Support rally for pro-Palestinian activist Elias d Imzalene, who is appearing this Wednesday, October 23, before the correctional court in Paris. He is being prosecuted after calling to lead the intifada in Paris during a demonstration held in the capital in early September. Paris, October 23, 2024. Rassemblement de soutien pour le militant pro-palestinien Elias d Imzalene, qui comparait ce mercredi 23 octobre devant le tribunal correctionnel de Paris. Ce dernier est poursuivi apres avoir appelle a mener l intifada a Paris lors d une manifestation organisee dans la capitale debut septembre. Paris, 23 octobre 2024. (Photo by Henrique Campos / Hans Lucas via AFP)AFP

La cour, la barbe et le soupçon

Une salle pleine. La Cour d'appel. Ici, on est garant de la liberté d’expression. Et ces deux jours d’audience l’ont montré : la parole s’y est libérée, sans pudeur, parfois sans mesure.
Deux jours pour le procès d’Élyas Imzalène face à une pléthore de parties civiles. Le grief ? D’avoir dit le mot «intifada» lors d’un rassemblement en solidarité avec le peuple palestinien, il y a plus d’un an. Ce rassemblement public, largement filmé, est devenu viral grâce – ou plutôt à cause – d’un journaliste syrien. Ce dernier a été invité sur BFM pour narrer l’appel d’Élyas, en expliquant que c’était un appel au soulèvement armé. La polémique débuta alors ! Le parquet s’autosaisit. Le calvaire judiciaire d’Élyas s’enclencha. Le journaliste venait de créer la polémique qui deviendrait le synopsis de son livre. Elyas commençait son parcours pour la justice et pour faire tomber l’accusation d’incitation à la haine sous le coup de laquelle il était .
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Jeudi dernier, l’incompréhension gonflait l’air, insupportée par le simple fait que les vérités s’entrechoquent. Les corps se tendent, les visages se ferment, les regards se piquent.

Élyas Imzalène n’a pas le droit à la parole. Ou plutôt si : il la prend, et avec brio – il est là pour ça. Mais ce qu’on attend de lui, ce n’est pas qu’il se défende, c’est qu’il s’excuse. Pas qu’il s’explique, mais qu’il demande pardon pour un acte violent qu’il n’a pas commis.

Quoi qu’il dise, il polarise. *Ils l’ont dit.* Et ils ne supportent pas qu’il parle, qu’il réponde, qu’il pense. Ils ne supportent pas que leur parole, d’ordinaire validée et applaudie sans contradiction, soit ici contestée.

Mais là, ils se trompent de scène. Ce n’est pas un plateau télé, ce n’est pas un dîner entre pairs. Ici, c’est une cour. Et dans le public, il y avait des gens comme moi. Comme Manel. Comme Fatima. Comme Karima. Des femmes venues soutenir un ami, un frère, un homme qui pense comme nous. Oui, on a le droit de soutenir le peuple palestinien. Oui, on vit dans un pays que nous voulons libre. Oui, on a le droit de dire que la politique d’Israël est coloniale. Où est le problème ?

Pourtant, là, nos émotions devenaient coupables. Chaque geste, chaque souffle dérangeait. À chaque passage de l’une ou l’autre d’entre nous, leurs visages se crispaient. Et pourtant, c’étaient eux qui se disaient menacés. Alors que moi, je l’ai sentie, cette menace : celle de devoir me taire. L’une m’a même dit de « penser dans ma tête ». Parce que je soutenais l’humanité.

Et pourtant, il n’y avait pas eu d’appel à la guerre. Il y avait eu un simple appel au soulèvement – intifada, au soulèvement populaire. Un mot si souvent usité, mais… pas par les mêmes profils. Élyas, lui, est musulman et le porte sur lui. Un appel à la solidarité avec les Palestiniens était vraisemblablement inconcevable, insupportable pour les esprits dominants présents, soutiens d’Israël. Tout semblait conçu pour crisper, provoquer, pour ensuite pouvoir dire qu’ils avaient été menacés.

Les témoins ? Ridicules. Contradictoires. Vides de faits.

Un rassemblement « politique mais pas politique ». Ils « pensaient que… ». Moi aussi, je pense. Je pense que les avions voleraient mieux avec de l’eau. Mais je ne suis pas mécanicienne. Là, on avait un poète, une journaliste « impartiale » qui enquête pour Franc-Tireur, une humoriste sans le savoir !

Son discours était anti-tout « Je pense que… » Et donc ? Tu penses, oui, mais la justice, ce sont des preuves, pas des impressions.

Et puis, ce mépris : « Monsieur Imzalène, vous parlez à des gens des quartiers populaires. Croyez-vous qu’ils entendent le mot intifada autrement que comme un appel à la violence ? » Pour qui nous prend-on ? Pour des égarés, incapables de penser par nous-mêmes ? La médiocrité, c’est vous. Médiocrité du cœur, médiocrité de l’esprit.

Élyas, encore : « Votre profil… » Mais quel profil ? Celui qu’ils fantasment ? Dans une cour de justice ? On est là pour éviter l’arbitraire, pas pour le nourrir. On ne juge pas un profil. On juge des faits.

Laid. Tout était laid. Les mots, les postures, les rires étouffés.

Pendant ce temps, celui qu’on appelait « chef de guerre » était acculé sous des questions violentes, hors de propos : des tweets de 2012, des paroles jamais dites, des lieux où il n’était jamais allé. Y a-t-il un pilote dans l’avion version française. On n’aurait pas fait mieux.

Les avocats d’en face s’épuisaient à étirer le vide. Même ceux de la défense ont été accusés de trop bien faire leur travail. On leur reprochait de défendre. D’insister. De rappeler que, face à eux, il n’y avait rien. Tellement rien que ce sont les accusateurs eux-mêmes qui en venaient à demander : « Mais enfin, vous n’avez pas de témoin de moralité ? Aucun témoignage de Pardo ? Aucun témoignage qui prouve que vous n’êtes pas antisémites ? » Et bien, les témoignages ont été apportés en première instance, mais… les acteurs ne remplissaient pas les bons critères, mesdames et messieurs les avocats… Considérés comme cela a été dit par l’un d’entre vous « juif de service ».

Mais n’est-ce pas à vous de prouver ? De ramener des faits ? Des preuves concrètes ?

Et la chute. Sublime de grotesque ou de gravité … je ne sais dire !

Après le dit rassemblement, à Pantin, une agression antisémite et homophobe s’est produite. « Ne pensez-vous pas qu’il y a un lien ? » a-t-elle osé. Mais où sommes-nous ? Voilà donc la justice : accuser sans prouver, soupçonner sans lien, condamner sans matière.

Quand il répondait, on lui disait : « Monsieur Imzalène, expliquez-moi quelque chose. » Et la salle retenait son souffle. Enfin une question de droit ? Sur l’intentionnalité ? Une preuve, peut-être ? Mais non : « Pourquoi polarisez-vous ? »

Le comble de la médiocrité. Alors c’est cela le problème ? Pourquoi Élyas mobilise ? Pourquoi est-il applaudi ? a soufflé un des témoins. « Il crée de l’émulation », a-t-elle dit. Et c’est donc cela qu’on lui reproche ? Le séparatisme et l’entrisme à la fois. D’être un rhéteur authentique, convaincant un large public sur la question palestinienne, en explosant les préjugés racistes et islamophobes… Oui, c’est donc cela. qui leur est insupportable ! La solidarité au peuple palestinien leur brisait leur brise leur âme . 

Comment est-ce possible ? Un barbu qui ose ? Un menteur, selon eux ! C’est donc cela… Pour vous, mesdames et messieurs défenseurs de l’action génocidaire et colonisatrice d’Israël, le vrai sens de la justice ? Quel spectacle indigne !

« Vous êtes un menteur », criaient-ils en canon. Parce que ? Rien… en réalité. Parce que musulman et racialisé, n’est-ce pas ? Vos propos lors de cette audience étaient limpides comme l’eau de roche.

Mais alors ! Incitation à la haine. De qui, au juste ?

Des Juifs ? Des Israéliens ? Des homosexuels ? Des femmes ? De quel groupe parle-t-on ? On n’y comprenait plus rien ! 

Faisons du droit enfin ! Faisons du vrai droit. Pas du théâtre d’intentions.

Car oui, quand les avocats adverses, si nombreux, prenaient la parole, ils paradaient. Mais quand ceux d’Élyas répliquaient, ils pestaient, vociféraient, jusqu’à s’en faire rappeler à l’ordre par le président. Comme des enfants contrariés. Est-ce sérieux ?

Pendant ce temps, dehors, la vraie tragédie continue. Ce qui se passe entre Israël et la Palestine est grave. Et eux, ici, se disputent sur un mot. Un mot sans preuve, nourri de stéréotypes et de préjugés.

« Je pense, nous pensons que c’est violent, même si les gens applaudissent, même s’ils n’ont fait de mal à personne.

Le paroxysme de la folie accusatoire était atteint !

Voyez le procédé crasse ! L’accusation sans fondement, où le conditionnel fait office de preuve. Leur fantasme comme élément matériel… Leur but : l’imposer coûte que coûte, au diable le droit !

Et si on jouait cartes sur table ? L’enjeu est au fond de verrouiller la liberté d’expression de certains. N’est-ce pas ? De neutraliser la solidarité au peuple palestinien une ? De criminaliser ceux qui dénoncent le génocide opéré par Israël ? C’est le réel du procès ?

Parmi eux, certains défendent bec et ongles ceux qui accablent d’autres minorités. Ils protègent les Zemmour quand ils piétinent nos libertés. Mais ici, tout s’inverse. La boussole morale tourne folle.

Qu’est-ce qui se joue ?

De quoi Élyas est-il, sinon le corps exposé de leur haine, quand la justice risque un instant de leur désobéir ? Où est le préjudice concret ? Où sont les faits ? Où sont les preuves ?

L’enjeu pour eux : distiller leur fantasme nauséabond, celui de l’ennemi de l’intérieur… Bienvenue dans le monde de la rumeur. Des « on sait », « on pense », « on devine ». Le monde des certitudes tièdes, des vérités d’habitude. Et pendant que certains en font des livres, engrangent des profits, se font payer grassement pour étirer le vide devant la justice…

Alors …. Faisons-en une pièce.

Une vraie comédie. Ou une tragédie. Mais qu’elle soit au moins sincère. Qu’elle ait du fond. Pas ce simulacre.

Justice aux doigts mouillés. Le bal des contre-vérités. Le bal de la haine. Le droit à la non-défense. Voilà les titres possibles de cette pièce.

Et nous, spectateurs, nous restons là. À regarder un procès se transformer en miroir. Un miroir où se reflète moins un homme qu’un pays. Un pays qui se regarde juger sa propre parole.

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