La souffrance psychologique des enfants de Gaza

Terreur sans fin et traumatismes s’acharnent de fait sur les enfants des territoires occupés, et particulièrement sur ceux qui vivent dans la Bande de Gaza. Les opérations continuelles de l’armée israélienne et ses violentes représailles entraînent des troubles psychologiques et des conditions de vie misérables. A Gaza, le récent cessez-le-feu ne permet qu’une trêve temporaire mais ne les guérit ni de leurs peurs ni de leurs cauchemars.
Publié le 20-10-2008

L’été 2007 a ainsi marqué le début de la destruction d’une famille bédouine, les Sahar. Sahar Owaidat, 6 ans, est toujours en état de choc à moins qu’elle ne présente les symptômes d’un désordre post traumatique depuis que les soldats israéliens ont pris sa maison d’assaut et ont tabassé comme des brutes son père et ses frères tandis qu’elle et le reste de sa famille observaient sans pouvoir rien faire. Dans toutes les cultures, le père représente pour sa famille protection et sécurité. Les soldats israéliens destituent systématiquement les pères palestiniens de leur rôle.

Sahar fixait sur moi ses grands yeux et racontait : “J’ai demandé à ma maman de me serrer dans ses bras et de me protéger. J’avais terriblement peur quand j’ai entendu la voix de mon papa qui gémissait et criait. J’ai vu le sang dans toute notre maison et plein de fantômes qui essayaient de m’attraper. Dans le coin de la pièce, trois soldats battaient Emad mon plus jeune frère. J’ai hurlé et hurlé et hurlé jusqu’à ce que ma mère me réveille. J’ai peur de dormir parce qu’ils peuvent revenir”.

Mes yeux se sont remplis de larmes, mais ceux de Sahar étaient fixes et vides pendant qu’elle me racontait cette nuit d’il y a un an quand l’armée israélienne envahissait l’endroit où elle vivait. La famille m’a dit que les soldats israéliens avaient fait irruption dans leur maison, arrêté tous les frères et les avait tabassés devant la famille.

Sahar dit “Je voulais aller à mon jardin d’enfant et j’avais préparé mes crayons et mon papier. Je suis allée dormir mais je n’ai pas pu, j’entendais le bruit proche des tirs. Alors les tanks sont entrés et j’ai entendu cette voix et je me suis précipitée vers ma maman. J’ai vu tous mes frères et mon papa à côté d’elle. Elle m’a serrée dans ses bras et j’ai pleuré et pleuré”.

Le jour dont parle Sahar, après trois heures exténuantes d’opérations militaires, les soldats tout puissants et furieux se sont répandus dans des maisons voisines. La maison de la famille de Sahar n’était que l’un des nombreux foyers dont les membres masculins sont détenus par les forces israéliennes. Alors que beaucoup d’entre eux ont été relâchés au bout de 48 heures, Samer, le frère de Sahar ne l’a pas été.

Samer a été envoyé au tribunal et condamné à 5 ans, déclaré coupable d’avoir engagé des “actions militaires”. Plus tard à l’été 2008, l’armée est revenue provoquer chez les enfants encore plus de panique et de larmes. L’armée israélienne a rasé au bulldozer les terres agricoles de la famille Owaidat et a déraciné des multitudes de leurs oliviers, ceux dont vit cette famille.

La famille Owaidat comprend quatre filles et cinq garçons qui comme leurs de voisins vivent dans une peur constante et sont traumatisés par les bombardements et les invasions de l’armée israélienne depuis le retrait de 2005.

Sa mère m’a dit : “Sahar a changé ce jour-là, quand elle a été témoin de la sauvagerie qui s’est abattue sur notre maison. Elle s’est renfermée sur elle-même et souffre maintenant d’énurésie et de cauchemars. Ses deux jeunes frères présentent aussi les mêmes symptômes”.

Toute l’attention de Gaza se tourne actuellement vers les besoins humanitaires tels que la nourriture, l’eau, mais l’absence d’aide psychologique à Gaza fait mûrir une génération d’enfants accablés de peurs et de traumatismes.

Sahar a clos ma visite en suppliant : “Je veux aller à mon jardin d’enfants et je ne veux pas revoir ces fantômes. S’il te plait, si tu les vois dis-leur que j’ai peur. Ne les laisse pas revenir”.

Les gens qui ont une conscience se demandent ce qui arriverait si un autre peuple attaquait les Etats-Unis selon les méthodes qu’emploie Isarël depuis 60 ans contre la population autochtone, volant et détruisant leur terre, bombardant leurs maisons, tuant leurs enfants et leur famille, les privant de leurs besoins essentiels d’existence et de leur dignité humaine.

Est-ce que les Américains admettraient passivement de telles violences contre leurs familles depuis 60 ans ? Ou bien se révolteraient-ils et répliqueraient-ils par la violence ? Ou peut-être, le bon peuple d’Amérique lancerait-il un immense mouvement pour la paix et la réconciliation basées sur la loi internationale et la garantie des droits de l’homme pour tous ?”

Samah A. Habeeb, B.A.

18 octobre 2008

Photojournalist & Peace Activist- Humanitarian, Child Relief Worker

Gaza Strip, Palestine

Mob : 00972599306096 – Tel : 0097282802825 – Sam_hab@hotmail.com et Sameh.habeeb@gmail.com

(Traduit par Carole SANDREL)

CAPJPO-EuroPalestine

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