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Aux problèmes africains, des solutions africaines

La décision de dissoudre les anciens partis et syndicats au Burkina Faso a suscité la curiosité indignée de certains de nos moralistes (et pas seulement), mais elle représente en réalité une sage initiative d'« africanisation » de la politique. 

Ces partis, et pas seulement au Burkina Faso, n’ont jamais servi à rien, et encore moins réussi à résoudre les problèmes de leur pays. Au contraire, ils les ont même aggravés, après les avoir garantis et provoqués. Ce que fait aujourd’hui le Burkina Faso est donc juste, et ce n’est certainement pas le premier pays africain à agir en ce sens.


Or, si le principe selon lequel « les problèmes africains exigent des solutions africaines » a vraiment une valeur, alors les partis et les syndicats qui reproduisent les schémas politiques européens, se présentant comme des reliques du passé colonial honni et les garants de sa perpétuation néocoloniale, doivent tout simplement disparaître. Car non seulement ils ne servent à rien, mais ils sont même nuisibles au pays qu’ils sont censés gouverner. Ils ne le gouvernent pas pour le bien de ce pays et de son peuple, mais pour celui de l’ancienne puissance coloniale et des autres puissances néocolonialistes qui se sont ensuite ajoutées pour l’exploiter, ainsi que pour toutes leurs cliques respectives ; par conséquent, ils ne sont que des hôtes indésirables dans ce pays.


Le multipartisme lui-même est un fléau pour de nombreux pays africains, car il attise les divisions claniques et tribales, tout comme pour d’autres pays non africains, qui n’ont nullement besoin d’adopter des modèles politiques et institutionnels étrangers et inadaptés. Quel est l’intérêt des systèmes et des discours politiques d’inspiration européenne et occidentale dans des pays qui ne sont ni culturellement ni politiquement européens ou occidentaux ? Quel est l’intérêt des divisions partisanes qui, derrière des masques politiques, finissent en réalité par renforcer les divisions tribales et identitaires, favorisant ainsi la fragmentation d’un pays ? Le cas échéant, il faut des schémas politiques et institutionnels représentatifs de sa culture, et ceux-ci ne peuvent être fournis que par lui-même. Mais pas avant d’avoir coupé le cordon ombilical politico-culturel laissé en héritage par l’ancien colonisateur, puis reforgé au fil du temps par les néocolonisateurs, pour garantir leur profit futur et le sien.


Ce que beaucoup ici n’ont pas bien compris, c’est que les anciens partis « à l’européenne », utilisant l’État comme leur propriété, ne servant que les intérêts des familles de leurs dirigeants et de leurs proches, avec d’immenses réseaux de corruption, garantissaient d’une part l’existence d’un régime kleptocratique dans leur pays et d’autre part le contrôle total des ressources nationales par l’ancienne puissance coloniale et toute la vaste congrégation des puissances néocoloniales. Ils étaient de véritables courroies de transmission du néocolonialisme, dont la corruption constituait pour les néocolonialistes un puissant levier de chantage sur leurs élites et, en même temps, un enrichissement commun au détriment de la population locale.


C’est là qu’intervient l’autre grande puissance occulte d’une grande partie de l’Afrique, le terrorisme : celui-ci n’est en aucun cas l’ennemi de la version locale de la politique « à l’européenne », garantie de l’ancien colonisateur et néocolonisateur, mais son allié et son complément. La partitocratie néocoloniale et les groupes terroristes et/ou paramilitaires se partagent en effet ce pays, dans un équilibre qui tend à se chroniciser avec des équilibres fragiles et sanglants. Le terrorisme paramilitaire est un excellent moyen pour le néocolonisateur de maintenir ce pays dans un état permanent de contre-insurrection. Il a été introduit précisément lorsque l’ancienne partitocratie, à elle seule, ne tenait plus, même lorsqu’elle était entrecoupée de régimes militaires d’urgence qui pouvaient, à plusieurs reprises, devenir permanents ou semi-permanents.


Il ne pouvait y avoir aucune « démocratie » dans de telles conditions, et encore moins de sécurité : ceux qui pointent aujourd’hui du doigt l’insécurité, l’extension territoriale ou les agissements du terrorisme dans tous ces pays, bien au-delà du Sahel, ne le faisaient pas à l’époque, et il est facile d’imaginer pourquoi. Les missions militaires françaises, européennes et de l’OTAN menées dans ces pays, Serval, Epervier, Barkhane, etc., voyaient, sans surprise, les militaires occidentaux qui auraient dû, avec les gouvernements locaux, combattre les forces terroristes et paramilitaires, les aider et les soutenir en réalité, en leur fournissant du carburant, des armes, en leur apportant un soutien satellitaire et en matière de renseignement, etc. Et c’est d’ailleurs ce que ces groupes terroristes continuent de recevoir, tant de l’extérieur que des cinquièmes colonnes des partis et des syndicats qui opéraient jusqu’à présent comme forces d’opposition, évincés de la mangeoire, aujourd’hui bannis et prêts à se réorganiser dans la clandestinité.


Source : Filippo Bovo

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