Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc : Communiqué
Les images de milliers de jeunes, de familles et de mineurs qui ont tenté de rejoindre Ceuta au péril de leur vie constituent une tragédie humaine d’une gravité exceptionnelle. Elles ne peuvent être réduites à un simple épisode migratoire. Elles révèlent une crise profonde qui affecte le Maroc et constituent un démenti cinglant aux discours officiels présentant le pays comme une « exception » ou comme un modèle de réussite économique et sociale.
L’ASDHOM exprime sa profonde tristesse face aux pertes en vies humaines et aux souffrances engendrées par ces événements. Elle adresse ses sincères condoléances aux familles des victimes et exprime sa solidarité avec toutes celles et tous ceux qui demeurent sans nouvelles de leurs proches.
Le choix de milliers de Marocaines et de Marocains, parmi lesquels de nombreux jeunes et mineurs, de risquer leur vie pour quitter leur pays traduit une profonde perte d’espoir. Il est le symptôme d’une crise multidimensionnelle marquée par la restriction des libertés publiques, l’affaiblissement de l’État de droit, le chômage, la précarité, l’augmentation du coût de la vie, les inégalités sociales et territoriales ainsi que la dégradation des services publics essentiels.
Le Maroc dispose pourtant d’importantes ressources humaines et naturelles. Une politique de développement ne peut être considérée comme une réussite tant qu’elle ne garantit pas à l’ensemble de la population l’exercice effectif de ses droits économiques, sociaux et culturels, notamment le droit au travail, à l’éducation, à la santé, au logement et à un niveau de vie décent. Le développement ne saurait être réduit à des indicateurs macroéconomiques lorsqu’une partie importante de la population demeure privée de ses droits fondamentaux et que les richesses produites profitent essentiellement à une minorité privilégiée.

Une stabilité durable ne peut reposer sur la restriction des libertés ni sur le renforcement de la répression. Elle exige l’édification d’un véritable État de droit fondé sur la souveraineté populaire, la séparation effective des pouvoirs, l’indépendance de la justice, la lutte contre la corruption et le respect des libertés et droits fondamentaux garantis par les instruments internationaux relatifs aux droits humains.
Dans cette perspective, l’ASDHOM considère que deux mesures constituent des préalables indispensables :
– la proclamation d’une amnistie générale en faveur de l’ensemble des prisonnières et prisonniers politiques, des prisonniers d’opinion et des personnes contraintes à l’exil pour des raisons politiques ;
– une réorientation profonde des politiques économiques et sociales afin qu’elles répondent effectivement aux besoins fondamentaux de la population, réduisent les inégalités et placent les droits humains au cœur des choix publics.
L’ASDHOM réaffirme son engagement constant en faveur de la défense de l’ensemble des droits humains – civils, politiques, économiques, sociaux, culturels et environnementaux – de toutes les Marocaines et de tous les Marocains, conformément aux principes universels des droits humains et aux conventions internationales ratifiées par le Maroc.

Bureau Exécutif
Paris le 1er Août 2026
