l’esprit qu’il avait pu être arrêté par l’ICE. Nous sommes des résidents permanents légaux avec des cartes vertes valides. Mon mari, Eissa Hashemi, est également professeur et a consacré sa vie à encadrer des étudiants en doctorat au département de psychologie des affaires de la Chicago School. Nous avons tous les deux encadré de nombreux candidats au doctorat, parmi lesquels des anciens combattants qui ont servi ce pays pendant des décennies. Nous n’avons aucun casier judiciaire – pas même une contravention. Je croyais en la « règle de droit » et j’étais convaincue que s’il y avait le moindre problème avec notre statut d’immigration, le gouvernement nous en aviserait par les voies légales.

J’ai été au-delà du choc en réalisant qu’une campagne de diffamation en ligne, sans aucun fondement ni valeur juridique, avait convaincu le gouvernement usaméricain de tenter de révoquer nos cartes vertes du jour au lendemain, sans procédure régulière ni même nous en informer. Le gouvernement avait décidé de punir mon mari pour être le fils d’une femme qui avait été interprète pour les preneurs d’otages iraniens en 1979, avant même la naissance d’Eissa*.

Je suis venue ici parce que je voulais me construire une vie, pour moi et ma famille, définie par mes propres actions, et non par celles de qui que ce soit. Mais aujourd’hui, nos vies sont bouleversées à cause de ce que quelqu’un d’autre a fait il y a près de 50 ans.

Finalement, la localisation du téléphone de mon mari a montré qu’il se trouvait dans un centre de l’ICE au centre-ville de Los Angeles. Je lui ai parlé une minute. Il m’a dit qu’on lui avait assuré que, pendant son arrestation, notre fils et moi étions en sécurité. Cela s’est avéré être un mensonge. Le lendemain, quand j’ai emmené mon fils à l’école, ma voiture a été encerclée par des véhicules du DHS (Département de la Sécurité intérieure, NdT), et mon fils et moi avons été arrêtés. J’ai dû regarder mon fils, qui est au lycée et qui est résident légal de Californie depuis 12 ans, se faire passer les menottes. Nous avons été transportés au Texas en une nuit depuis Los Angeles dans des conditions horribles que je ne détaillerai pas dans cette lettre. Nous sommes restés au Texas depuis.

Mon fils et moi avons passé plus de 120 jours au centre de traitement d’immigration de Dilley, loin de mon mari, qui a été emmené au centre de détention de South Texas à Pearsall, au Texas. Là-bas, il fait face à des conditions encore plus horribles, et il y fait face seul. Lorsque j’ai demandé que mon mari soit réuni avec nous à Dilley, un soi-disant « centre de détention familiale » (la simple existence d’un tel terme est profondément troublante), on m’a répondu que, dans notre cas précis, la séparation familiale est la politique et la règle.

J’ai eu du mal à comprendre comment cela peut arriver à des gens qui n’ont jamais enfreint la loi, dans un système que je croyais fondé sur la règle de droit.

Nous avons traversé l’enfer ces quatre derniers mois, et notre santé physique et mentale s’est détériorée d’une manière qui pourrait être irréversible pendant des années. Nous n’avons le droit de parler à mon mari que 10 minutes toutes les deux semaines, sous surveillance. Mon fils, qui ne parle que l’anglais et qui est scolarisé dans le système californien depuis la maternelle, a du mal à comprendre pourquoi le seul pays qu’il considère comme le sien le traite de cette façon.

Ce qui nous est arrivé a été conçu spécifiquement pour briser notre corps et notre esprit. Je suis une mère, pas une martyre, donc je choisirai toujours la santé et le bien-être de mon fils plutôt que tous les rêves ou aspirations que je peux avoir. Mais même lorsque nous avons pris la décision difficile de demander l’autorisation de quitter volontairement les USA – l’endroit que nous considérons comme notre pays et notre foyer – le gouvernement non seulement s’y est opposé, mais a suggéré qu’il ferait appel de toute décision judiciaire nous autorisant à partir.

Autrement dit, ils veulent poursuivre notre détention indéfinie sans aucune perspective de fin. Mais dans quel but ? Je me pose cette question sans cesse. Je ne vois aucune raison pour laquelle nous sommes soumis à cette épreuve punitive. Nous n’avons ni argent ni pouvoir pour nous aider, nous protéger ou nous acheter des faveurs. Nous sommes deux enseignants de la classe laborieuse qui menions une vie modeste dans un appartement loué et qui n’aurions jamais imaginé que cela nous arriverait.

C’est pourquoi nous avons besoin de votre aide. Nous souffrons terriblement et sommes piégés dans un cauchemar insoutenable et sans fin. Je veux que mon fils ait une vie normale, pas qu’il passe ses jours dans cet affreux centre de détention de Dilley. Aucun enfant ne mérite cela. Aucun être humain ne mérite cela. Nous demandons à toute personne ayant une conscience de nous aider à mettre fin à ce cauchemar. J’ai encore beaucoup de choses à dire, mais c’est la version entravée de ce que je me sens en sécurité de dire pour l’instant. Je terminerai sur ceci : si cela peut nous arriver à nous, une famille respectueuse des lois composée de deux professeurs et d’un jeune garçon, cela peut arriver à n’importe qui.

Source : Fausto Giudice – Texte également paru dans The Nation

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