Ph. Stroot

Voyage en Biélorussie: Un regard au-delà des clichés occidentaux

En ce début d’été 2026, à l’heure où la majorité de l’Europe occidentale est en feu, au sens propre comme au sens figuré, les rares touristes occidentaux qui débarquent en Biélorussie ne manquent pas d’être frappés par l’impression de calme et la sérénité qui se dégage de ce pays. 

Certes la canicule n’y sévit pas, même si un record de température à 40 degrés a été brièvement battu dans une zone forestière habituellement plus fraîche, mais la guerre fait rage non loin de la frontière sud avec l’Ukraine, tandis que l’OTAN masse des troupes en Pologne et dans les pays baltes, sur tout le flanc ouest de la Biélorussie. Il y aurait donc de quoi faire monter la tension au sein de la population, mais les Biélorusses vaquent tranquillement à leurs occupations ou profitent de leurs vacances au bord d’ innombrables lacs entourés de plaines et de forêts.

D’une gentillesse proverbiale, reconnue déjà par les citoyens des autres républiques à l’époque soviétique, les Biélorusses sont enchantés et étonnés à la fois d’apprendre que des touristes ont décidé de venir de Suisse pour visiter leur pays. Il faut dire que tout est fait en occident pour dissuader un tel tourisme. Les médias de grand chemin ne parlent pratiquement jamais de la Biélorussie et quand ils le font c’est pour en dire du mal. Ce dénigrement périodique intervient toujours à la suite des élections présidentielles invariablement perdues par les candidats que les services occidentaux avaient préalablement sortis de leur chapeau pour tenter de renverser le méchant «dictateur» Loukachenko, qui ne veut entendre parler ni de l’’Union européenne ni encore moins de l’OTAN.  C’est donc par dépit et pour punir les électeurs biélorusses d’avoir mal voté que l’occident a introduit des sanctions dès 2020, bien avant l’intervention russe en Ukraine, sanctions qui ont notamment eu pour effet d’interdire le survol du territoire de l’UE par la compagnie nationale aérienne Belavia. Alors qu’il existait par exemple un vol direct de Genève à Minsk, en un peu plus de 2h30, il faut désormais passer par Istanbul ou prendre un vol vers Vilnius, puis attendre des heures dans un bus à la frontière avant de pouvoir entrer  en Biélorussie, car les douaniers lituaniens font tout pour pourrir la vie de ceux qui veulent malgré tout se rendre dans ce pays voisin considéré comme ennemi car allié de la Russie honnie.  Malgré toutes ces pressions, les Biélorusses continuent à soutenir leur président, qui leur a épargné le sort de l’Ukraine et celui d’autres ex-républiques soviétiques, moins tragique mais guère plus enviable.

Après quelques jours passés dans la superbe capitale qu’est Minsk, un tour en voiture à travers le pays permet de prendre la mesure de la stabilité et du développement de la Biélorussie. Avec des routes d’excellente qualité, une propreté que peut lui envier la Suisse, un niveau de sécurité qui fait que l’on peut se promener partout et à toute heure sans craindre d’être agressé, la Biélorussie est un exemple méconnu de pays européen normal, pacifique, sans le stress et l’hystérie qui explosent pour un oui ou pour un non dans d’autres parties de l’Europe. Ses adversaires ont donc tout intérêt à ce que cela ne se sache pas et que les Européens continuent à ignorer presque tout de ce pays. Le fait, par exemple, que lors de la pandémie de covid le gouvernement biélorusse n’a décrété aucun confinement ni imposé quoi que ce soit à sa population, ce qui a permis à l’économie de continuer à fonctionner normalement, chacun étant par ailleurs libre de porter ou non un masque et de se faire vacciner ou pas. Ce qui n’a pas empêché la Biélorussie d’enregistrer l’un des taux de mortalité par covid les plus bas du monde… (1)

Outre la beauté de ses paysages et une nature largement préservée, la Biélorussie offre aux visiteurs des aliments d’excellente qualité, des activités culturelles omniprésentes et la possibilité de se déplacer à peu de frais, puisque le litre d’essence ne coûte qu’environ 80 centimes d’euro, le prix le plus bas d’Europe. En outre, les ressortissants des pays occidentaux peuvent entrer librement sans visa pour une durée d’un mois et circuler librement dans le pays, alors que l’Union européenne fait tout pour empêcher l’entrée des citoyens biélorusses sur son territoire. Si l’on ajoute à cela que la Biélorussie ne censure aucune chaîne audiovisuelle étrangère, alors que les télévisions russes et biélorusses sont bannies de l’UE, on constate que le «monde libre» n’est vraiment pas celui qu’on pourrait croire.  Le grand mérite du président Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 1993, est d’avoir maintenu, envers et contre tous, la souveraineté de son pays, malgré les liens étroits et privilégiés avec la grande sœur slave qu’est la Fédération de Russie. Dès le début, son gouvernement a eu l’intelligence de ne pas jeter le bébé socialiste avec l’eau du bain soviétique. Comme a pu le dire le militant révolutionnaire et ingénieur en électronique suisse Marcel Gerber, qui s’est rendu près de 30 fois à Minsk dans le cadre de son travail, la Biélorussie est vouée aux gémonies occidentales du fait qu’elle est le seul Etat issu de l’ex-URSS à ne pas avoir été « démocratisé » par un passage brutal au capitalisme…

En cette année de tous les dangers pour la paix dans le monde, la Biélorussie, membre à part entière de l’Union économique eurasiatique, de l’Organisation de coopération  de Shanghai et bientôt des BRICS, ne dévie pas de son cap et compense l’ostracisme de l’Occident à son égard par le développement de relations économiques et politiques avec toutes les puissances qui comptent au sein du Sud global, notamment en Asie et en Afrique. Cette confiance en soi et dans l’avenir explique sans doute la sérénité qui règne au pays des bisons et des cigognes, symboles nationaux de cette Biélorussie qui mérite d’être découverte.    

Philippe Stroot, juillet 2026


Note:

1.Le système de santé biélorusse est salué par l’Observatoire européen des systèmes et politiques de santé. Le pays dispose du plus grand nombre de lits d’hôpitaux par habitant d’Europe : 113 pour 10 000 habitants en 2014, contre 64 en France ou 31 en Espagne. (Chiffres de 2019)

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